Le Ghana enregistre une amélioration notable de ses indicateurs macroéconomiques, après plusieurs années de déséquilibres. Le redressement spectaculaire du cedi, l’amélioration des indicateurs budgétaires et la décélération de l’inflation marquent un tournant. Mais selon une revue économique publiée par EM Advisory, cette stabilisation reste fragile et pourrait être de courte durée sans réformes structurelles profondes.
L’un des faits marquants du semestre est l’appréciation spectaculaire de la monnaie nationale. Le cedi s’est renforcé de 42,6 % par rapport au dollar américain, ce qui représente une performance inédite en Afrique subsaharienne. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs conjoncturels favorables, notamment les décaissements du Fonds monétaire international (FMI), la hausse des cours de l’or, l’augmentation des transferts de fonds de la diaspora et les interventions de la Banque centrale sur le marché des changes.
Sur le plan budgétaire, le gouvernement a également enregistré de bons résultats. Il a dégagé un excédent primaire de 1,1 % du PIB, surpassant ainsi l’objectif initial de 0,4 %. Parallèlement, les dépenses publiques ont été inférieures de 14,3 % au budget prévisionnel, traduisant une meilleure discipline budgétaire et une efficacité accrue dans la mobilisation des ressources internes.
Dans le secteur bancaire, l’État a récemment injecté 2,45 milliards de GH₵ pour recapitaliser la Banque nationale d’investissement (BNI). Cette opération a permis d’améliorer sensiblement la situation financière de la banque, dont le ratio de solvabilité est passé de -53 % à +23 %, garantissant ainsi la sécurité des dépôts et la préservation des emplois.
Enfin, des réformes fiscales ont été amorcées pour améliorer le rendement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Ces mesures incluent la suppression de la taxe COVID-19, la réforme du régime forfaitaire et le relèvement du seuil d’enregistrement pour les petites entreprises.
Malgré ces avancées, le rapport d’EM Advisory met en garde contre plusieurs fragilités persistantes. La forte appréciation du cedi, bien que positive à court terme, pourrait s’avérer temporaire. Les analystes soulignent que cette performance repose en grande partie sur des facteurs extérieurs volatils. Ils insistent sur le fait que la dépendance du Ghana à ses exportations de matières premières et au soutien financier international rend cette stabilité vulnérable.
Sur le plan budgétaire, certaines tensions subsistent. Le pays a enregistré un déficit de 1,6 milliard de GH₵ au niveau des recettes douanières, en partie à cause de l’appréciation du cedi, qui a réduit la valeur locale des importations. La masse salariale a également dérapé de 1,3 milliard de GH₵, notamment en raison des recrutements effectués en fin d’année 2024 et de la persistance des « travailleurs fantômes » dans la fonction publique.
La dette publique reste préoccupante malgré une restructuration récente. Le Ghana devra rembourser 20 milliards de GH₵ en 2026 et plus de 50 milliards de GH₵ en 2027, ce qui risque de peser lourdement sur les finances publiques. Par ailleurs, l’audit en cours sur les 67 milliards de GH₵ d’arriérés hérités de 2024 a déjà conduit au rejet de 3,6 milliards de GH₵, tandis que 27,3 milliards restent en attente de validation. Le FMI souligne que de nombreuses demandes pourraient être dénuées de pièces justificatives, révélant des lacunes dans la gestion des finances publiques.
Malgré les réformes fiscales engagées, le taux de conformité à la TVA demeure faible, autour de 20 %. Cette situation limite l’impact des réformes sans une amélioration significative du dispositif de collecte, notamment à travers la facturation numérique et une lutte plus efficace contre le secteur informel.
Le rapport pointe également des déficiences dans la capacité d’exécution des projets publics. Plusieurs entrepreneurs ayant reçu des financements n’ont pas réalisé les travaux attendus, et certaines administrations continuent de sous-budgétiser des secteurs stratégiques, comme celui de l’énergie. Ces lacunes traduisent un déficit de gouvernance et de capacités techniques au sein de la fonction publique.
La résilience de l’économie ghanéenne reste limitée face aux aléas climatiques, en particulier dans le secteur agricole, qui demeure crucial pour la sécurité alimentaire et l’emploi.
EM Advisory estime que les progrès observés au premier semestre 2025 ne sauraient être considérés comme acquis. Le rapport souligne que « la stabilisation n’est pas la transformation » et appelle à des réformes profondes pour pérenniser les acquis. Il recommande notamment le renforcement du Fonds d’amortissement, l’élargissement de l’assiette fiscale, la modernisation de la fonction publique et la concentration des efforts sur des projets à fort rendement économique.
Sans ces réformes, le Ghana s’expose au risque de retomber dans un cycle économique marqué par l’alternance entre phases d’expansion et périodes de récession.
Par Bernadette W. Gansonré


