Afrique subsaharienne : Le service de la dette dépasse les dépenses de santé ou d’éducation dans près de 80 % des pays, selon la Banque mondiale

Les gouvernements d’Afrique subsaharienne consacrent une part importante de leurs ressources au paiement de la dette publique, au détriment des dépenses sociales et des investissements. Selon la mise à jour économique africaine d’octobre 2026 de la Banque mondiale, les intérêts de la dette dépassent les dépenses publiques de santé ou d’éducation dans près de quatre pays sur cinq de la région. Une situation qui réduit les marges de manœuvre budgétaires, malgré l’amélioration attendue des déficits publics.

Le poids du service de la dette continue de peser sur les finances publiques en Afrique subsaharienne. Alors que les gouvernements cherchent à financer les infrastructures, renforcer les systèmes de santé et améliorer l’accès à l’éducation, une part croissante de leurs ressources est absorbée par les paiements d’intérêts sur les emprunts contractés. Cette situation limite leur capacité à répondre aux besoins des populations et à soutenir le développement économique à long terme.

Entre 2023 et 2026, les paiements d’intérêts de la dette publique ont représenté en moyenne entre 2,9 % et 3,2 % du produit intérieur brut (PIB) de la région, selon la Banque mondiale. Le rapport souligne que, dans près de 80 % des pays concernés, ces paiements dépassent les dépenses publiques consacrées à la santé ou à l’éducation. Cette pression montre les difficultés rencontrées par les États pour concilier le respect de leurs engagements financiers et le financement des services essentiels.

Pourtant, les indicateurs budgétaires régionaux montrent une amélioration progressive. La Banque mondiale prévoit une réduction du déficit budgétaire global, qui devrait passer de 5,6 % du PIB en 2020 à 3,5 % en 2026. Il devrait ensuite s’établir en moyenne à 3,1 % du PIB en 2027 et en 2028. Le solde budgétaire primaire, qui correspond à la différence entre les recettes et les dépenses publiques hors intérêts de la dette, s’est également amélioré, passant d’un déficit de 3,1 % du PIB en 2020 à un déficit projeté de 0,5 % en 2025. Selon les projections du rapport, les soldes budgétaires devraient se rapprocher de l’équilibre d’ici à 2028.

Cette amélioration des équilibres budgétaires ne signifie toutefois pas que les gouvernements disposent automatiquement de davantage de ressources pour financer le développement. Les intérêts de la dette continuent de mobiliser une part importante des recettes publiques, réduisant les moyens disponibles pour les investissements et les services sociaux. La Banque mondiale prévoit que les recettes publiques augmenteront de 2,6 points de pourcentage du PIB entre 2024 et 2026, tandis que les dépenses totales progresseront de 2,3 points. Mais seulement 0,4 point de pourcentage de cette hausse des dépenses devrait provenir des dépenses hors intérêts. Autrement dit, une part limitée de l’augmentation des dépenses publiques devrait servir à financer de nouvelles actions et prestations, une fois les charges financières prises en compte.

La structure de la dette contribue également à expliquer cette pression. En 2025, le ratio médian de la dette brute des administrations publiques a atteint 57 % du PIB en Afrique subsaharienne, soit près du double du niveau de 29 % enregistré en 2012. Bien que ce ratio ait diminué par rapport au sommet de 60 % atteint en 2023, les situations demeurent très différentes d’un pays à l’autre, en fonction de leur niveau d’endettement, de leurs recettes et des conditions auxquelles ils empruntent.

Un autre changement concerne les sources de financement des États. Depuis 2021, l’emprunt intérieur est devenu la principale source de financement public dans la région, représentant plus de la moitié de la dette publique totale. Le recours aux marchés financiers domestiques permet aux gouvernements de diversifier leurs sources de financement et de réduire leur dépendance à l’égard des créanciers extérieurs. Mais cette stratégie peut aussi entraîner des coûts plus élevés lorsque les taux d’intérêt sur le marché local dépassent ceux des prêts extérieurs concessionnels.

Les emprunts intérieurs sont en outre souvent assortis de maturités plus courtes, ce qui oblige les États à refinancer plus fréquemment leurs engagements arrivant à échéance. Cette situation les expose davantage aux fluctuations des taux d’intérêt et aux conditions de liquidité sur les marchés financiers. Ainsi, même lorsqu’un pays parvient à stabiliser son ratio d’endettement, le coût du financement et le renouvellement régulier des emprunts peuvent continuer à exercer une pression importante sur son budget.

Les conséquences dépassent la seule gestion des finances publiques. Lorsque les paiements d’intérêts absorbent une part croissante des recettes, les gouvernements disposent de moins de moyens pour construire des routes, développer les capacités de production d’électricité, équiper les écoles et les hôpitaux ou renforcer les dispositifs de protection sociale. À terme, cette réduction des dépenses productives peut freiner l’accumulation du capital, limiter les gains de productivité et ralentir la réduction de la pauvreté.

Pour la Banque mondiale, le défi budgétaire des économies d’Afrique subsaharienne ne se limite donc pas à la maîtrise des nouveaux emprunts. Il implique également de réduire le coût du financement, d’améliorer la mobilisation des recettes publiques et de mieux gérer la composition ainsi que les échéances de la dette. L’enjeu est de préserver la capacité des États à honorer leurs engagements financiers sans compromettre les investissements nécessaires à la transformation économique.

Par Drissa Ouattara

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre Newsletter

Sur le même sujet