Interview : « Nous ne vendons pas simplement des produits financiers, nous réinventons le rapport des familles à l’argent », Christophe Yaméogo, Directeur Général du cabinet FIM Legacy

Spécialisé dans la formation en éducation financière, la planification financière, le conseil en investissement et la finance d’entreprise, le cabinet de conseil Finance & Investment Legacy (FIM Legacy) s’impose comme un acteur engagé dans l’accompagnement des particuliers, des familles et des entrepreneurs. À travers une approche globale et adaptée aux réalités africaines, FIM Legacy œuvre à renforcer l’intelligence financière et à promouvoir une meilleure structuration et transmission du patrimoine. Découvrez le cabinet FIM Legacy à travers cet entretien avec son Directeur Général, Christophe Yaméogo.

Horonya Finance (HF) : Comment FIM Legacy définit-il sa mission et de quelle manière cette mission se traduit-elle dans l’accompagnement des particuliers, familles et entreprises ?

Christophe Yaméogo (CY) : Notre mission est d’accompagner les individus, les familles et les entreprises vers l’indépendance financière. À travers notre vision, nous souhaitons contribuer à bâtir une Afrique dans laquelle chaque individu, quelle que soit sa situation de départ, dispose des outils intellectuels et pratiques nécessaires pour construire, protéger et transmettre un patrimoine durable. Nous partons d’un principe fondamental : la prospérité financière n’est pas un privilège, mais le résultat d’une éducation adaptée et d’une stratégie bien structurée. Lorsqu’on parle de finances transgénérationnelles, il s’agit justement de sortir d’une logique de recommencement permanent. Dans beaucoup de cas, chaque génération repart de zéro et doit se battre pour s’en sortir, alors qu’il existe des mécanismes et des outils permettant d’assurer une continuité dans la création et la transmission de la richesse. C’est pourquoi nous insistons d’abord sur l’éducation. Avant même les aspects purement financiers, il est essentiel de transmettre la capacité à créer, à gérer, à protéger et à transmettre. C’est cette base qui permet ensuite de bâtir des stratégies solides et durables. Ensuite, chaque génération vient enrichir l’édifice commun en capitalisant sur les acquis précédents. L’objectif est de sortir d’une logique individuelle isolée pour aller vers une approche structurée, où la transmission et la continuité deviennent des piliers du développement patrimonial.

HF : Concernant l’accompagnement des familles, la formation en éducation financière s’adresse-t-elle uniquement au couple, ou concerne-t-elle l’ensemble des membres de la famille ? Comment se fait concrètement cet accompagnement ?

CY : L’éducation financière ne concerne pas une seule personne, elle concerne toute la famille. Que ce soit Monsieur, Madame ou les enfants, tout le monde est impliqué. Ce n’est pas l’apanage d’un individu, mais une responsabilité collective. La cellule de base de la famille repose d’abord sur le couple. Avant même l’arrivée des enfants, il y a une vision commune à construire. Lorsqu’un couple décide de s’engager dans la vie à deux, il doit pouvoir définir ensemble ce qu’il souhaite bâtir, en termes de projets, de valeurs et d’orientation de vie. Les enfants qui arrivent ensuite s’inscrivent dans cette vision et en deviennent les bénéficiaires. Les parents ont donc la responsabilité de transmettre non seulement une éducation académique, mais aussi des valeurs de vie, notamment la manière de gérer les ressources. Si les enfants ne sont pas préparés à gérer l’argent, il leur sera difficile de le faire à l’âge adulte. L’éducation financière repose en grande partie sur des éléments comportementaux. Elle est influencée par les croyances, l’environnement et les habitudes acquises dès le plus jeune âge. C’est ce socle qui détermine, en grande partie, la manière dont une personne interagit avec l’argent.

Concrètement, nous intervenons à travers plusieurs formats. D’une part, nous proposons des formations adaptées aux besoins de chacun : formations individuelles, formations destinées aux couples ou encore programmes dédiés aux enfants. Mais au-delà de la formation, l’accompagnement est essentiel. Les sessions permettent d’acquérir des connaissances, mais leur impact dépend de la manière dont elles sont mises en pratique au quotidien. C’est pourquoi nous insistons sur la continuité entre ce qui est appris en formation et ce qui est appliqué à la maison. Le rôle des parents reste central. Par exemple, lorsqu’un enfant suit un programme d’éducation, il est important que les parents s’impliquent, suivent ce qu’il apprend et créent un environnement favorable à la mise en pratique. Cela permet d’assurer une cohérence et de renforcer les acquis. À l’image du système scolaire, la formation ne remplace pas la responsabilité parentale. Elle la complète. Les parents doivent rester attentifs à ce que leurs enfants apprennent, afin de pouvoir ajuster, accompagner ou, si nécessaire, réorienter certains aspects de leur éducation. L’objectif est donc de créer une dynamique où la formation, l’accompagnement et l’implication familiale travaillent ensemble pour construire des bases solides et durables en matière de gestion financière.

