Malgré des terres disponibles, des ressources en eau et des conditions climatiques favorables à la culture de la tomate, le Ghana reste fortement dépendant des importations pour couvrir ses besoins. Le pays importe chaque année des dizaines de milliers de tonnes de tomates fraîches et de concentré, une situation particulièrement marquée pendant la basse saison, de décembre à juillet. Pour inverser cette tendance, le gouvernement a lancé, le mardi 15 septembre 2026 à Anloga, dans la région de la Volta, l’Initiative ghanéenne pour l’autosuffisance en tomates (GHATSI).
Portée en partenariat avec FarmMate Ltd, l’initiative vise à mettre en place une chaîne de valeur nationale capable d’assurer une production régulière de tomates tout au long de l’année.
Le gouvernement veut ainsi s’attaquer au déficit de production qui alimente les importations pendant la période de faible disponibilité locale. Selon le ministère, le Ghana consacre actuellement plus de 400 millions de dollars par an aux importations de tomates fraîches et de pâte de tomates.
GHATSI doit commencer à produire des résultats dès la campagne 2026/2027, avec une cible initiale d’environ 100 000 tonnes. La première phase porte sur plus de 10 000 acres de terres. Les informations communiquées après le lancement font état d’un déploiement dans 35 districts répartis sur 10 régions, tandis que le dispositif présenté avant le lancement évoquait 40 districts et 12 régions.
À terme, l’ambition est de porter la production nationale à 400 000 tonnes de tomates par an. Pour y parvenir, le programme prévoit de mieux relier les producteurs aux financements, aux intrants, à l’irrigation, à l’assurance agricole, à la transformation industrielle et aux débouchés commerciaux.
Le mécanisme repose notamment sur l’agriculture contractuelle. Les producteurs participants pourront bénéficier d’intrants financés, d’un accompagnement technique et de services de vulgarisation, ainsi que d’une assurance récolte multirisque. Le remboursement des financements doit intervenir directement lors de la vente de la production.
Le dispositif cherche également à traiter un autre problème de la filière : les pertes après récolte. L’insuffisance des capacités de stockage et de transformation prive une partie de la production locale de débouchés et réduit les revenus des producteurs. GHATSI prévoit donc de renforcer l’agrégation et la transformation afin de conserver davantage de valeur au niveau national.
Pour les autorités ghanéennes, le développement de la filière doit aussi permettre de sécuriser les revenus des agriculteurs, de créer des emplois, notamment pour les jeunes, et de mieux protéger la production contre les aléas climatiques et phytosanitaires.
La dépendance actuelle représente en effet un manque à gagner pour l’économie locale. La Chambre de l’agro-industrie du Ghana estimait, en février 2026, que le pays dépensait entre 650 et 760 millions de GH¢ par an pour ses importations de tomates fraîches et de concentré. De son côté, le Conseil ghanéen de la recherche scientifique et industrielle évaluait, en août, les importations combinées de tomates fraîches et transformées à au moins 168 millions de dollars par an.
La Chambre estime par ailleurs que les pertes liées aux importations, à la faiblesse de la production locale et au déficit d’infrastructures de transformation atteignent environ 5,7 milliards de GH¢ par an, soit près de 500 millions de dollars. Elle évalue également entre 30 et 45 % la part de la production locale qui pourrait être perdue chaque année faute de capacités suffisantes de stockage frigorifique.
Avec GHATSI, le Ghana cherche donc à agir simultanément sur la production, le financement, la conservation et la transformation. La première cible de 100 000 tonnes pour 2026/2027 constitue le point de départ d’un programme appelé à monter progressivement en puissance jusqu’à l’objectif de 400 000 tonnes annuelles.
Par Leila Toé


