En novembre 2025, le financement des startups africaines a signé l’un de ses rebonds les plus marquants de l’année, confirmant un retour en force des grandes opérations après plusieurs mois de prudence. Sur l’ensemble du mois, 38 startups ont levé 589,9 millions de dollars, mais l’essentiel des capitaux s’est concentré sur un noyau restreint d’entreprises. À elles seules, les dix premières opérations ont capté 573 millions de dollars, soit plus de 97 % du total, illustrant une polarisation toujours plus nette du capital vers des acteurs déjà matures et proches du passage à l’échelle.
Cette performance tranche avec celle d’octobre 2025, où 59 transactions avaient permis de lever 441,9 millions de dollars. En novembre, le nombre d’opérations recule fortement, mais les montants engagés progressent de près de 30 % sur un mois. Ce contraste s’explique par la résurgence de méga-transactions, deux introductions en bourse de grande ampleur, une série d’investissements dans l’énergie et un regain d’intérêt pour les fintech en phase avancée. Dans un environnement mondial marqué par des conditions financières plus serrées et des taux d’intérêt élevés, les investisseurs ont clairement privilégié la qualité des dossiers à la quantité des deals.
Cette sélectivité apparaît d’autant plus marquée que les 28 autres startups financées durant le mois n’ont levé ensemble que 16,9 millions de dollars, soit moins de 3 % des montants engagés. Le marché continue ainsi de favoriser les modèles économiques éprouvés, disposant d’infrastructures évolutives et de perspectives de sortie plus lisibles, tandis que les tours précoces et les levées de petite taille restent sous pression.
Plusieurs opérations illustrent cette dynamique sectorielle et géographique. En Afrique de l’Est, le Kenya s’est hissé dans le top 10 avec deux levées de 5 millions de dollars chacune. À Nairobi, BasiGo a bénéficié d’un investissement de 5 millions de dollars de Proparco pour accélérer le déploiement de bus électriques au Kenya et au Rwanda, misant sur l’assemblage local et des solutions de recharge intégrées. Toujours au Kenya, Jackfruit Network a obtenu une facilité de dette de 5 millions de dollars garantie par TLG Capital et la IDP Foundation afin d’étendre le financement des écoles à faible coût.
En Afrique australe, la résilience de l’agritech et de l’énergie propre s’est confirmée. Plentify a levé 5 millions de dollars lors d’un tour de série A sursouscrit pour étendre ses solutions électrotechnologiques basées sur l’intelligence artificielle, portant son financement total à près de 15 millions de dollars. SwiftVEE, spécialisée dans la numérisation du commerce du bétail, a sécurisé 10 millions de dollars en série A, tandis que la fintech Lula a obtenu 10 millions de dollars de dette auprès de la Société financière internationale, IFC, afin d’élargir l’accès au fonds de roulement des PME sud-africaines.
La deeptech a également attiré l’attention avec la levée de 12,5 millions de dollars d’Omnisient, menée par TransUnion. La startup développe des solutions de partage de données respectueuses de la vie privée, destinées à améliorer l’inclusion financière, avec une expansion désormais tournée vers le marché américain. En Afrique de l’Ouest, l’une des opérations les plus significatives a été réalisée par SolarX au Mali, qui a obtenu une dette senior de 15 millions d’euros, soit 17,3 millions de dollars, auprès d’Afrigreen pour refinancer des actifs solaires commerciaux dans plusieurs pays francophones.
En Afrique du Nord, NextProtein a levé 20,7 millions de dollars en série B pour construire en Tunisie sa plus grande unité de production de protéines d’insectes, capable de produire 12 000 tonnes par an. Cette opération marque le premier investissement direct de British International Investment dans le pays. Le Maroc, de son côté, a signé l’un de ses meilleurs mois de 2025 grâce à l’introduction en bourse de CashPlus. La fintech est devenue la première du secteur à être cotée à la Bourse de Casablanca, levant 82,5 millions de dollars et atteignant une valorisation d’environ 550 millions de dollars.
La plus grosse transaction du mois reste toutefois sud-africaine. L’introduction en bourse d’Optasia, pour un montant de 345 millions de dollars à la Bourse de Johannesburg, a représenté à elle seule près de 58,5 % des fonds levés en novembre et plus de 77 % des montants captés par l’Afrique australe. Cette région a largement dominé la cartographie des financements, attirant 445,9 millions de dollars, soit plus de 75 % du total, l’Afrique du Sud concentrant presque l’intégralité de cette enveloppe. L’Afrique du Nord arrive loin derrière avec 105 millions de dollars, suivie de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique de l’Ouest, chacune autour de 20 millions de dollars.
Au niveau des pays, l’écart est encore plus marqué. L’Afrique du Sud capte plus de 75 % des financements du mois, devant le Maroc, la Tunisie et le Mali. Le Kenya et l’Ouganda ferment la marche des pays les plus actifs, tandis que le Nigeria, pourtant habitué aux premières places, n’a attiré que 0,7 million de dollars en novembre, illustrant le caractère très concentré et volatil des flux.
Comparée à octobre, la photographie est sans équivoque. Le financement total progresse de 148 millions de dollars, mais le nombre d’opérations chute de plus d’un tiers. La part des dix plus grosses levées passe de 88 % à 97 %, et ces leaders ont levé à eux seuls 184,4 millions de dollars supplémentaires sur un mois.
Par Drissa Ouattara