HF : Vos services sont-ils réservés uniquement aux personnes sachant lire et écrire ?

CY : Non, absolument pas. Nous travaillons avec tous types de profils. Le niveau d’instruction n’est pas le critère déterminant. Ce qui compte pour nous, c’est de comprendre les besoins de la personne et de voir comment l’accompagner à atteindre ses objectifs. Notre approche s’inscrit dans une vision de construction d’une Afrique prospère. Nous valorisons tous les parcours, qu’ils soient académiques ou non académiques. Dans la réalité économique, on observe d’ailleurs que de nombreuses personnes qui détiennent des ressources importantes ne sont pas nécessairement passées par un parcours scolaire classique. Cela montre que l’absence de scolarisation ne signifie pas absence d’intelligence ou de compétence. Il existe des formes de savoir acquises par l’expérience, l’observation et la pratique, qui sont tout aussi pertinentes dans la gestion des affaires et des finances. Il est important de ne pas confondre instruction académique et intelligence pratique. Chaque type de parcours apporte une valeur différente. Dans certains cas, les personnes issues d’environnements non académiques développent une compréhension très fine des réalités économiques, souvent basée sur l’expérience directe. C’est pourquoi nous insistons sur la capacité d’adaptation dans notre accompagnement. Lorsqu’on interagit avec une personne, il est essentiel de s’exprimer de manière à ce qu’elle comprenne, quel que soit son niveau d’instruction. La finalité est de transmettre des concepts financiers de façon accessible et concrète. En réalité, la clé réside dans la manière dont on communique et dans notre capacité à nous adapter à l’interlocuteur. C’est cette approche qui permet de rendre l’éducation financière utile et applicable à tous, sans distinction de parcours.

HF : FIM Legacy organise des initiatives phares telles que la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement (SEI), The Family Office et la Clinique de l’argent. Pouvez-vous expliquer le rôle de chacune et l’impact sur les participants ?

CY : Nos activités s’articulent autour de plusieurs axes complémentaires. Le premier, que nous appelons la SEI, constitue le cœur de notre action. Il vise à rendre l’éducation financière accessible au plus grand nombre en simplifiant le jargon financier et en le traduisant en notions compréhensibles par tous.Cette activité s’adresse à un public très large : salariés, artisans, commerçants, professions libérales et entrepreneurs. L’objectif est de permettre à chacun de mieux comprendre les mécanismes financiers et de développer des réflexes adaptés à sa réalité.

Nous proposons également la « Clinique de l’argent », un webinaire gratuit organisé deux fois par mois. À travers différentes thématiques, les participants peuvent poser leurs préoccupations et échanger directement avec nous sur des problématiques concrètes liées à la gestion de leurs finances. Par ailleurs, nous avons développé un service de type Family Office, dédié à l’accompagnement des familles. Il couvre des aspects tels que la gestion patrimoniale, la planification financière et la préparation successorale. Cette dernière est un élément crucial, car elle permet d’anticiper la transmission des biens et d’éviter, autant que possible, les conflits familiaux liés à l’héritage. Une bonne préparation contribue à réduire significativement les tensions, même si elle ne les élimine pas totalement.

En complément, nous organisons la Journée mondiale de l’épargne, un événement en présentiel destiné principalement aux jeunes, notamment les étudiants et les primo-accédants à l’emploi. Cette cible est stratégique, car les premières habitudes financières prises au début de la vie active influencent fortement la trajectoire future. Il est donc essentiel d’accompagner cette transition avec les bons réflexes. Enfin, nous participons également à des initiatives internationales telles que le Global Money Week, une campagne mondiale soutenue par l’OCDE et dédiée à la promotion de l’éducation financière. Nous y prenons part chaque année, en adaptant nos activités au contexte.

HF : Pour bénéficier des services du cabinet, combien faut-il prévoir et quelles sont les autres modalités ?

CY : Nous commençons généralement par des consultations. Une séance de consultation est facturée à 15 000 francs CFA et dure environ 60 minutes. Elle permet de faire un premier diagnostic de la situation et de mieux comprendre les besoins de la personne. À partir de cette étape, nous proposons des formules d’accompagnement adaptées au profil et aux objectifs du client. L’accompagnement minimal est de deux mois, mais la durée peut varier en fonction des besoins identifiés. Il s’agit d’une approche personnalisée où chaque personne choisit la formule qui correspond à sa situation. Nos offres s’adressent à des profils différents.

