Nigeria : Le Gouvernement vise 20 millions d’investisseurs particuliers et 250 sociétés cotées à la bourse nigériane d’ici 2036

Le Nigeria ambitionne de transformer en profondeur son marché des capitaux au cours de la prochaine décennie. À travers son Plan directeur des marchés financiers 2026-2036, le gouvernement fédéral vise à porter le nombre d’investisseurs particuliers de 6 millions à 20 millions et celui des sociétés cotées de 146 à 250 d’ici 2036. Présentées par le ministre des Finances et coordinateur de l’Économie, Taiwo Oyedele, lors de la Conférence nationale des marchés financiers 2026 organisée lundi à Abuja, ces ambitions s’inscrivent dans une stratégie visant à mobiliser davantage l’épargne nationale au service du financement de l’économie.

L’atteinte de ces objectifs représenterait une progression de 233,3 % du nombre d’investisseurs particuliers, soit 14 millions de nouveaux participants sur le marché. Le nombre de sociétés cotées devrait, pour sa part, augmenter de 71,2 %, avec 104 entreprises supplémentaires admises à la cote. Le gouvernement entend également porter la capitalisation boursière des actions de 33 % du produit intérieur brut (PIB) à au moins 60 %, afin de renforcer le poids du marché financier dans le financement des activités économiques.

Pour attirer davantage d’entreprises vers la Bourse nigériane, les autorités privilégient une approche fondée sur les incitations plutôt que sur la contrainte. « Nous encourageons les entreprises privées nigérianes à s’inscrire en Bourse. Nous utiliserons des incitations pour les attirer », a déclaré Taiwo Oyedele, soulignant la nécessité de rendre le marché des capitaux plus attractif pour le secteur privé.

Le gouvernement ambitionne également d’élargir considérablement la taille du marché au cours des dix prochaines années. Le plan prévoit notamment une augmentation des émissions d’obligations d’entreprises en proportion du PIB, une progression de la pénétration du marché des sukuk de 0,3 % à 5 % et une hausse des actifs de retraite de 6 % à 16 % du PIB. Ces orientations doivent permettre de diversifier les instruments de financement disponibles et de mobiliser des ressources à long terme pour soutenir les investissements productifs.

Parmi les opérations susceptibles de donner une nouvelle dimension au marché figure l’introduction en Bourse de la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC) et de Nigeria LNG Limited. Selon le ministre des Finances, de telles opérations permettraient d’approfondir le marché, d’améliorer la transparence dans la gestion des actifs stratégiques et d’élargir la participation des investisseurs à la propriété des entreprises nationales.

Au-delà de la croissance du marché, Abuja entend également renforcer la crédibilité financière du pays sur la scène internationale. Taiwo Oyedele a indiqué que le Nigeria visait l’obtention d’une notation de crédit de catégorie investment Grade dans un délai de trois ans. Le pays souhaite également passer du statut de marché frontière à celui de marché émergent, une évolution qui pourrait renforcer son attractivité auprès des investisseurs institutionnels internationaux.

Pour soutenir cette dynamique, le gouvernement a lancé le National Savings Scheme, un dispositif destiné à encourager les Nigérians à investir dans des produits financiers réglementés à travers des canaux accessibles, notamment les téléphones mobiles. Cette initiative répond à une préoccupation des autorités concernant l’orientation d’une partie de l’épargne des jeunes vers les plateformes de paris, les dispositifs de cryptomonnaies non réglementés et les systèmes de Ponzi. Le ministre a annoncé un renforcement de la surveillance des mécanismes d’investissement frauduleux ainsi que des mesures destinées à soutenir les victimes.

Présent lors de la conférence, le vice-président nigérian, Kashim Shettima, a officiellement dévoilé le Plan directeur des marchés financiers nigérians 2026-2036. Il a souligné le rôle stratégique du marché des capitaux dans le financement des infrastructures et la réalisation des ambitions de développement du pays. Il a également attribué la progression récente du marché aux réformes économiques engagées par le gouvernement, notamment la suppression des subventions aux carburants, l’unification des taux de change, la recapitalisation du secteur bancaire et l’adoption de la loi de 2025 sur les investissements et les valeurs mobilières.

Le directeur général de la Securities and Exchange Commission (SEC), Emomotimi Agama, a toutefois souligné que la croissance du marché ne s’était pas encore traduite par une participation suffisamment large de la population. « La force de tout marché des capitaux repose sur les économies de son peuple. Le nôtre doit reposer sur les économies de chacun de nous », a-t-il déclaré. Pour garantir l’exécution du plan, la SEC prévoit de mettre en place des comités chargés de suivre les engagements, les échéances et les résultats obtenus. Chaque mesure devra être associée à un responsable, à un calendrier et à des indicateurs de performance, avec un suivi public de l’avancement des réformes.

De son côté, le président de la commission sénatoriale chargée des marchés des capitaux, Osita Izunaso, a plaidé pour l’introduction en Bourse de la NNPC et des grandes entreprises de télécommunications. Il a rappelé que le Nigeria comptait plus de cinq millions d’entreprises enregistrées, contre environ 151 sociétés cotées, selon les chiffres qu’il a présentés. Il a également appelé les autorités de régulation à accélérer l’encadrement des actifs numériques et à veiller à ce que le plan directeur débouche sur des résultats concrets et mesurables.

Par Drissa Ouattara

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