Le ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, a défendu la mobilisation des ressources intérieures et la transformation locale des richesses africaines comme leviers de souveraineté économique, lors d’une conférence de presse organisée dans le cadre des réunions annuelles 2026 du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, à Bangkok, en Thaïlande. Il a partagé cette tribune avec Christian Yoka, ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public de la République du Congo, et Mariama Cire Sylla, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget de la Guinée.
« On ne peut parler de souveraineté si l’on est incapable de financer soi-même son propre développement. » Cette déclaration du ministre burkinabè Aboubakar Nacanabo résume l’approche qu’il a défendue lors des échanges consacrés au financement de l’avenir de l’Afrique. Face à un environnement mondial marqué par la multiplication des crises et les incertitudes géopolitiques, il a appelé les États africains à dépasser la simple résilience pour engager une transformation économique durable.
Placée sous le thème « De la résilience à la transformation dans un monde fragmenté et exposé aux chocs : financer l’avenir de l’Afrique », la conférence a permis aux ministres du Burkina Faso, du Congo et de la Guinée d’exposer leurs priorités en matière de réformes, de financement et de développement. Pour Aboubakar Nacanabo, l’enjeu est de bâtir des économies capables de mobiliser davantage de ressources propres, de valoriser leurs richesses et de créer des emplois durables.
Le premier levier mis en avant par le ministre burkinabè est le renforcement de la mobilisation des recettes intérieures. Selon les chiffres qu’il a présentés, le ratio des recettes fiscales au produit intérieur brut (PIB) du Burkina Faso est passé de 15 % en 2022 à 19 % en 2025-2026. Cette évolution s’explique notamment par des réformes liées à la numérisation et à la fiscalité foncière.
Pour Aboubakar Nacanabo, les financements des partenaires internationaux demeurent importants, mais ils ne peuvent se substituer durablement aux efforts nationaux. Le renforcement des administrations fiscales et l’amélioration du recouvrement doivent permettre aux États de dégager davantage de ressources pour financer leurs politiques publiques et réduire leur dépendance extérieure.
Au-delà des recettes fiscales, le ministre a insisté sur la nécessité de transformer structurellement les économies africaines en donnant davantage de valeur ajoutée aux ressources naturelles exploitées sur le continent. Il a déploré que de nombreuses matières premières soient exportées sans transformation locale suffisante, limitant ainsi les retombées économiques pour les pays producteurs.
La réponse, selon lui, passe par le développement de chaînes de valeur dans l’agriculture, les mines et d’autres secteurs stratégiques. Cette orientation suppose un cadre législatif adapté, notamment des codes miniers et des dispositifs de contenu local permettant aux États et aux entreprises nationales de capter une part plus importante de la richesse produite. Elle exige également la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et la mobilisation de capitaux publics et privés.
Le ministre a particulièrement souligné l’importance de l’investissement dans le capital humain, notamment dans l’éducation, la santé et la protection sociale. Au Burkina Faso, où les jeunes représentent, selon les chiffres cités lors de son intervention, 70 % de la population, la transformation économique doit contribuer à élargir les perspectives d’emploi et à créer des opportunités durables pour les nouvelles générations.
Aboubakar Nacanabo a également plaidé pour des mécanismes de financement mieux adaptés aux besoins des économies africaines. Tout en reconnaissant l’utilité des financements concessionnels, il a estimé que leurs conditions ne permettent pas toujours d’atteindre suffisamment rapidement les objectifs de développement. Les États doivent donc explorer des solutions complémentaires, en s’appuyant notamment sur les ressources domestiques et les investissements privés.
La question des infrastructures régionales a également occupé une place importante dans les échanges. Interrogé sur les synergies possibles entre les plans nationaux de développement et le programme guinéen Simandou 2040, le ministre burkinabè a rappelé que l’enclavement du Burkina Faso rend l’accès aux corridors de transport, aux chemins de fer et aux infrastructures portuaires particulièrement stratégique.
La compétitivité des produits agricoles et miniers burkinabè dépend, selon lui, de la qualité des réseaux logistiques régionaux. La coordination des projets nationaux et la mutualisation des investissements pourraient ainsi faciliter les échanges, réduire les coûts de transport et favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales. Cette approche rejoint les préoccupations exprimées par les autres ministres sur la nécessité de mieux connecter les économies africaines et de valoriser les infrastructures au-delà de leur fonction initiale.
Les conséquences de la hausse des prix du pétrole liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont constitué un autre volet des discussions. À ce sujet, Aboubakar Nacanabo a rappelé que les pays importateurs de produits pétroliers, comme le Burkina Faso, sont particulièrement exposés aux fluctuations des cours internationaux. La hausse des prix des hydrocarbures renchérit les coûts de transport et de production, accentue les pressions inflationnistes et affecte notamment les prix des engrais, avec des répercussions directes sur l’agriculture et la sécurité alimentaire.
Le ministre a mis en garde contre les effets budgétaires des subventions généralisées aux carburants. Si ces mesures peuvent contribuer à contenir les prix pour les ménages, elles risquent également d’accroître les déficits publics et de fragiliser la soutenabilité de la dette. Il a souligné la nécessité de trouver un équilibre entre la protection des populations vulnérables, la préservation du pouvoir d’achat et le maintien des investissements indispensables à la croissance.
Face à ces risques, Aboubakar Nacanabo a appelé les gouvernements à intégrer des scénarios de crise dans la préparation de leurs budgets, en tenant compte des chocs alimentaires, climatiques et géopolitiques. Il a rappelé que les répercussions économiques d’une crise peuvent se prolonger pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, même après la disparition de son principal facteur déclencheur.
Les échanges ont également permis d’aborder les financements concessionnels et la représentation de l’Afrique au sein des institutions financières internationales. Le ministre congolais Christian Yoka a notamment souligné l’importance de préserver les financements multilatéraux dans un contexte de recul de l’aide publique au développement, tout en encourageant la mobilisation des investissements privés. De son côté, le ministre guinéen Mariama Cire Sylla a évoqué les perspectives de financement de l’économie guinéenne, notamment à travers une éventuelle émission d’euro-obligations, ainsi que la nécessité de renforcer le poids de l’Afrique dans les instances de décision du FMI et de la Banque mondiale.
Par Amhed Coulibaly


