Le Ghana a commencé à exporter des œufs vers le Burkina Faso afin de trouver de nouveaux débouchés pour sa production avicole excédentaire. Cette initiative intervient alors que les éleveurs ghanéens font face à des difficultés d’écoulement de leurs produits et à une pression sur les prix et les revenus. En parallèle, le gouvernement mise sur la consommation intérieure et les infrastructures de transformation pour soutenir durablement la filière.
Le ministre ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture, Eric Opoku, a indiqué que ces exportations font suite à des négociations avec les autorités burkinabè, engagées après une instruction du président John Dramani Mahama aux ministères concernés de faciliter l’accès au marché du pays voisin. Selon le ministre, plus de 20 camions chargés d’œufs étaient présents à la frontière au moment des discussions. Ils ont ensuite été autorisés à entrer au Burkina Faso, permettant le démarrage des expéditions commerciales.
L’ouverture de ce débouché constitue une possibilité supplémentaire d’écoulement pour les producteurs ghanéens, confrontés à une offre supérieure à la demande sur leur marché national. Toutefois, Eric Opoku reconnaît que les exportations vers le Burkina Faso ne suffiront pas, à elles seules, à absorber les excédents. Le gouvernement entend donc élargir les débouchés régionaux tout en stimulant la consommation locale.
Dans cette perspective, le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture travaille avec celui de l’Éducation à un projet d’intégration des œufs dans les repas servis aux élèves dans le cadre du Programme ghanéen d’alimentation scolaire. Ce dispositif pourrait créer une demande institutionnelle régulière et offrir aux éleveurs un marché plus prévisible, tout en contribuant à améliorer la qualité nutritionnelle des repas scolaires. Sa concrétisation dépendra cependant des modalités d’approvisionnement, de la coordination avec les producteurs et de la capacité à distribuer les œufs aux établissements concernés.
La situation actuelle met en évidence les difficultés d’une filière dont l’augmentation de la production ne garantit pas nécessairement une progression des revenus. Lorsque les débouchés commerciaux ne suivent pas le rythme de l’offre, les prix peuvent baisser et les éleveurs éprouver des difficultés à couvrir leurs charges, notamment celles liées à l’alimentation des volailles, à la main-d’œuvre et aux soins vétérinaires.
Au-delà du commerce des œufs, le gouvernement ghanéen mise également sur le développement des capacités de transformation pour renforcer la chaîne de valeur avicole. Lors d’une visite d’inspection d’une usine de transformation de volailles, de viande et de fourrage en construction à Bechem, dans la région d’Ahafo, Eric Opoku a indiqué que le projet était réalisé à environ 50 %.
L’installation est conçue pour traiter jusqu’à 6 000 volailles par heure, grâce à des chaînes de production distinctes pour les poulets de chair et les poules pondeuses. Elle comprendra également trois chambres froides, une écloserie et une unité de fabrication d’aliments pour volailles. Sa mise en service est prévue d’ici à la fin du premier trimestre 2027, selon les indications du ministre.
Le modèle opérationnel envisagé repose sur des accords contractuels avec des éleveurs des régions d’Ashanti, de l’Upper East et des zones voisines. Les producteurs recevraient des poussins issus de l’écloserie, les élèveraient jusqu’à maturité, puis livreraient les volailles à l’usine pour leur transformation et leur distribution. Deux camions sont également en cours d’acquisition pour assurer la livraison des produits emballés et commercialisés sous la marque de l’installation.
Selon le ministre, les retards antérieurs dans le règlement des certificats de paiement en cours ont été résorbés. La poursuite des travaux et le respect du calendrier annoncé devront toutefois permettre de confirmer la date de démarrage de l’usine.
Cette infrastructure pourrait améliorer les liens entre les éleveurs, les transformateurs et les réseaux de distribution, en donnant davantage de valeur ajoutée à la production locale. Son efficacité dépendra néanmoins de la disponibilité régulière des volailles, de la mise en œuvre des contrats avec les producteurs et de l’existence de débouchés commerciaux suffisants pour les produits transformés.
Par Amhed Coulibaly


