Le Ghana Cocoa Board (Cocobod), organisme central de régulation et de promotion du cacao, fait face à une crise financière sans précédent et nécessite une injection immédiate de 1 520 milliards de FCFA, soit 30 milliards de GH¢, pour continuer à fonctionner normalement. Cette situation, révélée par le Parlement, souligne l’ampleur des difficultés héritées de l’administration précédente et met en lumière la fragilité structurelle du secteur cacaoyer ghanéen.
Les informations disponibles indiquent que la dette totale de Cocobod a atteint environ 1 785 milliards de FCFA, soit 3,2 milliards de dollars en 2025, plaçant l’institution au bord de l’insolvabilité. Pour tenter de juguler l’urgence, l’organisme a déjà initié des mesures internes de réduction des coûts. La direction générale a accepté une réduction salariale de 20 %, et les cadres supérieurs de 10 %, tandis que les dépenses opérationnelles devraient diminuer d’environ 253,3 millions de FCFA, soit 5 millions de GH¢ par mois. Ces ajustements resteront en vigueur jusqu’à la fin de la campagne cacaoyère 2025/2026.
Parallèlement, le gouvernement a présenté un plan de redressement visant à améliorer le bilan financier de Cocobod. Le plan prévoit le transfert de deux dettes importantes vers d’autres entités de l’État. La première, d’un montant de 293,8 milliards de FCFA (5,8 milliards de GH¢), due à la Banque du Ghana et au ministère des Finances, sera convertie en passif à long terme. La seconde concerne les dettes liées aux infrastructures routières, d’un montant de 220,3 milliards de FCFA (4,35 milliards de GH¢), qui seront transférées des comptes de Cocobod vers le ministère des Routes et des Autoroutes et le ministère des Finances.
Le prix du cacao payé aux producteurs a été revu à la baisse, passant de 183 659 FCFA à 131 069 FCFA (3 625 GH¢ à 2 587 GH¢) par sac. Cette mesure controversée répond à l’écart entre les engagements financiers de Cocobod et le prix payé par les acheteurs internationaux. La direction estime que ces ajustements sont indispensables pour éviter de nouvelles pertes et assurer la pérennité de l’institution.
La situation financière de Cocobod est aggravée par des décisions héritées de l’administration précédente, notamment un achat de 80 000 balles de sacs de jute pour 26,7 milliards de FCFA, soit 48 millions de dollars, peu avant le départ de l’équipe sortante, alors que l’organisme disposait déjà d’un stock suffisant pour plusieurs années. Ces choix ont contribué à réduire les marges de manœuvre du gouvernement actuel et renforcent l’urgence d’un plan de sauvetage.
L’institution prépare également des réformes structurelles pour sécuriser l’avenir du secteur. Un projet de loi en cours d’élaboration vise à interdire à Cocobod toute activité quasi fiscale et à garantir aux producteurs au moins 70 % du prix brut FOB (Franco à bord), tout en renforçant la transparence et la responsabilité de la gestion.
Face à cette crise, la direction générale reste en place et continue de superviser le remboursement de prêts importants, déjà supérieurs à 506,6 milliards de FCFA, soit 10 milliards de GH¢, depuis la prise de fonction de son directeur général. Le gouvernement et le Parlement travaillent à stabiliser Cocobod, convaincus que des mesures immédiates et un cadre législatif renforcé permettront de protéger les producteurs et de sécuriser la filière cacao, vitale pour l’économie ghanéenne.
Par Leila Toé


