Financement des projets miniers : « Sur une zone minéralisée de seulement 2 km², les dépenses peuvent dépasser 3 à 5 millions de dollars », Dophinta Bondé, expert minier

Lors de la table ronde consacrée à la vulgarisation de l’information économique et au financement des projets miniers et énergétiques, tenue le mardi 27 janvier 2026 à Ouagadougou, la communication introductive de Dophinta Bondé a posé les bases d’une réflexion essentielle : comprendre comment naît un projet minier, comment il se structure dans le temps et surtout, à quelles conditions il peut être financé par les banques et les investisseurs. Géologue senior, fort de 24 années passées chez SEMAFO et de 4 années chez Endeavour, Dophinta Bondé parle avant tout avec expérience. Il a été géologue, responsable HSE, responsable santé et sécurité au travail, et c’est cette trajectoire complète qui donne toute la crédibilité à ses propos.

D’entrée de jeu, il rappelle un fait marquant. Selon les statistiques du ministère, entre 2015 et 2024, soit sur une période de neuf ans, le pays a produit environ 10 tonnes d’or. Or, précise-t-il, à la fin du troisième trimestre 2025, donc à fin septembre, la production cumulée atteignait déjà 29 tonnes. « C’était mécanisé et artisanal, et l’artisanat a permis de capitaliser pour le gouvernement », souligne-t-il. Pour Dophinta Bondé, la comparaison est flagrante : 29 tonnes en neuf mois contre 10 tonnes en dix ans. « La machine de développement est en marche », affirme-t-il, convaincu que cette dynamique est appelée à se renforcer.

Il va plus loin dans son raisonnement. En extrapolant les chiffres, il estime que la production pourrait atteindre environ 40 tonnes sur l’année, sans même compter les apports industriels. « On peut passer dans le top 3, voire dans le top 2 des producteurs d’or », avance-t-il, en rappelant que le pays figure déjà parmi les principaux producteurs africains, aux côtés du Ghana, du Mali et de l’Afrique du Sud, même si cette dernière perd progressivement de la vitesse.

Financer une mine commence par comprendre ce qu’est un projet minier

Mais pour Dophinta Bondé, parler de financement sans expliquer ce qu’est réellement un projet minier n’a pas de sens. « Avant de financer, il faut d’abord avoir un projet minier », insiste-t-il. Un permis ne suffit pas. On ne finance pas une idée, encore moins un simple document administratif. On finance un processus long, structuré et coûteux. « On ne va pas en Chine acheter des machines comme ça », lance-t-il, pour illustrer la confusion fréquente autour de la notion de projet.

Selon lui, tout commence par l’exploration. Aller chercher la ressource est une aventure incertaine qui peut durer cinq ans, dix ans, parfois vingt ans. « Aujourd’hui, on nous dit souvent : j’ai un permis, donc j’exploite. Non. Avant d’exploiter, il s’est passé quelque chose, et ce quelque chose peut avoir duré dix ans », rappelle-t-il. Les permis de recherche sont organisés en cycles successifs, et ce n’est souvent qu’au troisième cycle, après environ neuf ans, que des découvertes significatives apparaissent.

Il explique que la géologie impose une démarche rigoureuse. Avant même de poser le premier forage, il faut analyser les données historiques, comprendre les structures, interpréter les signaux. La recherche commence en surface, avec la géochimie des sols, se poursuit avec la géophysique, au sol ou aéroportée, puis avec les forages destinés à identifier le corps minéralisé, sa profondeur, sa continuité et sa teneur. « C’est comme ça qu’on définit un gisement », dit-il simplement.

Pour illustrer le temps long du développement minier, Dophinta Bondé aime comparer. Au Ghana, certaines mines d’or sont exploitées depuis 1887. Dans notre contexte, les premières mines industrielles n’ont vu le jour qu’entre 2005 et 2007. « Nous sommes au début », affirme-t-il. Cette jeunesse du secteur signifie aussi qu’un potentiel important reste à développer, y compris en profondeur. De nombreuses mines à ciel ouvert pourraient évoluer vers le souterrain, ce qui permettrait de réduire l’impact environnemental tout en prolongeant la durée de vie des opérations.

