Le Ghana bat un record en terme de production d’or en 2025. Selon des données provisoires de la Chambre des Mines relayées par Reuters, le pays a produit 6 millions d’onces d’or, soit environ 186,6 tonnes, contre 4,8 millions d’onces (149,3 tonnes) en 2024. Cette progression spectaculaire confirme la position du Ghana parmi les principaux producteurs d’or en Afrique, mais révèle surtout un changement profond dans la structure du secteur aurifère.
Contrairement aux apparences, cette hausse ne provient pas des grandes mines industrielles, dont la production est restée stable à 2,9 millions d’onces, soit environ 90,2 tonnes, un niveau similaire à celui de l’année précédente. La véritable dynamique est venue de l’exploitation artisanale et à petite échelle, dont la production a atteint environ 3,1 millions d’onces, soit près de 96,4 tonnes. Pour la première fois, ce segment dépasse celui des grandes compagnies, marquant un basculement historique dans l’économie aurifère du pays.
Selon Kenneth Ashigbey, directeur général de la Chambre des Mines, cette performance a permis de dépasser les objectifs fixés pour 2025. La flambée des prix de l’or a encouragé une part croissante de la production artisanale à passer par les circuits officiels, améliorant la traçabilité et les volumes déclarés. Dans le même temps, la stabilité de la production industrielle masque des évolutions contrastées. La mise en exploitation de nouveaux projets, notamment Cardinal Namdini opéré par le groupe chinois Shandong Mining et Ahafo North développé par l’américain Newmont, a permis de compenser le déclin progressif des teneurs observé dans certaines mines plus anciennes.
L’exploitation artisanale occupe depuis longtemps une place centrale dans le secteur aurifère ghanéen, mais elle a aussi longtemps échappé au contrôle des autorités, alimentant la contrebande et suscitant des préoccupations environnementales. Le phénomène, connu localement sous le nom de « galamsey », désigne l’orpaillage illégal qui a pesé sur les finances publiques et les ressources naturelles.
Face à ces défis, les autorités ont accéléré la formalisation du secteur en 2025. Depuis mai, la production artisanale est encadrée par le Ghana Gold Board (GoldBod), un organisme public chargé d’acheter l’or des petits exploitants avant sa réexportation. Pour sa première année d’activité, cette structure a annoncé fin décembre avoir généré 10 milliards de dollars, soit environ 6 100 milliards de FCFA, grâce à l’exportation d’un volume record d’environ 100 tonnes d’or.
Sur l’ensemble de l’année, les exportations aurifères du Ghana ont atteint 20,9 milliards de dollars, soit près de 12 750 milliards de FCFA, contre 10,3 milliards de dollars, soit environ 6 280 milliards de FCFA, un an plus tôt. Le métal précieux s’impose désormais comme le premier produit d’exportation du pays, reléguant le cacao et le pétrole au second plan et renforçant le rôle stratégique du secteur minier dans l’économie nationale.
Ce record intervient toutefois à un moment charnière. Le gouvernement prépare une réforme majeure du régime des redevances minières, avec l’introduction d’un barème progressif indexé sur les prix de l’or. Le taux actuel, compris entre 3 % et 5 %, pourrait être relevé à un minimum de 9 %, avec un plafond pouvant atteindre 12 % lorsque les prix franchissent certains seuils. Cette orientation s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs pays ouest-africains, notamment le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, qui cherchent à capter une part plus importante des revenus miniers dans un contexte de prix élevés.
Par Drissa Ouattara


