De Beers a transféré 1 milliard de pulas botswanais (BWP), soit environ 75 millions de dollars, au Fonds Diamonds for Development du Botswana. Cette contribution constitue le capital initial d’une initiative destinée à réduire la dépendance du pays aux diamants et à stimuler le développement de nouvelles activités économiques.
Créé conjointement par le gouvernement botswanais et De Beers dans le cadre d’un accord portant sur la commercialisation des diamants et leur partenariat minier de longue date, ce fonds vise à financer la diversification économique, l’industrialisation, la compétitivité des exportations, le développement des entreprises et la création d’emplois. Dotée d’une gouvernance indépendante, la structure ambitionne également de mobiliser des financements supplémentaires auprès d’institutions nationales, d’investisseurs internationaux et de partenaires privés.
Dans une annonce conjointe publiée mercredi, le gouvernement et le groupe diamantaire ont indiqué que cette première contribution permettrait au fonds de finaliser sa stratégie d’investissement et de lancer des programmes dans certains secteurs prioritaires. De Beers s’est également engagé à effectuer de nouveaux versements annuels, financés par les dividendes perçus de Debswana, en fonction des performances de cette société minière détenue conjointement par l’État botswanais et le groupe diamantaire.
« Cela tient la promesse de la vision que nous avions définie en 2023, lorsque nous avons convenu de créer un fonds destiné à diversifier l’économie du Botswana, dans le cadre du renouvellement de notre licence minière pour 25 ans », a déclaré Al Cook, directeur général du groupe De Beers.
Le dirigeant a également souligné les difficultés rencontrées par les économies dépendantes des ressources naturelles pour développer des industries capables de soutenir la croissance à long terme. Il a notamment évoqué le risque de « maladie hollandaise », un phénomène par lequel la dépendance à une ressource dominante peut fragiliser les autres secteurs économiques et compromettre la diversification. Selon lui, les revenus tirés du pétrole, du gaz, du cuivre ou des diamants ne garantissent pas, à eux seuls, une croissance durable lorsque les ressources s’épuisent ou que les marchés se retournent.
Depuis son indépendance en 1966, le Botswana a fait des revenus diamantifères un levier majeur de son développement, en finançant notamment les infrastructures, l’éducation et la santé. Toutefois, cette dépendance expose aujourd’hui le pays aux fluctuations de la demande mondiale. Selon les données historiques citées par le Fonds monétaire international (FMI), les diamants ont représenté environ 80 % des recettes d’exportation du Botswana, un tiers des recettes publiques et près d’un quart de son produit intérieur brut (PIB).
Le ralentissement du marché mondial des diamants naturels, la concurrence des diamants synthétiques, moins coûteux, et les incertitudes sur les principaux marchés de consommation ont accentué les difficultés du secteur. La baisse des ventes et des prix pèse sur les finances publiques, les entreprises et l’emploi, renforçant la nécessité de diversifier les sources de revenus du pays.
Les autorités botswanaises entendent ainsi développer d’autres secteurs, notamment le tourisme, l’agriculture, l’industrie manufacturière, les énergies renouvelables, les technologies et les autres activités minières. Pour Bogolo Kenewendo, ministre des Minéraux et de l’Énergie, le fonds doit permettre de transformer la richesse issue des diamants en nouvelles capacités productives et en opportunités d’emploi.
« Grâce au Fonds Diamonds for Development, nous pouvons créer des emplois de qualité, élargir les possibilités offertes aux Botswanais et renforcer les fondements d’une économie plus diversifiée et résiliente », a-t-elle déclaré, soulignant la volonté du gouvernement de s’appuyer sur les acquis du secteur diamantaire pour ouvrir de nouvelles perspectives de croissance et de prospérité.
Le fonds est présidé par Akinwumi Adesina, ancien président de la Banque africaine de développement. Son mandat consiste notamment à attirer des investissements destinés à soutenir l’industrialisation, le développement des exportations et la création d’emplois. La réception de cette première contribution doit désormais permettre d’engager la mise en œuvre de sa stratégie, selon son président.
Cette initiative intervient alors que l’avenir de De Beers fait l’objet d’incertitudes sur le plan de son actionnariat. Anglo American, qui détient 85 % du groupe, cherche à céder sa participation majoritaire dans le cadre d’une restructuration de ses activités. Le Botswana possède les 15 % restants.
De Beers a enregistré une perte de 787 millions de dollars l’année dernière, pour un chiffre d’affaires de près de 3,5 milliards de dollars, dans un contexte de difficultés persistantes sur le marché des diamants naturels. Plusieurs investisseurs potentiels seraient intéressés par son acquisition, dont un consortium dirigé par Gareth Penny, ancien directeur général du groupe. Le groupe suisse de luxe Richemont aurait également envisagé de rejoindre ce consortium.
Parallèlement, le Botswana chercherait à porter sa participation dans De Beers à environ 25 %. Toutefois, aucune transaction définitive n’a été annoncée et l’arrangement envisagé n’a pas été confirmé de manière indépendante par Reuters.
Dans ce contexte, le Fonds Diamonds for Development représente un instrument stratégique pour préparer l’économie botswanaise à une éventuelle transformation du marché diamantaire. Si une participation accrue dans De Beers permettrait au pays de renforcer son influence dans cette industrie, le fonds doit, pour sa part, orienter les ressources vers un éventail plus large d’activités économiques
Par Amhed Coulibaly


