Crise du cacao au Ghana : les acheteurs de cacao doivent près de 750 millions de dollars aux banques

Au Ghana, la filière cacao, pilier de l’économie nationale, traverse l’une des zones de turbulences les plus critiques de ces dernières années. Les acheteurs de cacao agréés doivent aujourd’hui entre 7 et 8 milliards de cédis aux banques, soit environ 650 à 750 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 2,2 à 2,5 milliards de cédis dus aux producteurs. Ces chiffres, révélés par l’Association des acheteurs de cacao agréés du Ghana et rapportés par Reuters, mettent en lumière une crise de liquidité qui déborde désormais le simple cadre agricole pour toucher le système financier.

Selon Samuel Adimado, président de l’association, l’origine de l’impasse réside en grande partie dans les tensions de trésorerie du Ghana Cocoa Board (Cocobod), le régulateur national. Les acheteurs licenciés affirment avoir livré environ 580 000 tonnes métriques de cacao cette saison sans avoir encore été payés. Près de 70 000 tonnes supplémentaires restent dans les champs, tandis qu’un prix de production récemment revu à la baisse devrait concerner environ 100 000 tonnes. Pour continuer à préfinancer les achats de fèves auprès des producteurs, les acheteurs ont massivement recouru au crédit bancaire, creusant leur endettement.

La situation inquiète d’autant plus que le Ghana est le deuxième producteur mondial de cacao après la Côte d’Ivoire. Deux campagnes successives marquées par des maladies des cultures et des conditions climatiques défavorables ont déjà affaibli les volumes et la qualité des récoltes. À cela s’ajoute un choc externe : l’effondrement des cours internationaux. Les contrats à terme à Londres ont récemment touché un plus bas de près de trois ans. En 2025, les prix ont chuté de plus de 44 %, passant de plus de 10 950 dollars à 6 065 dollars la tonne métrique, avant de repasser sous la barre des 4 000 dollars le 10 février 2026, accentuant la pression sur les revenus du secteur.

Cette combinaison de baisse des prix, de faibles récoltes et de retards de paiement expose désormais directement les banques ghanéennes. L’Association ghanéenne des banques reconnaît que les établissements de crédit sont engagés tout au long de la chaîne de valeur cacao. Certains prêts ont déjà été restructurés et d’autres pourraient générer des pertes. Or, le secteur bancaire sort à peine du Programme d’échange de la dette intérieure de 2023, qui a restructuré l’essentiel des obligations domestiques et érodé les coussins de capital. Les billets de cacao à court terme émis par Cocobod ont été convertis en obligations à plus longue maturité, avec des coupons plus faibles, réduisant les marges.

Face à la contraction des recettes, la direction du Ghana Cocoa Board a annoncé le 16 février 2026 des mesures d’austérité. Les membres de la direction exécutive ont vu leurs salaires réduits de 20 %, tandis que le personnel supérieur subit une baisse de 10 %. Le conseil évoque également des économies sur les achats et un exercice de rationalisation du personnel, afin d’aligner les dépenses sur les ressources disponibles pour la campagne 2025/26.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est systémique. Le cacao reste une source majeure de devises pour le pays et un levier clé du programme appuyé par le Fonds monétaire international. Si les autorités bancaires affirment que le système financier demeure résilient, elles reconnaissent qu’une gestion rigoureuse sera indispensable pour éviter que la crise de liquidité de la filière ne se transforme en choc bancaire.

Par Amhed Coulibaly

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