Notation financière : l’Union africaine passe à l’offensive avec le lancement prévu au deuxième trimestre 2025 de l’Agence africaine de notation de crédit

L’Union africaine (UA) s’apprête à franchir un cap décisif dans la gouvernance financière du continent avec le lancement, au deuxième trimestre 2025, de l’Agence africaine de notation de crédit (CAF). Ce projet vise à corriger les distorsions des grandes agences de notation mondiales, accusées de pénaliser les économies africaines avec des évaluations biaisées.

L’annonce a été faite par le président kényan, William Ruto, lors d’un événement de l’UA à Addis-Abeba, en Éthiopie. « Les agences de notation de crédit mondiales ne nous ont pas seulement joué un mauvais rôle, elles ont aussi délibérément laissé tomber l’Afrique », a déclaré M. Ruto. Il pointe du doigt des modèles obsolètes et des biais systémiques qui faussent l’évaluation des risques, augmentant artificiellement les coûts d’emprunt du continent.

Un coût colossal pour l’Afrique

Une étude menée par le Mécanisme d’évaluation par les pairs pour l’Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement estime que ces notations biaisées ont coûté à l’Afrique 75 milliards de dollars en opportunités perdues. Selon William Ruto, une amélioration d’un cran des notes des économies africaines pourrait libérer 15,5 milliards de dollars de financements supplémentaires, de quoi réduire la dépendance à l’aide publique au développement et accélérer l’investissement dans les infrastructures.

Malgré ses vastes ressources naturelles, seuls deux pays africains figurent actuellement dans la catégorie investissement. « Il est temps pour l’Afrique d’utiliser la bonne balance, une balance qui reflète son véritable poids », a insisté le président kényan.

Un projet en gestation depuis plusieurs années

L’idée de doter l’Afrique de sa propre agence de notation n’est pas nouvelle. En septembre 2023, l’UA avait déjà annoncé son intention de concrétiser ce projet, dans un contexte de critiques croissantes contre les « trois grandes » agences – Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s , accusées d’imposer un biais négatif aux économies africaines.

Ces notations défavorables ont pour conséquence d’augmenter les coûts d’emprunt des États africains et, dans certains cas, de limiter leur accès aux marchés financiers internationaux. La pression pour un système de notation propre au continent s’est renforcée en 2022, lorsque Macky Sall, alors président de l’UA, avait dénoncé les injustices dont sont victimes les économies africaines.

Avec la création de la CAF, l’Union africaine espère établir une agence capable de fournir des évaluations plus justes et adaptées aux réalités économiques du continent, tout en renforçant son autonomie financière sur la scène internationale.

Par Ouattara

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