IATF/ Commerce intra-africain : experts et acteurs appellent à la fin des barrières tarifaires

À Alger, la 4ᵉ Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025) a été le théâtre d’un plaidoyer fort : pour faire passer la part du commerce intra-africain de 15 % à 50 %, les gouvernements du continent doivent réduire, puis éliminer les barrières tarifaires et non tarifaires. L’appel a été lancé vendredi par des experts et parties prenantes réunis lors d’un panel consacré au positionnement des exportateurs africains sur la scène mondiale.

Cette recommandation intervient quelques mois seulement après l’annonce de Pékin d’exonérer de droits de douane ses importations en provenance des 54 pays africains. Une décision saluée par Pamela Coke-Hamilton, directrice exécutive du Centre du commerce international (ITC). Selon elle, « la réduction des droits de douane, combinée à une meilleure circulation et intégration, serait une véritable révolution pour l’Afrique ». Elle a insisté sur la nécessité de donner aux petites et moyennes entreprises (PME) un accès rapide à l’information et aux mécanismes de marché. « Nous ne pouvons pas les ignorer », a-t-elle ajouté, rappelant que ces entreprises représentent 90 % du commerce mondial et 70 % de l’emploi. À titre d’exemple, elle a cité la Côte d’Ivoire, où la suppression des droits de douane pourrait accroître les exportations de plus de 25 %.

La question des paiements transfrontaliers a également occupé une place centrale. Alhaji Bashir Adewale Adeniyi, contrôleur général du Service des douanes du Nigéria et président de l’Organisation mondiale des douanes (OMD), a mis en avant les avancées du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), initié par Afreximbank. En reliant 17 banques centrales, 12 opérateurs de commutation et 52 banques commerciales, ce mécanisme permet au continent d’économiser plus de 5 milliards de dollars par an en frais de transaction. Mais son adoption reste incomplète, aucune banque centrale d’Afrique de l’Est ni banque commerciale tanzanienne n’ayant encore rejoint la plateforme.

Pour Adeniyi, l’urgence est claire : alors que l’Afrique pèse 19 % de la population mondiale, elle ne représente que 3 % du commerce global et 15 % de ses propres échanges. « Lorsque les obstacles systémiques sont levés et qu’un soutien ciblé est apporté, les entreprises africaines, notamment celles dirigées par des femmes, peuvent prospérer », a-t-il affirmé. Il a identifié cinq priorités pour renforcer les exportations : simplifier les procédures, renforcer la confiance des exportateurs et des PME, exploiter les opportunités technologiques, mettre en avant la jeunesse et libérer le potentiel entrepreneurial des femmes.

La question de la transformation locale a aussi été soulevée. Nikhil Gandhi, responsable mondial des partenariats stratégiques chez Arise IIP, a rappelé que le commerce intra-africain reste dominé par les matières premières, alors que la part du continent dans l’industrie manufacturière mondiale stagne autour de 2 %. « L’Afrique fournit 30 % des matières premières mondiales, et dans certains secteurs comme le cacao ou la noix de cajou, cette part dépasse 70 %. Pourtant, dans le coton, le continent importe plus de 40 milliards de dollars de vêtements prêts-à-porter », a-t-il relevé, soulignant le paradoxe d’un continent riche en ressources, mais encore trop peu intégré dans la chaîne de valeur mondiale.

Par Drissa Ouattara depuis Alger

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