Du Burkina Faso au Mali, en passant par le Niger, la Confédération des États du Sahel (AES) dispose d’un potentiel minier diversifié, allant de l’or à l’uranium, en passant par le lithium, le fer, le manganèse et les phosphates. Pour Issa Coulibaly, Directeur national de la géologie et des mines au ministère des Mines du Mali, l’enjeu est désormais de mieux connaître, maîtriser et surtout valoriser ces ressources à l’échelle de l’espace confédéral.
Le sous-sol de l’Alliance des États du Sahel (AES) pourrait constituer l’un des principaux leviers de transformation économique de l’espace confédéral. C’est en substance le constat dressé par Issa Coulibaly, Directeur national de la géologie et des mines au ministère des Mines du Mali, lors de la conférence publique consacrée aux « potentialités minières de l’AES », organisée lundi 14 septembre 2026 à Ouagadougou.
Cette communication intervient dans le cadre de la 8e édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO), couplée pour la première fois à la Semaine de l’énergie, des mines et des hydrocarbures de l’Alliance des États du Sahel (SEMH-AES), qui se déroule du 14 au 19 septembre dans la capitale burkinabè.
Selon Issa Coulibaly, le Burkina Faso, le Mali et le Niger disposent d’une certaine continuité géologique, matérialisée notamment par des formations géologiques et des bassins communs. L’espace couvre quelque 2,78 millions de km² et abrite près de 80 millions d’habitants, majoritairement ruraux et caractérisés par une forte proportion de jeunes. « Les ressources ne peuvent nous appartenir que si nous les valorisons. Les ressources ne peuvent nous appartenir que si nous les maîtrisons », a résumé Issa Coulibaly. L’enjeu central pour les trois pays, de son point de vue, est de passer d’une logique d’exploitation des matières premières à une stratégie de valorisation et d’industrialisation.
Un sous-sol aux ressources diversifiées
Selon le Directeur national de la géologie et des mines, l’AES ne repose pas uniquement sur son potentiel aurifère. Si l’or occupe une place prépondérante dans les économies burkinabè et malienne, le sous-sol des trois pays recèle également du lithium, de l’uranium, du fer, du manganèse, de la bauxite, du cuivre, du nickel, des terres rares, du niobium, du strontium, du pétrole et du charbon.
Au Niger, l’uranium constitue l’une des principales ressources stratégiques. Issa Coulibaly a évoqué d’importantes réserves dans la région d’Agadez, tandis que le pays dispose également de ressources en pétrole, charbon, or et calcaire. « Le Niger est le 2e pays africain détenant la plus grande réserve d’uranium avec 521 283,36 tonnes, soit 5 % de la production mondiale d’uranium », a-t-il indiqué.
Le Mali, pour sa part, se distingue par son potentiel aurifère et l’émergence de la filière lithium. Les gisements de Goulamina et de Bougouni, situés dans le sud du pays, sont présentés comme des gisements de classe mondiale. « Le Mali est parmi les pays producteurs de l’or en Afrique avec des gisements connus de lithium, notamment la mine de Goulamina – le plus grand gisement de lithium d’Afrique et l’un des plus importants au monde, situé dans la région de Bougouni au sud du pays– qui dépasse 180 millions de tonnes », a laissé entendre M. Coulibaly.
Le potentiel lithium est également signalé au Burkina Faso, notamment dans les régions du Sud-Ouest et des Cascades. Le Burkina Faso, a-t-il poursuivi, conserve par ailleurs une position importante dans la production aurifère régionale, tout en disposant de ressources identifiées dans plusieurs substances, dont le manganèse, les phosphates, le lithium, le tungstène et les terres rares.
Manganèse, fer, phosphates : des réserves encore largement à valoriser
Au-delà de l’or et du lithium, plusieurs ressources pourraient contribuer à diversifier les économies minières des trois pays. Le manganèse de Tambao, au Burkina Faso, figure parmi les principaux gisements cités par le conférencier, avec près de 15 millions de tonnes de réserves connues. Le Mali dispose également du gisement d’Ansongo, dans le Liptako-Gourma, dont les réserves sont estimées à environ 6 millions de tonnes.
