Burkina : la feuille de route du data scientist Alban Ouédraogo pour faire des données un levier de croissance des PME

La donnée ne constitue plus seulement un simple outil de stockage d’informations. Bien exploitée, elle peut devenir un véritable levier de compétitivité, d’innovation et de création de valeur pour les entreprises. C’est le message porté par Alban Ouédraogo, data scientist et manager du cabinet Pragmatix, spécialisé en sciences des données et en intelligence artificielle appliquée au secteur bancaire.

Intervenant ce jeudi 16 juillet 2026 à Ouagadougou, lors du Grand Salon de la Data en Afrique, sur le thème « La data comme levier de croissance pour les PME », il a invité les entreprises à renforcer leur maturité en matière de données afin de transformer leurs informations en avantage concurrentiel.

Selon Alban Ouédraogo, la maturité consiste en la capacité d’une organisation à prendre conscience de la valeur de ses données, à les valoriser et à en tirer une véritable valeur ajoutée.

Pour atteindre ce niveau de maturité, l’expert décrit un parcours progressif. La première étape consiste à sensibiliser les dirigeants et les collaborateurs afin qu’ils comprennent que les données constituent un actif stratégique. Vient ensuite la gouvernance, qui englobe la collecte, la qualité, le stockage et l’organisation des données. Sans données fiables, rappelle-t-il, aucune analyse pertinente ne peut être produite.

Une fois ces bases établies, l’entreprise peut exploiter ses données grâce aux outils de business intelligence et d’analyse afin d’éclairer ses décisions. « Il s’agit de prendre des décisions qui ne sont plus basées uniquement sur l’intuition ou l’expérience, mais sur des faits », a souligné Alban Ouédraogo.

une vue des participants

L’étape suivante consiste à intégrer l’intelligence artificielle afin d’anticiper les évolutions futures et de créer davantage de valeur à partir des données disponibles. L’objectif ultime est de transformer cette ressource en un véritable actif économique.

Avant d’engager cette transformation, les entreprises doivent toutefois connaître leur niveau de maturité. Pour cela, Alban Ouédraogo recommande la réalisation d’un audit, qui permet d’analyser les pratiques internes, d’échanger avec les équipes et d’évaluer la manière dont les données sont collectées, stockées et exploitées.

Cependant, le principal défi reste l’humain. « On peut disposer des meilleurs outils, des meilleures infrastructures et des meilleures technologies. Si les personnes qui doivent les utiliser ne sont pas sensibilisées ou n’adhèrent pas au changement, les investissements réalisés ne produiront pas les résultats attendus », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, le spécialiste estime que les solutions technologiques sont aujourd’hui disponibles et relativement accessibles. Ce qui distingue désormais les entreprises n’est donc plus leur capacité à acquérir ces outils, mais leur aptitude à développer une véritable culture de la donnée et à accompagner leurs collaborateurs dans leur appropriation.

Une fois cette culture installée, les entreprises doivent s’interroger sur la valeur réelle qu’elles tirent de leurs données. Collectent-elles des informations uniquement pour répondre aux exigences réglementaires ou celles-ci contribuent-elles réellement à l’atteinte de leurs objectifs ? Peuvent-elles améliorer la prise de décision ou générer de nouveaux revenus ?

Pour illustrer son propos, Alban Ouédraogo a cité le cas du mobile money. Au Burkina Faso, explique-t-il, une grande partie de la population réalise ses opérations financières via les services de monnaie électronique, alors même que le taux de bancarisation reste limité. Les données issues de ces transactions peuvent ainsi être exploitées pour établir un score de solvabilité. Les opérateurs de mobile money deviennent dès lors des partenaires capables de fournir aux banques des informations précieuses sur le comportement financier d’un client souhaitant obtenir un crédit.

Le panélistes

La donnée ne sert donc plus uniquement à être archivée. Elle devient un actif économique qui facilite l’accès au financement, améliore l’évaluation des risques et permet aux entreprises qui la détiennent de développer de nouveaux services rémunérés.

Pour les PME, cette évolution n’implique pas nécessairement des investissements importants. Le spécialiste recommande d’abord de réaliser un diagnostic afin d’identifier les priorités, puis de privilégier les solutions open source et les outils de business intelligence financièrement accessibles.

Enfin, il invite les entreprises à dépasser progressivement l’utilisation d’Excel comme principal outil de gestion. « Excel n’est pas une base de données. C’est un outil de traitement. Lorsqu’une PME grandit, elle doit passer à un système d’information intégré qui gère l’ensemble de ses processus », a-t-il indiqué.

Une fois les données centralisées et numérisées, les PME disposent d’une base solide pour développer des analyses fiables, améliorer leur prise de décision et, à terme, exploiter pleinement les opportunités offertes par l’intelligence artificielle.

Par Bernadette W. Gansonré

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