La production pétrolière du Nigeria devrait légèrement progresser en 2026, portée par des améliorations d’infrastructures et une mise en valeur plus dynamique de certains champs. Cette perspective est avancée par BMI, filiale de Fitch Solutions, dans un nouveau rapport intitulé « Le rebond de la demande intérieure stimulera l’économie nigériane en 2026 ». L’institution prévoit que la production totale d’hydrocarbures liquides atteindra en moyenne 1,73 million de barils par jour l’an prochain, soit une hausse de 1,9 % par rapport aux 1,70 million attendus en 2025. Ce niveau dépasserait largement le quota officiel de 1,50 million de barils par jour fixé par l’OPEP.
Les données récentes montrent toutefois que le redressement reste fragile. En octobre, la production de pétrole brut n’a progressé que modestement, passant à 1,401 million de barils par jour contre 1,39 million en septembre. Sur le troisième trimestre 2025, le Nigeria a enregistré une moyenne de 1,444 million de barils par jour, en baisse par rapport aux 1,481 millions du deuxième trimestre et aux 1,468 millions du premier. Cette trajectoire illustre les difficultés persistantes du pays à stabiliser durablement sa production, malgré les investissements, le renforcement des dispositifs de sécurité et les interventions gouvernementales destinées à soutenir le secteur amont.
BMI explique la hausse prévue en 2026 par des progrès dans les infrastructures intermédiaires, des efforts continus pour lever les obstacles opérationnels et des volumes additionnels provenant de champs pétroliers de moindre taille. Mais cette dynamique pourrait être fragilisée par les aléas du segment du raffinage. La raffinerie de Dangote, qui a fortement réduit la dépendance du pays aux carburants importés en 2025, reste un élément central des projections. Le rapport souligne que tout retard ou perturbation opérationnelle pourrait provoquer un rebond des importations de produits pétroliers, raviver les tensions sur le marché des changes, alimenter l’inflation et freiner les perspectives de croissance.
En parallèle, la détérioration de la situation sécuritaire constitue un risque majeur pour l’économie nigériane. L’augmentation marquée des enlèvements en 2025 accentue la pression sur un paysage déjà instable. Une aggravation de l’insécurité pourrait entraver à la fois la production agricole et la production pétrolière, deux piliers essentiels de la croissance, tout en décourageant les investissements. Elle obligerait également l’État à réaffecter une part croissante de ses ressources au maintien de l’ordre, au détriment des infrastructures, des programmes sociaux et des initiatives de développement.
À ces risques internes s’ajoutent des incertitudes géopolitiques. BMI avertit que les relations entre le Nigeria et les États-Unis pourraient se dégrader en 2026, notamment après les déclarations du président américain Donald Trump sur de prétendues persécutions chrétiennes au Nigeria. Une escalade diplomatique pourrait conduire Washington à adopter des mesures économiques punitives, allant de droits de douane renforcés à d’éventuelles sanctions. De telles décisions affaibliraient les exportations pétrolières, restreindraient l’accès du Nigeria au financement américain et saperraient la confiance des investisseurs.
Par Drissa Ouattara


