En marge des Journées 2026 de la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF), la première édition du Forum sur l’investissement souverain (FIS) a consacré un panel sur le thème « Transformation des habitudes commerciales montée en puissance de la production et de la transformation locale ». La session, animée par Lassiné Diawara, président d’honneur de la COGEF et président du conseil d’administration de Bank of Africa Burkina Faso (BOA BF), a réuni des représentants de l’administration et du secteur privé.
Les échanges ont associé Rayangniwendé Abdoul Rasaky KABORE, Promoteur/Directeur général de Burkina Mine, le secrétaire général du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Alassane Ouédraogo, le président de la faitière des mines de la CEDEAO, Adama Soro, ainsi que le PDG de Nafaso SA, Abdoulaye Sawadogo. Les intervenants ont abordé les déterminants de l’investissement productif, la structuration de l’amont minier et les conditions de la transformation locale.
Intervenant au titre du secteur minier, le Directeur Général de Burkina Mine a identifié plusieurs leviers d’action. Le premier porte sur l’amélioration du climat d’investissement, qu’il a attribuée prioritairement à l’État, compte tenu du caractère stratégique du secteur. Selon lui, la promotion du secteur et la diffusion d’informations techniques et économiques constituent des prérequis pour l’attractivité des capitaux. « L’Etat doit travailler à promouvoir davantage le secteur à travers des activités comme celle-ci », a-t-il indiqué.
Il a également souligné le rôle de la recherche géologique dans la réduction de l’asymétrie d’information qui freine la mobilisation de financements, en raison d’une perception élevée du risque par les investisseurs. « Le problème avec les financiers, c’est que personne ne veut risquer son capital parce qu’il y a une perception très élevée du risque dans la recherche », a souligné M. KABORE.
À ce titre, il a plaidé pour un renforcement des capacités du Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB), service géologique national, ainsi que pour une fédération des sociétés locales de recherche. L’objectif avancé est de disposer de données actualisées et opposables, susceptibles d’améliorer la bancabilité des projets et de soutenir la décision d’investissement. La mise en relation des opérateurs privés, via la COGEF, avec des opportunités documentées est, selon le Directeur Général de Burkina Mine, un levier d’activation de l’investissement domestique.
Sur le financement, il a évoqué le rôle potentiel de l’État comme mécanisme de garantie dans une logique d’investissements dits souverains. Il a relevé que les opérations de levée de fonds requièrent fréquemment des garanties, et que l’implication publique en amont pourrait faciliter la structuration financière des projets, plutôt qu’une intervention a posteriori sur des projets déjà matures. « Si on veut bien profiter de ce secteur, il faut qu’on soit à l’avant-garde », a-t-il laissé entendre.
S’agissant de la transformation locale, Rayangniwendé Abdoul Rasaky KABORE a mis l’accent sur le développement des compétences et de l’expertise. La création de technopoles dédiés à la formation d’experts et à l’ingénierie de solutions adaptées au contexte national a été avancée comme instrument de structuration de la chaîne de valeur. « L’expertise est indispensable et à ce niveau, les rôles peuvent être répartis entre l’Etat et le secteur privé », a-t-il ajouté.
Enfin, M KABORE est revenu sur le choix des segments de projets au regard des contraintes de capital. A ses dires, les projets de grande envergure, caractérisés par des besoins d’investissement élevés et des exigences de réserves significatives, demeurent difficilement accessibles aux opérateurs nationaux. À l’inverse, l’exploitation minière à petite et moyenne échelle, y compris le segment artisanal et semi-mécanisé, est de son point de vue, un vecteur de montée en charge progressive. A titre illustratif, les résultats 2025 montrent une production de plus de 34 tonnes d’or par le secteur artisanal et semi-mécanisé.
Dans le contexte actuel marqué par une hausse exponentielle des cours de l’or, le Directeur Général de Burkina Mine a indiqué qu’un projet portant sur une réserve d’environ une tonne d’or pourrait générer un chiffre d’affaires de l’ordre de 80 milliards FCFA, sur une superficie limitée. Cette configuration, a-t-il signifié, constitue une trajectoire d’entrée sur le marché pour des opérateurs nationaux, avec une logique de montée en capacité graduelle, en complément des projets de grande mine portés par des acteurs internationaux.
Les travaux du panel ont mis en exergue la nécessité d’aligner politiques publiques, dispositifs de financement et capacités techniques pour favoriser l’investissement productif, l’intégration locale de la valeur et la structuration d’un tissu d’opérateurs nationaux sur l’ensemble de la chaîne minière.
Par Léon Yougbaré


