Le Groupe de la Banque mondiale prévoit de porter ses financements consacrés aux minéraux critiques à 19 milliards de dollars sur la période 2026-2030, contre 3,6 milliards de dollars au cours des cinq années précédentes. Cette stratégie vise à renforcer les investissements dans le secteur minier, à développer les industries locales et à permettre aux pays producteurs de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée issue de leurs ressources naturelles.
Le Groupe de la Banque mondiale entend intensifier son engagement dans le secteur des minéraux critiques au cours des cinq prochaines années. Le président de l’institution, Ajay Banga, a annoncé cette ambition lors des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, organisées à Bangkok. Le plan de mise en œuvre consacré aux métaux et aux minéraux prévoit de porter les financements à 19 milliards de dollars entre les exercices 2026 et 2030, contre 3,6 milliards de dollars sur la période quinquennale précédente.
Cette enveloppe représente une multiplication par plus de cinq des financements prévus pour ce secteur. Selon Ajay Banga, l’objectif est également de favoriser le développement d’industries locales et de permettre aux pays producteurs de créer davantage d’emplois et de retenir une part plus importante des retombées économiques liées à leurs ressources minérales.
Cette orientation intervient dans un contexte de concurrence accrue pour l’accès aux minéraux critiques, indispensables notamment aux technologies énergétiques, aux infrastructures et à plusieurs industries stratégiques. Les États-Unis, premier actionnaire de la Banque mondiale, plaident notamment pour un soutien financier accru aux projets d’extraction et de transformation. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a appelé l’institution à renforcer ses financements, ses investissements et ses mécanismes de réduction des risques afin de rendre les projets miniers commercialement viables, notamment grâce aux infrastructures nécessaires à leur développement.
L’exploitation minière en haute mer figure également parmi les priorités évoquées par les autorités américaines. Toutefois, Ajay Banga n’a pas abordé spécifiquement cette activité dans son intervention. Le plan de la Banque mondiale prévoit plutôt une approche préventive à l’égard de ce secteur émergent, tout investissement éventuel devant respecter les politiques et les exigences institutionnelles applicables.
En parallèle de l’augmentation des financements, huit pays ont annoncé de nouveaux pactes visant à promouvoir un développement responsable de leurs ressources minérales. Il s’agit de l’Égypte, du Malawi, de la Mauritanie, de la Zambie, de l’Argentine, de la Bolivie, de l’Inde et du Kazakhstan. Ces accords doivent aider les gouvernements à attirer des investissements, à créer des emplois et à renforcer la contribution du secteur minier à leurs économies nationales.
Les pactes définissent des priorités adaptées à chaque pays, accompagnées de réformes et d’objectifs mesurables. Les mesures envisagées portent notamment sur la modernisation des systèmes d’octroi des licences minières, l’amélioration des données géologiques, le renforcement des garanties environnementales et sociales, le développement des infrastructures énergétiques et de transport ainsi que la formation de la main-d’œuvre locale. L’objectif est de mieux relier l’exploitation des ressources naturelles à la transformation industrielle et au développement de fournisseurs nationaux.
En Égypte, le pacte vise à porter la contribution du secteur des minéraux à 6 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2030 et les exportations de métaux et de minéraux à 9,8 milliards de dollars d’ici 2040. Le programme prévoit notamment des réformes juridiques et budgétaires, une amélioration de l’information géologique, la numérisation des systèmes administratifs et le développement de pôles de transformation. Le Groupe de la Banque mondiale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement contribueront au renforcement de la gouvernance, des capacités institutionnelles et de la préparation des projets d’investissement.
En Zambie, l’accent est mis sur le cuivre, dont le pays souhaite porter la production annuelle à 3 millions de tonnes métriques d’ici 2031. Le pacte prévoit de renforcer la gouvernance du secteur, d’améliorer les données géologiques et les procédures d’octroi des licences, de développer les infrastructures énergétiques et de transport et de renforcer les liens entre les entreprises minières et les fournisseurs locaux.
Le ministre zambien des Finances et de la Planification nationale, Situmbeko Musokotwane, a souligné que ce partenariat devait permettre d’articuler les réformes, les infrastructures et les investissements nécessaires à la réalisation des ambitions du pays. Au-delà de l’augmentation de la production de cuivre, la Zambie entend développer des industries de soutien capables de créer des emplois qualifiés et d’améliorer les conditions de vie des populations. La réalisation de ces objectifs dépendra notamment de la disponibilité d’une électricité fiable, de moyens de transport adaptés, de travailleurs qualifiés et de fournisseurs nationaux compétitifs.
L’initiative sur les minéraux critiques s’inscrit également dans la stratégie plus large de la Banque mondiale visant à mobiliser des capitaux privés pour financer le développement. Selon Ajay Banga, le Groupe de la Banque mondiale a mobilisé 112 milliards de dollars de capitaux privés au cours de l’exercice 2026, clos le 30 juin, soit plus de trois fois le montant enregistré en 2022. En incluant les financements provenant de ses propres ressources, le volume total de financement a atteint 230 milliards de dollars sur l’exercice.
Par Amhed Coulibaly