Il détaille ensuite les sept étapes du développement minier, telles que définies par le ministère. Ces étapes vont de la prospection à la production, en passant par l’exploration avancée, la définition des ressources et des réserves, les études de faisabilité et la construction. À chaque étape correspond un niveau de risque et, surtout, un besoin de financement croissant. « À chaque étape, il faut de l’argent », insiste-t-il. « Et avant d’aller chercher l’argent à la bourse ou auprès des banques, quelqu’un doit d’abord sortir de l’argent pour commencer. »

Quelques chiffres pour comprendre la réalité économique d’un projet minier

Les chiffres qu’il avance parlent d’eux-mêmes. Sur une zone minéralisée de seulement 2 kilomètres de long sur 1 kilomètre de large, soit 2 km², les dépenses peuvent dépasser 3 à 5 millions de dollars. Or, un permis de recherche couvre souvent 150 km². « Imaginez tout ce qui a été fait comme travaux pour se concentrer sur une zone de 1 à 2 km² », explique-t-il. Dans certains cas, les dépenses initiales doivent être multipliées par cinq ou par dix avant d’aboutir à une découverte exploitable.

Les forages constituent à eux seuls un poste majeur de dépense. Dophinta Bondé évoque un exemple concret avec 310 forages réalisés. Le forage reverse circulation coûte environ 70 dollars par mètre, tandis que le forage carotté peut atteindre 200 dollars par mètre. Et tout cela, rappelle-t-il, avant même d’avoir construit la mine.

Lorsqu’on arrive enfin à la phase de construction, les montants changent d’échelle. Construire une usine de traitement coûte aujourd’hui entre 350 et 400 millions de dollars. Une grande mine d’or industrielle nécessite des investissements encore plus élevés, d’autant plus que l’inflation a renchéri les coûts des équipements, de l’énergie et des intrants. « Ce sont des gros sous », dit-il sans détour.

Face à de tels montants, les exigences de conformité deviennent centrales. Dophinta Bondé insiste beaucoup sur la certification. À chaque étape, les travaux doivent être validés par des personnes compétentes, légalement reconnues. Exploration, ressources, réserves : tout doit être certifié. « La personne met sa carrière en jeu », rappelle-t-il. En cas de fausse déclaration, la responsabilité est personnelle et peut aller jusqu’au tribunal. Cette rigueur est l’un des fondements de la confiance des investisseurs.

À cela s’ajoutent les exigences environnementales, sociales et de gouvernance. Ayant longtemps occupé des fonctions HSE, Dophinta Bondé accorde une importance particulière à la santé et à la sécurité des travailleurs. Les mines sont souvent situées à 200 ou 300 kilomètres des villes, dans des zones difficiles d’accès. « Il faut que chacun puisse aller travailler et rentrer en toute sécurité », insiste-t-il. Une année sans accident avec perte de temps est non seulement un objectif opérationnel, mais aussi un signal fort pour les partenaires financiers.

L’accès au financement bancaire repose sur un ensemble de critères précis

Sur le plan de l’éligibilité bancaire et financière, plusieurs critères sont déterminants. Les investisseurs regardent d’abord la stabilité géopolitique et la sécurité juridique. Ils évaluent aussi la fiscalité, la transparence et la réputation du pays et du promoteur. La durée de vie de la mine est un autre facteur clé. Aujourd’hui, de nombreuses mines industrielles ont une durée de vie inférieure à dix ans. Les trois premières années servent généralement à rembourser la dette liée à la construction. Ce n’est qu’ensuite, entre la quatrième et la dixième année, que les bénéfices sont réellement dégagés.

Le choix de la commodité joue également un rôle majeur. Si l’or reste central, Dophinta Bondé évoque aussi le manganèse, notamment dans la zone de Tambao. Il rappelle que ce métal est essentiel pour les alliages modernes et les infrastructures ferroviaires, et que les réserves nationales figurent parmi les meilleures au monde.

Enfin, il passe en revue les différents mécanismes de financement. Les premières phases reposent souvent sur les fonds propres. Le financement par la dette intervient surtout pour le développement et la construction. Il existe aussi des partenariats stratégiques avec prise de participation, des contrats d’achat anticipé permettant de vendre la production avant même qu’elle ne commence, l’auto-financement pour les grandes compagnies, les financements des institutions financières internationales et, de plus en plus, des subventions liées aux métaux stratégiques et à la transition énergétique.

En conclusion, Dophinta Bondé rappelle une réalité que le grand public ignore souvent. « Si vous voyez une mine en production aujourd’hui, c’est qu’il y a déjà eu 15 ans de travail et d’investissements avant », dit-il. Pendant toutes ces années, beaucoup d’argent a été dépensé, souvent dans le silence. Financer un projet minier, ce n’est donc pas financer une promesse rapide, mais accompagner un processus long, exigeant et fortement normé. C’est à ce prix que le secteur minier peut devenir un véritable levier de développement durable.

Par Bernadette W. Gansonré

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