Au Burkina Faso, l’année 2025 marque un tournant dans la dynamique monétaire, avec une nette expansion de la liquidité dans l’économie, même si cette évolution ne s’est pas traduite par un regain du financement du secteur productif.
Selon les données officielles, la masse monétaire a atteint 6 963 milliards de FCFA à fin décembre 2025, en hausse de 17,4 % sur un an, soit une augmentation de 1 030,8 milliards de FCFA. Cette progression repose essentiellement sur la bonne tenue des dépôts bancaires et sur une circulation fiduciaire en forte hausse, signe d’une liquidité abondante dans l’économie.
Dans le détail, les dépôts collectés par les banques ont progressé de 684 milliards de FCFA, soit une hausse de 14,6 %, traduisant un renforcement de la capacité de mobilisation des ressources du système bancaire. Parallèlement, la monnaie en circulation a connu une augmentation plus marquée encore, avec une hausse de 346,8 milliards de FCFA (+27,6 %), reflet d’une utilisation accrue du numéraire.
Cette expansion monétaire trouve son origine principale dans l’amélioration du profil extérieur du pays. Les actifs extérieurs nets ont en effet bondi de 1 025,2 milliards de FCFA sur l’année, soit une progression de 49,4 %, contribuant largement à l’augmentation de la masse monétaire.
Mais cette abondance de liquidité contraste avec une évolution défavorable du crédit à l’économie. À fin décembre 2025, les créances sur l’économie se sont établies à 4 044,1 milliards de FCFA, contre 4 309,9 milliards de FCFA un an plus tôt, enregistrant ainsi une baisse de 6,2 %, équivalente à 265,8 milliards de FCFA.
Ce recul s’explique principalement par la contraction des financements accordés aux entreprises. Les crédits aux sociétés publiques ont chuté de 125,3 milliards de FCFA, soit une baisse de 27,9 %, tandis que ceux destinés aux entreprises privées ont reculé de 172,7 milliards de FCFA (-8,4 %). Cette tendance traduit une certaine prudence du secteur bancaire, dans un contexte économique encore incertain.
Dans le même temps, le financement de l’État s’est fortement accru. Les créances nettes sur l’Administration centrale ont atteint 1 034,6 milliards de FCFA à fin décembre 2025, en hausse de 61,7 % sur un an, soit une progression de 395 milliards de FCFA. Cette évolution est principalement portée par les banques commerciales, dont les engagements vis-à-vis de l’État ont presque doublé, avec une hausse de 452,3 milliards de FCFA (+96,7 %).
En revanche, les créances nettes de la Banque centrale sur l’État se sont repliées de 57,4 milliards de FCFA, soit une baisse de 33,4 %, atténuant partiellement la progression globale.
Par David Yaméogo