Le potentiel en fer est particulièrement important au Mali. Les réserves situées dans les zones de Kita et Kayes sont évaluées, selon les données présentées, à environ 1,36 milliard de tonnes. Au Niger, les gisements de Say et Kolo affichent respectivement des réserves estimées à 420 millions et 80 millions de tonnes.
Dans les phosphates, le Burkina Faso disposerait notamment de 60 millions de tonnes à Kodjari. Au Mali, le potentiel du bassin de Tilemsi est évalué à quelque 20 millions de tonnes, tandis que le Niger disposerait d’un potentiel beaucoup plus important dans la zone du Parc W, estimé à 1,125 milliard de tonnes.
À ces ressources s’ajoutent les matériaux de construction et autres « minéraux de développement », largement utilisés dans les économies locales. Le Mali dispose notamment de gisements de marbre et de matériaux dans plusieurs localités, tandis que le Niger possède d’importantes ressources en calcaire.
Le Burkina et le Mali confrontés au défi de la transformation
Le potentiel géologique contraste toutefois avec les niveaux d’exploitation et de transformation industrielle. Au Burkina Faso, l’or est devenu le premier produit d’exportation et le secteur minier a connu une expansion rapide. D’après les chiffres présentés par Issa Coulibaly, le pays est passé d’une mine d’or en 2007 à 15 mines en 2025, pour une production annoncée de 57,77 tonnes d’or cette année-là.
Au Mali, 16 mines d’or sont actuellement en exploitation ou en phase de démarrage. La production industrielle, qui se situait en moyenne entre 50 et 65 tonnes par an, a atteint 54,8 tonnes en 2024 avant de reculer à 42,2 tonnes en 2025, en lien, d’après le conférencier, avec « les réformes du secteur minier ».
Le Mali connaît en revanche une nouvelle dynamique avec le lithium. Goulamina doit produire, dans sa première phase, environ 500 000 tonnes de concentré de spodumène par an, tandis que Bougouni vise une production annuelle de 120 000 tonnes. L’émergence de cette filière ouvre ainsi une nouvelle perspective de diversification pour l’économie minière malienne.
Le Niger, un profil minier plus diversifié
Le profil du Niger se distingue par une plus grande diversification de son exploitation industrielle. L’uranium y est exploité depuis 1971, le charbon depuis les années 1980 et le pétrole depuis 2011. « Des actions sont en cours pour la valorisation des gisements tels que l’or, l’argent, le fer, le manganèse, le nickel, le titane, le vanadium, des phosphates, etc., qui se trouvent sous forme d’indices », a-t-il précisé.
Le parc minier industriel du Niger compte six exploitations, dont cinq dans l’uranium, à en croire M. Coulibaly. L’uranium demeure une ressource majeure de l’économie minière nigérienne.
La production industrielle d’uranium a été estimée à environ 1 130 tonnes en 2023, tandis que la production aurifère, essentiellement issue de l’exploitation artisanale, s’est établie à 2,7 tonnes la même année.
Vers des corridors industriels à l’échelle de l’AES
Pour les trois pays, l’enjeu ne se limite donc plus à identifier les ressources. Il consiste désormais à développer les capacités de recherche géologique, attirer les investissements industriels et favoriser la transformation locale des minerais.
Issa Coulibaly a notamment insisté sur la nécessité de mieux financer les cartographies géologiques et la recherche minière. Les États de l’AES commencent, selon lui, à mobiliser leurs budgets nationaux pour accompagner ces opérations et soutenir les travaux des explorateurs.
Au Burkina Faso, dit-il, la SAMAO constitue depuis près d’une décennie une plateforme de promotion du secteur minier et d’attraction des investisseurs. Au Mali, plusieurs rendez-vous spécialisés, notamment les Golden Days, les Journées minières et pétrolières et le Salon des industries extractives du Mali (SIEM), poursuivent des objectifs similaires.
Pa David Yaméogo


