Intelligence artificielle : l’UEMOA prépare une stratégie régionale pour accélérer la transformation économique de l’Union

L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) veut faire de l’intelligence artificielle un instrument de croissance, d’innovation et de souveraineté numérique. La Commission travaille à l’élaboration d’une stratégie régionale qui ambitionne de coordonner les efforts des États membres, de développer les compétences et de favoriser l’émergence de solutions adaptées aux besoins des populations.

L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un enjeu stratégique pour les économies africaines. De l’agriculture à la santé, en passant par l’éducation, les finances publiques et l’administration, cette technologie ouvre de nouvelles perspectives en matière de productivité, d’efficacité et de qualité des services. Face à cette transformation mondiale, l’UEMOA entend structurer une réponse régionale pour ne pas rester en marge des opportunités offertes par l’IA.

Le projet de stratégie régionale de l’intelligence artificielle a été présenté aux journalistes des États membres de l’Union, le 14 septembre 2026, lors d’une session de sensibilisation consacrée aux chantiers de l’UEMOA. La communication a été assurée par Wendketa Adolphe Kaboré, Directeur par intérim de l’Économie numérique au sein de la Commission de l’UEMOA.

Un retard à combler en matière de préparation

La nécessité d’une approche régionale s’explique notamment par le niveau de préparation encore limité des pays de l’Union. Selon les données de l’Indice de préparation des gouvernements à l’intelligence artificielle d’Oxford Insights, édition 2025, la moyenne des États membres de l’UEMOA s’établit à 31,50 points sur 100, contre une moyenne mondiale de 47 points.

Le Sénégal affiche le score le plus élevé de l’espace communautaire, avec 46,10 points, tandis que le Bénin et la Côte d’Ivoire obtiennent chacun 34 points. Le Burkina Faso est crédité de 29 points, devant le Mali, le Niger et la Guinée-Bissau, qui présentent des scores respectifs de 28, 26 et 23,5 points. Ces écarts montrent les défis liés aux infrastructures numériques, aux compétences, aux données et à la capacité des États à intégrer l’IA dans leurs politiques publiques.

Cette situation intervient alors que plusieurs pays de l’Union ont déjà engagé des démarches nationales. Le Bénin et le Sénégal ont adopté leurs stratégies en 2023, la Côte d’Ivoire en 2025 et le Burkina Faso en 2026. Pour la Commission, la stratégie régionale doit permettre d’éviter une approche fragmentée et de renforcer la complémentarité entre les initiatives nationales.

De l’agriculture aux finances publiques, des applications à fort potentiel

Le projet de stratégie envisage une intégration progressive de l’IA dans plusieurs secteurs prioritaires. Dans l’agriculture, elle pourrait contribuer à l’optimisation des rendements, à la gestion intelligente des cultures et des ressources en eau, ainsi qu’à la prévision des risques climatiques. Dans un espace économique où les activités agricoles occupent une place majeure, ces applications pourraient soutenir la productivité et la résilience des exploitations.

Le secteur de la santé constitue un autre domaine d’application important, avec la télémédecine assistée par IA, le diagnostic médical, la surveillance épidémiologique et l’optimisation de la gestion hospitalière. L’éducation pourrait également bénéficier de plateformes d’apprentissage adaptatif et d’une meilleure intégration de la culture numérique et de l’IA dans les programmes scolaires.

Dans le domaine économique et financier, les perspectives sont particulièrement significatives. La stratégie identifie notamment l’optimisation de la gestion budgétaire, la détection des fraudes fiscales et des anomalies, ainsi que la lutte contre le blanchiment d’argent. Ces usages pourraient contribuer à renforcer l’efficacité des administrations financières et la mobilisation des ressources publiques, sous réserve de disposer de données fiables, de compétences adaptées et de mécanismes de contrôle appropriés.

L’administration publique, l’environnement, la sécurité, les transports, la culture et le tourisme figurent également parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de solutions fondées sur l’intelligence artificielle.

Quatre piliers pour structurer l’ambition régionale

La stratégie projetée repose sur plusieurs axes structurants. La gouvernance, l’éthique et la régulation constituent un premier pilier, avec un accent sur la protection des données à caractère personnel, la vie privée, les droits humains et la lutte contre les usages de l’IA à des fins de désinformation ou de manipulation.

Les infrastructures et les services numériques occupent également une place centrale. Le projet évoque la mise en place de centres de calcul régionaux, notamment à travers un cloud souverain, ainsi que le développement de l’Open Data et l’interopérabilité des systèmes. L’objectif est de créer un environnement technologique capable de soutenir le développement et l’utilisation de solutions d’IA dans l’espace communautaire.

Le capital humain représente un autre enjeu déterminant. La Commission envisage le développement de formations spécialisées, notamment aux niveaux master et doctorat, ainsi que l’adaptation des programmes scolaires aux métiers de demain. L’innovation devra, quant à elle, être soutenue par des financements publics et privés, des incitations en faveur des startups et des partenariats permettant le transfert de technologies.

Une stratégie alignée sur les agendas continental et communautaire

L’élaboration de cette stratégie s’inscrit dans le prolongement de plusieurs cadres de référence, dont le plan stratégique IMPACT 2030 de la Commission de l’UEMOA, le Programme régional de transformation digitale 2026-2030 et la stratégie continentale de l’intelligence artificielle adoptée par l’Union africaine en juillet 2024.

La Commission entend ainsi inscrire l’IA dans une dynamique de coopération régionale, en cohérence avec les initiatives africaines en matière de transformation numérique, de cybersécurité et de protection des données.

La vision proposée est de développer l’IA comme une science et une technologie à part entière, tout en promouvant une intelligence artificielle centrée sur l’humain, inclusive et responsable. Elle vise à renforcer le positionnement de l’UEMOA aux niveaux africain et mondial, à stimuler l’innovation, à soutenir la croissance économique et à améliorer le bien-être des populations.

Vers un dispositif régional de mise en œuvre

La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité de l’Union à passer des orientations stratégiques à des actions concrètes et financées. Le projet prévoit la mise en place d’un comité régional de pilotage placé sous l’autorité de la Commission, des points focaux nationaux dans les États membres, une académie régionale de l’IA et un réseau de chaires universitaires.

Un fonds régional d’innovation IA est également envisagé pour soutenir les projets prioritaires, les startups et les espaces d’innovation. Le dispositif devrait être complété par un mécanisme de suivi-évaluation fondé sur des indicateurs harmonisés.

Par Drissa Ouattara

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