Le Ghana doit mobiliser environ 1,7 milliard de dollars (1 020 milliards de FCFA) chaque année jusqu’en 2030 pour atteindre l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène. Ce besoin financier traduit l’ampleur des investissements encore nécessaires pour permettre au Ghana d’atteindre l’ODD 6, dans un secteur où les ressources nationales demeurent insuffisantes et où la dépendance aux financements extérieurs reste élevée.
Les besoins sont particulièrement importants du côté de l’assainissement. Près de 800 millions de dollars (480 milliards de FCFA) par an, soit 47,1 % de l’enveloppe nécessaire, devraient y être consacrés, d’après les estimations présentées par WaterAid dans le cadre du Programme de développement du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène du Ghana (GWASHSDP 2021-2030).
Les infrastructures d’eau urbaines nécessitent, pour leur part, environ 420 millions de dollars (252 milliards de FCFA) par an, soit 24,7 % des besoins. L’approvisionnement en eau dans les zones rurales représente 350 millions de dollars (210 milliards de FCFA), correspondant à 20,6 % de l’effort annuel à fournir.
Les services d’hygiène et la gouvernance du secteur nécessitent chacun 60 millions de dollars (36 milliards de FCFA) par an, soit 3,5 % des besoins. La gestion des ressources en eau représente, enfin, 8 millions de dollars (4,8 milliards de FCFA), soit 0,5 %.
Cette facture intervient alors que le financement du secteur repose encore largement sur les partenaires au développement. Les bailleurs représenteraient environ 90 % des dépenses de développement consacrées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Une telle dépendance expose les investissements à l’irrégularité des financements extérieurs et complique la programmation des infrastructures sur plusieurs années.
Du côté de la répartition, l’accès aux services reste très inégal. Selon les données de 2025 du Programme commun de suivi de l’OMS et de l’UNICEF, seulement 43 % de la population dispose d’un accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Le taux atteint 60 % en milieu urbain, mais tombe à 17 % dans les communautés rurales.
Le déficit est également marqué dans l’assainissement. À l’échelle nationale, seuls 13 % de la population disposent d’un accès à un service d’assainissement de base, tandis que 18 % pratiquent encore la défécation à l’air libre. En milieu rural, cette proportion monte à 31 %. Pour l’hygiène, 45 % des ménages disposent d’installations de lavage des mains de base, alors que 10 % n’y ont aucun accès.
Ces insuffisances ont aussi un coût humain. WaterAid Ghana estime que les services inadéquats d’eau, d’assainissement et d’hygiène sont associés à environ 7 635 décès chaque année, soit près de 21 décès évitables par jour. L’organisation estime par ailleurs qu’une meilleure couverture en eau potable pourrait réduire les maladies diarrhéiques jusqu’à 75 %, contre 25 % pour l’amélioration de l’assainissement et environ 30 % grâce à une meilleure hygiène des mains.
Outre le déficit d’infrastructures, la croissance urbaine complique davantage la situation. Plus de 59 % des Ghanéens vivent désormais en zone urbaine, ce qui accroît la pression sur des réseaux vieillissants. Cette situation contribue notamment au rationnement de l’eau dans des villes comme Accra, Kumasi, Tamale et Cape Coast.
À cette pression démographique s’ajoute la dégradation des ressources hydriques. L’exploitation minière illégale, connue sous le nom de galamsey, affecte notamment les cours d’eau Pra, Ankobra et Birim. Leur pollution augmente les coûts de traitement de l’eau brute et menace la disponibilité future de cette ressource.
De plus, le changement climatique accentue les risques, notamment à travers l’intrusion d’eau de mer dans les nappes souterraines des zones côtières et les dégâts causés aux infrastructures par les phénomènes météorologiques extrêmes.
Pour WaterAid, l’effort financier ne peut toutefois pas se limiter à la construction de nouvelles installations. Les infrastructures existantes doivent également être entretenues, réhabilitées et, lorsque cela est nécessaire, remplacées. Les dépenses d’exploitation, de maintenance et de renouvellement doivent donc être intégrées au financement du secteur afin d’éviter une dégradation prématurée des équipements.
Face à ces contraintes, l’organisation plaide pour une hausse des allocations budgétaires nationales consacrées à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, ainsi que pour la mise en œuvre du Fonds national d’assainissement et de la taxe d’assainissement. Elle recommande également le recours au financement mixte afin de mobiliser davantage de capitaux privés.
WaterAid demande en outre des transferts fiscaux plus prévisibles vers les assemblées métropolitaines, municipales et de district à travers le Fonds commun des assemblées de district. Cela permettra de donner aux collectivités les moyens de maintenir et d’étendre les services au niveau local.
À quatre ans de l’échéance de 2030, le Ghana doit ainsi combler un besoin de financement annuel de 1,7 milliard de dollars (1 020 milliards de FCFA), tout en réduisant sa dépendance aux bailleurs et en sécurisant la pérennité des infrastructures.
Par Bernadette W. Gansonré


