JPMorgan prépare un indice obligataire de 330 milliards de dollars, avec l’Afrique en première ligne

Les pays africains devraient représenter près de 45 % du nouvel indice obligataire des marchés frontières de JPMorgan, qui suivra environ 330 milliards de dollars de dette publique libellée en monnaie locale dans 26 économies.

La banque américaine JPMorgan prévoit de lancer, avant la fin septembre, son nouvel indice baptisé GBI-EM Edge. Selon une note destinée aux investisseurs et consultée par Reuters, les marchés africains devraient occuper près de 45 % de la pondération totale de cet indicateur.

L’Égypte, le Maroc et le Nigeria devraient figurer parmi les pays africains les plus représentés. L’Angola et la Zambie se sont également qualifiés, tandis que le Kenya et la Namibie pourraient faire partie des autres marchés retenus. JPMorgan n’a toutefois pas encore publié la liste définitive des constituants ni les pondérations précises de chaque pays.

Un indice obligataire sert de référence pour suivre la performance d’un ensemble de titres de dette. Les fonds d’investissement qui répliquent cet indice peuvent acheter les obligations qui le composent en fonction de leur pondération. D’autres gestionnaires l’utilisent pour comparer les performances de leurs portefeuilles.

La présence importante des pays africains dans le GBI-EM Edge pourrait ainsi renforcer leur visibilité auprès des investisseurs internationaux. Elle ne signifie cependant pas que les gouvernements concernés recevront automatiquement 45 % des 330 milliards de dollars suivis par l’indice. Ce montant correspond à la valeur approximative des obligations éligibles et non à une enveloppe financière que JPMorgan mettrait directement à la disposition des États.

Les flux de capitaux dépendront du nombre de gestionnaires d’actifs qui décideront de suivre l’indice ainsi que des montants qu’ils accepteront d’investir. L’inclusion pourrait néanmoins favoriser une plus grande participation étrangère aux marchés obligataires locaux, souvent caractérisés par une liquidité limitée.

Le nouvel indice devrait afficher un rendement nominal moyen estimé à environ 10,4 %, soit près de 4,4 points de pourcentage de plus que l’indice obligataire principal de JPMorgan consacré aux marchés émergents. Des simulations historiques de la banque indiqueraient également une performance annualisée supérieure d’environ 1,2 point de pourcentage au cours des neuf dernières années.

Ces rendements plus élevés traduisent toutefois des risques plus importants. Les investisseurs restent exposés aux fluctuations des devises locales, à l’inflation, à l’instabilité politique et à la difficulté de revendre rapidement certains titres. Une obligation offrant un taux d’intérêt élevé peut ainsi générer une perte pour un investisseur étranger si la monnaie locale se déprécie fortement face au dollar.

JPMorgan prévoit de limiter l’indice aux obligations dont l’encours atteint au moins 250 millions de dollars. Les titres devront également présenter une maturité résiduelle d’au moins deux ans et demi. Aucun pays ne pourra représenter plus de 8 % de l’indice, afin d’éviter une concentration excessive sur quelques émetteurs.

Ces critères ont suscité des inquiétudes concernant la Zambie, dont plusieurs obligations domestiques étaient de taille inférieure au seuil requis. Le pays a finalement augmenté la taille de certains titres éligibles et obtenu une place dans l’indice. De son côté, l’Angola a ouvert davantage son marché obligataire intérieur aux investisseurs étrangers. Le ministre angolais des Finances a notamment cité l’arrivée du nouvel indice de JPMorgan parmi les raisons de ces réformes.

L’essor de la demande internationale pour les obligations en monnaie locale pourrait aider les gouvernements africains à diversifier leurs sources de financement. Il pourrait aussi contribuer à réduire leur dépendance à la dette libellée en dollars ou en euros, dont le coût augmente lorsque la monnaie nationale se déprécie.

L’emprunt en monnaie locale transfère toutefois une partie du risque de change de l’État vers l’investisseur. En cas de tensions financières, les capitaux étrangers peuvent également sortir rapidement, provoquant une pression sur les devises et les prix des obligations.

Par Amhed Coulibaly

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