La microfinance, ou système financier décentralisé (SFD), cet outil formidable d’inclusion financière, trouve un terrain particulièrement favorable au Burkina Faso. Ce secteur, animé à fin décembre 2025 par 120 structures selon la Direction de la surveillance et du contrôle des systèmes financiers décentralisés logée au Trésor public, continue d’accroître sa base clientèle, le nombre de ses produits ainsi que son empreinte géographique, là où le système bancaire classique n’ose souvent pas s’aventurer.
Selon les dernières données datant du 31 décembre 2025, le secteur comptait plus de 2 097 161 membres (clients), contre 1 934 878 membres au 31 décembre 2024, soit une progression de 162 283 membres en un an. Cette progression est portée aussi bien par les personnes physiques que par les personnes morales.
L’encours d’épargne est passé de 469,78 milliards FCFA en 2024 à 553,36 milliards FCFA à fin décembre 2025, soit une progression de 83,58 milliards FCFA. L’épargne moyenne a également connu une hausse, pour se situer à 334 088 FCFA.
Derrière ces chiffres, il y a un réel travail de terrain effectué par les acteurs du secteur, qui rivalisent d’ingéniosité pour collecter l’épargne, octroyer des microcrédits et mettre en place des produits et services innovants à la disposition de leurs membres.
Jadis développée par des personnes physiques, la collecte de la petite épargne, communément appelée « cauris d’or », a été reprise par la plupart des SFD, qui ont développé ce produit en collectant quotidiennement l’épargne auprès des commerçants dans les différents marchés. Cette démarche procure plusieurs avantages : elle permet d’accroître le nombre de membres, de collecter davantage d’épargne et de mieux connaître la capacité d’épargne du client, sur laquelle est adossé un système de scoring permettant de réduire les défauts de paiement en matière de crédit.
D’autres acteurs ont développé des produits spécifiques. C’est le cas de la microfinance Africred , qui a capitalisé sur l’expérience de sa maison mère Fidelis Finance Groupe pour mettre en place des produits de microleasing et d’affacturage. Le microleasing permet à leurs membres de s’équiper en petits matériels productifs (équipements, outillage, machines légères, etc.), tandis que l’affacturage facilite l’encaissement anticipé des factures des microentrepreneurs.
L’INSD révèle le potentiel à exploiter par la microfinance
L’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) a publié, le mercredi 6 mai 2026, les résultats du Recensement général des entreprises (RGE). Cette étude inédite révèle un fait saisissant : l’économie burkinabè est très largement animée par le secteur informel.
Sur 389 172 unités économiques dénombrées, 96,5 % opèrent dans le secteur informel. Seules 3,5 % d’entre elles sont formellement constituées. La structure juridique des entreprises reflète cette prédominance de l’informel : 97,9 % des unités sont des entreprises individuelles, les sociétés à responsabilité limitée (SARL) ne représentent que 1,8 % du total et les sociétés anonymes (SA) seulement 0,2 %.
Ce vaste potentiel, qui ne peut généralement pas recourir aux structures classiques de financement, constitue une niche importante pour les systèmes financiers décentralisés. Une corrélation peut également être établie entre cette informalité et le niveau d’instruction des promoteurs, marqué par une forte prédominance des niveaux d’instruction peu avancés.
Selon les données du RGE, 38,1 % des entreprises burkinabè ont à leur tête des promoteurs ou dirigeants n’ayant aucun niveau d’instruction. Les dirigeants de niveau primaire sont responsables de 25,1 % des entreprises recensées. Ceux ayant atteint le niveau post-primaire et le niveau secondaire dirigent respectivement 16 % et 13,6 % des unités économiques. Les entreprises dont les responsables ont un niveau d’instruction supérieur ne représentent que 6,3 % de l’ensemble. Une compilation des niveaux d’instruction allant jusqu’au post-primaire fait ressortir une proportion de 79,2 %.
Le chiffre d’affaires, une niche pour le microcrédit
L’étude de l’INSD révèle une autre réalité : la faiblesse du chiffre d’affaires d’une grande partie des acteurs du secteur informel, mais aussi d’une partie des entreprises formalisées, cadre parfaitement avec les produits de microcrédit proposés par les SFD.
Selon l’étude, 23 % des entreprises affichent un chiffre d’affaires compris entre 500 000 et 900 000 FCFA, soit la tranche la plus représentée, tandis que 17,1 % se situent en dessous de 500 000 FCFA. Dans le secteur informel, 41,5 % des entreprises opèrent avec un chiffre d’affaires inférieur à 900 000 FCFA.
Ces différentes données sur la microfinance et les caractéristiques de l’économie burkinabè révèlent un réel potentiel qui, s’il est bien exploité par les SFD, augure de beaux jours pour le secteur ainsi que pour l’économie burkinabè.
Par Drissa Ouattara



Sir Drissa, Thank you for your analysis. That a real potential that needs to be effectively leveraged