Une partie de notre clientèle est composée de personnes ayant déjà constitué un patrimoine. Dans ce cas, les besoins ne portent plus sur la construction, mais plutôt sur la sécurisation, l’optimisation et la transmission du patrimoine. À l’inverse, pour les personnes en phase de construction, l’accompagnement est orienté vers la mise en place de stratégies permettant de développer progressivement leurs ressources financières. Les enjeux ne sont donc pas les mêmes selon que l’on cherche à construire ou à structurer un patrimoine existant. Dans les cas d’accompagnement patrimonial avancé, la tarification est souvent définie de manière flexible, en fonction de la nature et de l’ampleur des missions. Elle peut être structurée sur la base d’un pourcentage lié à la valeur des opérations ou des optimisations réalisées, généralement compris entre 1 % et 3 % selon les cas. Ce type d’accompagnement demande également un travail approfondi, qui peut s’étendre sur plusieurs mois, voire davantage selon la complexité du patrimoine. Il implique des réflexions juridiques, fiscales, organisationnelles et stratégiques, avec l’intervention de plusieurs compétences au sein de l’équipe. L’objectif est d’assurer une structuration rigoureuse et durable, adaptée aux enjeux des clients disposant d’un patrimoine significatif, avec un accompagnement sur mesure et une approche pluridisciplinaire.

HF : L’accompagnement haut de gamme en gestion de patrimoine et de fortune est un élément stratégique du cabinet. En quoi consiste-t-il et quels services clés regroupe-t-il ?

CY : L’accompagnement haut de gamme en gestion de patrimoine et de fortune s’adresse principalement à des personnes ou des familles qui ont déjà constitué un certain niveau de richesse et qui cherchent désormais à la structurer, la sécuriser et la transmettre dans les meilleures conditions. À ce niveau, l’approche est beaucoup plus personnalisée et stratégique. Il ne s’agit plus simplement de construire un patrimoine, mais d’optimiser l’existant à travers des dispositifs juridiques, fiscaux et financiers adaptés. Cela inclut par exemple la structuration des actifs, la planification successorale, l’optimisation fiscale, ainsi que la mise en place de mécanismes de protection du patrimoine. Nous intervenons également dans la sécurisation des actifs, en intégrant des outils comme l’assurance, les montages juridiques appropriés et la collaboration avec des experts (notaires, avocats, fiscalistes). Il s’agit de réduire les risques, d’anticiper les imprévus et d’assurer une continuité du patrimoine dans le temps. Un autre aspect essentiel de cet accompagnement concerne la transmission intergénérationnelle. Il ne s’agit pas uniquement de transférer des biens, mais aussi de préparer les héritiers à en assurer la gestion. Cela implique un travail sur l’éducation financière, la gouvernance familiale et l’alignement autour d’une vision commune. Enfin, cet accompagnement repose sur une relation de confiance durable, avec un suivi dans le temps et des ajustements en fonction de l’évolution de la situation du client. En somme, le but est d’offrir une approche intégrée, discrète et efficace, permettant de préserver, faire croître et transmettre le patrimoine dans des conditions optimales.

HF : Quels bénéfices concrets les clients peuvent-ils tirer des programmes de résidence et de citoyenneté par l’investissement ?

CY : Il s’agit d’un programme que nous appelons un programme de mobilité internationale et d’optimisation, parfois associé à ce qu’on appelle la “citoyenneté d’affaires”. L’idée est de faciliter les déplacements internationaux pour des personnes qui ont des besoins liés à leurs activités professionnelles ou entrepreneuriales. Aujourd’hui, avec un passeport local, comme celui du Burkina Faso, l’accès à certaines destinations nécessite des procédures de visa longues, incertaines et parfois contraignantes. Dans ce contexte, certaines personnes choisissent d’acquérir une seconde nationalité via l’investissement, lorsque cela est possible. Cette option permet d’améliorer la mobilité, notamment pour des déplacements urgents ou fréquents. Par exemple, dans certains cas, il est possible de voyager sans avoir à passer par des procédures de visa classiques, ou avec des facilités à l’arrivée dans le pays de destination. Ce type de programme répond donc à des besoins spécifiques et s’adresse à des profils qui ont une réelle exigence de mobilité dans le cadre de leurs affaires. Il faut aussi préciser que ce sont des démarches qui ont un coût et qui ne sont pas accessibles à tout le monde, mais elles apportent un gain de temps et de flexibilité important.

HF : Comment FIM Legacy accompagne-t-il la diaspora africaine souhaitant investir ou créer un patrimoine dans son pays d’origine ?

