Le Ghana a officiellement engagé une procédure d’arbitrage international pour trancher le différend maritime qui l’oppose au Togo depuis plusieurs années. L’annonce a été rendue publique le 20 février par la présidence ghanéenne. Accra indique avoir notifié Lomé de sa décision de recourir aux mécanismes prévus par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer afin d’obtenir une délimitation juridiquement contraignante de leur frontière maritime commune.
Le contentieux porte sur la délimitation d’une zone maritime stratégique, riche en ressources halieutiques et en potentiels gisements d’hydrocarbures. La principale source de divergence réside dans l’absence d’une frontière maritime formellement reconnue par les deux pays. Le Ghana défend l’existence d’une ligne de démarcation précise, tandis que le Togo estime qu’aucune frontière formelle n’a été établie.
Les tensions trouvent leur origine dans plusieurs incidents survenus entre 2016 et 2018 dans une zone maritime non délimitée. Des interceptions de navires et des différends liés à des activités d’exploration ont contribué à crisper les relations, poussant les deux pays à mettre en place, dès 2018, des mécanismes de dialogue à travers leurs commissions nationales des frontières. Malgré des réunions techniques et politiques, dont une rencontre plénière à Accra en 2019, aucun compromis durable n’a pu être trouvé.
En optant pour l’arbitrage, le Ghana s’appuie sur les dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, notamment celles relatives aux zones économiques exclusives et au plateau continental. Le droit international prévoit qu’en cas d’échec des négociations, les États peuvent soumettre leur différend à une instance arbitrale afin d’obtenir une décision équitable et exécutoire.
Cette démarche rappelle le précédent contentieux entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, tranché en 2017 par le Tribunal international du droit de la mer, qui avait abouti à une délimitation définitive de leur frontière maritime occidentale. Accra semble désormais vouloir obtenir la même clarté juridique sur son flanc oriental.
Du côté togolais, les autorités ont pris acte de la décision ghanéenne tout en réaffirmant leur attachement au règlement pacifique des différends, au respect du droit international et aux principes de bon voisinage. Lomé insiste sur la nécessité que toute procédure se déroule dans le strict respect des engagements internationaux liant les deux pays.
Au-delà de l’aspect juridique, l’enjeu est également économique et stratégique. Une frontière maritime clairement établie permettrait de sécuriser les investissements, de mieux organiser l’exploitation des ressources marines et de réduire les risques d’incidents en mer. Dans un contexte régional marqué par la montée en puissance des économies bleues en Afrique de l’Ouest, la décision d’Accra ouvre une nouvelle phase dans la gestion de ce différend sensible.
Par Leila Toé


