La République démocratique du Congo a officiellement instauré une réserve stratégique pour le cobalt et d’autres minerais critiques, dotant l’État d’un instrument inédit pour peser sur les volumes d’exportation et, par ricochet, sur les cours mondiaux d’un métal devenu central dans la transition énergétique.
Le dispositif repose sur un décret adopté en Conseil des ministres le 10 avril dernier. Sa gestion a été confiée à l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS), désormais habilitée à acquérir, détenir et commercialiser des minerais stratégiques au nom de l’État congolais.
Le régulateur a qualifié cette réserve d’instrument permettant à Kinshasa d’« intervenir de manière ciblée sur les quantités disponibles afin de maintenir l’équilibre du marché international et de contribuer au renforcement de sa souveraineté économique ».
Premier producteur mondial, avec environ 70 % de l’offre globale assurée l’an dernier, la RDC dispose d’un levier considérable sur ce marché. Le cobalt, composant essentiel des batteries pour véhicules électriques, est au cœur des stratégies d’approvisionnement des grandes puissances industrielles, ce qui confère à Kinshasa une position de négociation que les autorités entendent désormais pleinement assumer.
La création de cette réserve s’inscrit dans la continuité d’une politique d’intervention sur l’offre engagée depuis début 2024. Face à une chute des prix alimentée par une offre excédentaire, le pays avait d’abord imposé une suspension des exportations de plusieurs mois, avant d’instaurer, en octobre, un régime de quotas. Dans ce cadre, 10 % des volumes nationaux d’exportation de cobalt ont été réservés à un usage stratégique de l’État, soit 9 600 tonnes métriques pour 2026.
Cette politique de restriction a pesé dans les statistiques douanières en 2025. Les expéditions congolaises de cobalt ont chuté à environ 48 800 tonnes métriques au premier trimestre 2025, contre près de 123 000 tonnes sur la même période l’année précédente, un niveau exceptionnellement élevé qui reflétait les anticipations des opérateurs avant le gel des exportations.
Pour renforcer l’efficacité du dispositif, Kinshasa a par ailleurs notifié, en mars, aux sociétés minières que tout quota d’exportation non utilisé dans les délais réglementaires serait automatiquement reversé à la réserve stratégique de l’État. Les volumes alloués au quatrième trimestre 2025 devront avoir été expédiés avant le 30 avril, et ceux du premier trimestre 2026 avant la fin du mois de juin, sous peine de réaffectation.
Les principaux acteurs du secteur sont directement concernés. Le chinois CMOC et le négociant Glencore figurent parmi les plus grands producteurs de cobalt en RDC, aux côtés d’Eurasian Resources Group, de Huayou et de Sicomines, majoritairement sous capitaux chinois.
En désignant le cobalt, le coltan et le germanium comme minerais stratégiques dès 2018, la RDC avait posé les bases légales d’un contrôle renforcé de leur production et de leur exportation. La création d’une réserve souveraine constitue l’aboutissement logique de cette trajectoire, transformant Kinshasa en acteur à part entière de la régulation d’un marché mondial dont il reste, de loin, le maillon le plus décisif.
Par David Yaméogo