Nous accompagnons la diaspora africaine à travers une approche structurée qui vise à sécuriser, préparer et faciliter le retour ou l’investissement dans le pays d’origine. Dans un premier temps, nous travaillons sur la compréhension du cadre juridique et fiscal. Il est essentiel pour toute personne de la diaspora de connaître les règles locales, les implications fiscales, ainsi que les mécanismes juridiques liés à l’investissement et à la détention d’actifs dans le pays. Ensuite, nous mettons l’accent sur la préparation en amont du projet. Cela passe par des études préalables, l’identification des opportunités d’investissement adaptées au profil du client, ainsi que la mise en relation avec les bons acteurs locaux. L’objectif est de permettre au client de prendre des décisions éclairées avant de s’engager. Nous accompagnons également dans la structuration des projets d’investissement, afin d’éviter les erreurs fréquentes liées au manque d’information ou à une mauvaise compréhension du marché. Cela inclut la définition d’une stratégie claire, l’analyse des risques et la mise en place de solutions adaptées au contexte local.

Enfin, nous intégrons une dimension d’accompagnement global qui va au-delà de l’investissement, en préparant le retour, en facilitant l’intégration et en aidant à construire un patrimoine durable sur place. L’idée est de transformer une intention en un projet concret, viable et sécurisé, en tenant compte des réalités locales et des objectifs à long terme du client.

HF : Ouagadougou a accueilli en février la 3e édition de la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement (SEI), activité phare du cabinet. Pouvez-vous nous faire un bilan de cet événement, nous dire si vos attentes ont été comblées et partager les principales leçons tirées ?

CY : La troisième édition de la SEI a confirmé l’ancrage de cet événement dans le paysage de l’éducation financière au Burkina Faso. De manière globale, nos objectifs ont été atteints, aussi bien en termes de mobilisation du public que de qualité des échanges. Parmi les principaux enseignements, nous retenons l’appétit croissant des populations pour des contenus financiers pratiques, adaptés à leurs réalités. Cela confirme qu’il existe un besoin réel en matière d’éducation financière, et que les populations recherchent des réponses concrètes à leurs défis quotidiens. L’autre point important est le rôle des partenaires institutionnels et privés dans l’amplification de l’impact de l’événement. Cette année, nous avons eu 28 entreprises partenaires qui nous ont fait confiance. Elles ont contribué financièrement et étaient également présentes pour exposer et échanger avec les participants. C’est une progression notable par rapport à la deuxième édition, où nous comptions 19 partenaires. Nous avons donc connu une évolution significative, et l’objectif est d’atteindre une quarantaine de partenaires pour la prochaine édition.

Du côté des participants, nous avons également observé une forte présence de personnes venues des régions, notamment de Bobo-Dioulasso, Tenkodogo, Pô, Ouahigouya, Koudougou et Banfora. Certains ont parcouru de longues distances pour se rendre à Ouagadougou afin de vivre l’événement sur place. Cela montre l’intérêt réel et l’importance qu’ils accordent à ces thématiques. Ce type d’engagement est très encourageant et renforce notre motivation à poursuivre cette initiative. Cette participation confirme également que les besoins en éducation financière sont bien présents, et que les populations cherchent activement des solutions à leurs préoccupations financières. C’est précisément à ces attentes que le cabinet tente de répondre, à travers ses différentes activités, depuis sa création.

Sur le plan institutionnel, cette troisième édition a été marquée par le soutien du ministère de l’Économie et des Finances, dont le responsable a présidé l’événement. Nous avons également eu l’honneur d’accueillir le ministre de la Construction, ce qui a contribué à rehausser le niveau de l’événement. Plus récemment, nous avons rencontré le ministre de l’Économie et des Finances pour lui faire le compte rendu des deux jours de travaux. Il nous a félicités et encouragés à poursuivre cette initiative, qui s’inscrit aujourd’hui comme une contribution concrète à l’inclusion financière au Burkina Faso. Dans l’ensemble, cette troisième édition est une étape importante qui conforte la vision et la mission que nous portons, et nous donne davantage d’énergie pour continuer à développer cet événement dans les années à venir.

HF : Nous sommes à la fin de notre entretien. Dites-nous quels sont les principaux atouts différenciateurs de FIM Legacy qui en font “plus qu’un cabinet”, selon vos termes ?

CY : Il faut comprendre que FIM Legacy est plus qu’un cabinet. C’est d’abord une philosophie. Nous ne vendons pas simplement des produits financiers, mais nous transformons nos modalités. Ensuite, notre ancrage est africain. Nos approches sont conçues pour et avec les réalités que nous vivons, nos réalités africaines. Nous apportons un écosystème complet, couvrant l’éducation financière et la gestion patrimoniale, ce qui permet d’accompagner un client sur l’ensemble de son cycle de vie. Enfin, à travers notre communauté et nos différents programmes, nous cherchons à construire un réseau de bâtisseurs de patrimoine qui se soutiennent mutuellement.

Par Bernadette W.Gansonré

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