La Chine, de bailleur clé à créancier net de l’Afrique : un basculement de 52 milliards de dollars

En l’espace d’une décennie, la relation financière entre la Chine et l’Afrique a profondément changé. Pékin, longtemps considéré comme l’un des principaux pourvoyeurs de capitaux au continent, est désormais devenu un collecteur net de dettes. Selon une nouvelle recherche de ONE Data pour l’Observatoire du financement du développement, publiée mardi, ce renversement représente une oscillation de plus de 52 milliards de dollars.

Le rapport met en évidence un recul marqué des prêts chinois aux gouvernements africains, alors que les remboursements de dettes dépassent désormais largement les nouveaux financements dans une grande partie du continent. Cette évolution traduit un changement structurel dans l’engagement de la Chine en Afrique et accentue la pression sur les finances publiques de nombreux États.

Concrètement, l’Afrique est passée de 30,4 milliards de dollars de flux financiers nets en provenance de la Chine sur la période 2010-2014 à 22,1 milliards de dollars de flux nets versés à Pékin au cours des cinq dernières années. Cela correspond à un basculement de 52,5 milliards de dollars. Dans le même temps, les afflux chinois vers les pays à revenu faible et intermédiaire se sont effondrés, passant de 26,5 milliards de dollars en 2018 à seulement 5,1 milliards en 2024, tandis que les paiements liés au service de la dette ont augmenté de 10,6 à 17,4 milliards de dollars. Entre 2020 et 2024, vingt pays africains ont ainsi enregistré des sorties nettes de capitaux vers la Chine, pour un montant cumulé de 33,8 milliards de dollars.

Cette situation tranche avec la dynamique des années 2000 et du début des années 2010. À cette époque, la Chine s’était imposée comme le premier prêteur bilatéral de l’Afrique, finançant massivement routes, chemins de fer, barrages et projets énergétiques. Entre 2010 et 2016, les banques politiques chinoises soutenaient des projets de plusieurs milliards de dollars, souvent adossés à des garanties souveraines ou à des ressources naturelles. Mais les inquiétudes croissantes liées à la soutenabilité de la dette, à la rentabilité des projets et aux capacités de remboursement ont progressivement conduit à un repli. Pékin s’est éloigné des « méga-prêts » pour privilégier des projets plus modestes, tout en mettant davantage l’accent sur le recouvrement des créances existantes.

D’autres sources confirment cette tendance. Un rapport récent du Global Development Policy Center de l’université de Boston indique que les prêts chinois à l’Afrique sont tombés à 2,1 milliards de dollars en 2024, contre 28,8 milliards en 2016. Cette chute reflète à la fois une moindre appétence des prêteurs chinois et une prudence accrue des États africains, de plus en plus tournés vers la restructuration de leur dette et la consolidation budgétaire plutôt que vers de nouveaux emprunts.

À mesure que le rôle de la Chine s’est réduit, d’autres acteurs ont partiellement comblé le vide. Les institutions multilatérales de développement ont fortement accru leur présence. D’après ONE Data, des organismes comme la Banque mondiale ont plus que doublé leurs financements aux pays en développement sur les cinq années allant jusqu’en 2024, par rapport à la même période dix ans plus tôt. Ces prêteurs multilatéraux ont fourni près de 378,7 milliards de dollars, soit environ 227 200 milliards de FCFA, représentant 56 % des flux financiers nets vers les pays en développement, une part deux fois plus élevée qu’une décennie auparavant.

Par Amhed Coulibaly

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