Le marché mondial du cacao amorce un net retournement. Le 10 février 2026, les prix sont tombés sous le seuil symbolique de 4 000 dollars la tonne métrique, poursuivant une chute amorcée depuis le début de l’année. Ils s’établissent désormais autour de 3 780 dollars la tonne, soit une baisse de plus de 10 % depuis janvier. Cette correction rapide ravive le spectre de la chute de janvier, lorsque les cours avaient déjà reculé de plus de 29 %, et confirme un changement profond dans l’équilibre du marché.
À l’origine de ce recul, un facteur déterminant : l’amélioration des conditions de production en Afrique de l’Ouest, région qui domine l’offre mondiale. Des conditions climatiques favorables ont permis une meilleure croissance des cacaoyers et une augmentation des volumes acheminés vers les ports. Le groupe agroalimentaire Mondelez indique que les arrivages récents de cacao en Afrique de l’Ouest dépassent de 7 % la moyenne des cinq dernières années et sont nettement supérieurs à ceux de l’année précédente. Cette abondance alimente une situation où l’offre dépasse désormais la demande.
Les prévisions confirment cette tendance. Le cabinet d’analyse StoneX anticipe un excédent mondial de 287 000 tonnes pour la campagne 2025/2026, suivi d’un surplus supplémentaire de 267 000 tonnes en 2026/2027. L’Organisation internationale du cacao a également signalé, le 23 janvier 2026, une hausse des stocks mondiaux à 1,1 million de tonnes, soit une progression de 4,2 % sur un an. Parallèlement, les réserves surveillées par l’Intercontinental Exchange (ICE) ont atteint leur plus haut niveau en plus de trois mois, à 1 812 564 sacs, accentuant la pression sur les prix.
Mais la faiblesse des cours ne s’explique pas uniquement par l’abondance de l’offre. La demande mondiale montre des signes d’essoufflement. Barry Callebaut, premier fabricant mondial de chocolat en vrac, a enregistré une chute de 22 % des volumes vendus dans sa division cacao au trimestre clos fin novembre 2025. L’entreprise évoque une demande négative du marché et un recentrage vers des segments plus rentables. Cette tendance se reflète aussi dans les statistiques industrielles. En Europe, les volumes de broyage ont reculé de 8,3 % au quatrième trimestre, atteignant leur plus bas niveau pour cette période depuis douze ans. En Asie, la baisse est également notable, avec un recul de 4,8 %.
Cette combinaison d’une offre excédentaire et d’une demande affaiblie s’inscrit dans une dynamique baissière amorcée en 2025. Cette année-là, les contrats à terme sur le cacao ont chuté de plus de 44 %, passant de plus de 10 950 dollars à 6 065 dollars la tonne. Sans le rebond observé en décembre, la baisse annuelle aurait dépassé 50 %. Depuis le début de 2026, la correction s’est accentuée, les prix ayant reculé de plus de 37 %.
Par Drissa Ouattara


