Le Nigeria se positionne au cœur de la dynamique d’intégration économique du continent. La République fédérale a signé, le 9 mars 2026 à Lagos, l’accord d’accueil de la cinquième édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF2027). L’événement, organisé en partenariat avec la Banque africaine d’exportation et d’importation (Afreximbank), la Commission de l’Union africaine et le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), marque une nouvelle étape dans les efforts visant à renforcer le commerce entre pays africains. Le Nigeria succède ainsi à l’Algérie, hôte de la quatrième édition qui avait généré environ 49,94 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement, soit près de 29 964 milliards de FCFA.
Prévue du 5 au 11 novembre 2027, la foire ambitionne d’atteindre plus de 50 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement. Les organisateurs attendent 100 000 visiteurs, 2 500 exposants et des participants issus de plus de 100 pays. Placée sous le thème « L’Afrique mondiale, un commerce intelligent – de l’accès au marché au pouvoir du marché », la rencontre combinera expositions commerciales, forums d’investissement liés à la Zlecaf, plateformes de rencontres entre entreprises et gouvernements, ainsi que plusieurs initiatives sectorielles. Parmi elles figurent notamment Creative Africa Nexus (CANEX) dédié à l’économie créative, un salon automobile africain, un pavillon de start-ups pour les jeunes entrepreneurs du continent et un centre africain de recherche et d’innovation destiné aux universitaires et chercheurs.
Depuis sa première édition en 2018, la Foire commerciale intra-africaine s’est progressivement imposée comme l’un des principaux rendez-vous économiques du continent. En quatre éditions, elle a généré plus de 167 milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissements, et attiré plus de 180 000 visiteurs provenant de 132 pays. Ce dispositif repose sur un partenariat associant orientation politique, financement et facilitation du commerce, avec un fort alignement institutionnel entre les principales organisations économiques africaines.
Pour l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, qui préside le Conseil consultatif de l’IATF2027, l’organisation de la foire à Lagos revêt une dimension historique. La ville avait déjà accueilli en 1980 le Plan d’action de Lagos, document fondateur qui plaidait pour l’industrialisation et l’autosuffisance économique du continent. Selon lui, l’édition de 2027 pourrait dépasser les précédentes en portée et en impact, contribuant à la construction d’un marché africain unifié dans le cadre de la Zlecaf.
La ministre fédérale nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Jumoke Oduwole, a estimé que la tenue de l’événement intervient dans un contexte de fortes turbulences du commerce international. Elle y voit une occasion pour les économies africaines de repenser leur intégration commerciale et d’accélérer leur transformation économique. Pour Abuja, l’IATF 2027 pourrait constituer un moment décisif pour renforcer les échanges intra-africains et aligner les marchés, les industries et les compétences du continent.
Du côté d’Afreximbank, son président Dr George Elombi souligne que la taille du marché nigérian, la profondeur de son tissu entrepreneurial et sa capacité industrielle en font un hôte naturel pour cette édition. Il estime que la plateforme peut contribuer à bâtir des chaînes de valeur régionales, créer des emplois et générer davantage de prospérité sur le continent.
Avec plus de 200 millions d’habitants, d’importantes ressources naturelles et un secteur de petites et moyennes entreprises particulièrement dynamique, le Nigeria apparaît comme un acteur central dans la mise en œuvre de la Zlecaf. Le pays dispose d’importantes ressources en pétrole et gaz, mais aussi en minéraux solides tels que le calcaire, le minerai de fer, l’or et le lithium, ainsi que d’une production agricole significative. Cette combinaison de ressources et de capacités industrielles pourrait favoriser la structuration de chaînes de valeur régionales et renforcer la résilience économique africaine.
Pour la Commissaire de l’Union africaine chargée du développement économique, du commerce, du tourisme, de l’industrie et des minéraux, Francisca Tatchoup Belobe, l’IATF reste avant tout un instrument stratégique pour augmenter un commerce intra-africain qui demeure encore limité. Elle estime que l’édition de Lagos devra contribuer à repositionner l’Afrique dans le commerce mondial et à donner un nouvel élan à l’investissement et à l’industrialisation du continent.
Au Secrétariat de la Zlecaf, Cynthia Gnassingbé-Essonam, représentant le secrétaire général Wamkele Mene, considère également que l’accueil de l’événement par le Nigeria constitue une étape importante pour accélérer la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale. Selon elle, la foire s’est imposée comme le principal marché africain pour le commerce et l’investissement, réunissant entreprises, investisseurs et décideurs publics du continent et de la diaspora.
Par Drissa Ouattara


