Loi de finances rectificative 2026 : le Burkina Faso table sur 301,37 milliards FCFA de recettes supplémentaires

L’Assemblée législative du peuple (ALP) a adopté, ce mercredi 23 septembre 2026, le projet de loi portant Loi de finances rectificative (LFR) pour l’exécution du budget de l’État, exercice 2026. Défendu devant les députés par le ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo, le texte ajuste à la hausse les dépenses de l’État, sans dégrader le déficit budgétaire initialement fixé par la Loi de finances initiale (LFI) 2026, et introduit de nouvelles mesures fiscales destinées à soutenir la souveraineté alimentaire, la compétitivité des filières nationales et le pouvoir d’achat.

Bâti autour de la poursuite de la reconquête du territoire national et de la mise en œuvre du Plan RELANCE 2026-2030, le budget de l’État a connu, sur les six premiers mois de l’année, une dynamique de mobilisation des ressources jugée bonne par le gouvernement, conjuguée à un niveau d’exécution des dépenses qualifié de relativement satisfaisant. C’est ce double constat qui a servi de socle à la révision proposée aux députés ce mercredi 23 septembre 2026.

Au 30 juin 2026, les recettes budgétaires totales affichaient un taux de recouvrement global de 55,47 %, contre 47,7 % un an plus tôt à la même période, soit un gain de 7,77 points. Sur des prévisions LFI 2026 fixées à 3 556,53 milliards FCFA, remboursements de crédits TVA compris, 1 972,85 milliards FCFA ont été mobilisés. Les seules recettes ordinaires, prévues à 3 341,53 milliards FCFA, atteignent pour leur part 1 937,91 milliards FCFA, soit un taux de recouvrement de 58 %.

Côté dépenses, l’exécution s’est montrée un peu plus mesurée. Sur des prévisions initiales de 3 918,29 milliards FCFA en crédits de paiement, 1 853,44 milliards FCFA ont été engagés à fin juin, portant le taux d’exécution global à 47,3 %, en léger repli de 0,50 point par rapport à 2025 (47,8 %).

Le détail fait apparaître des écarts sensibles selon les postes. Les dépenses ordinaires ont été exécutées à 52,69 % – dont 65,15 % pour les transferts courants et seulement 46,1 % pour les charges financières de la dette – contre 48,73 % un an plus tôt, tandis que les dépenses en capital plafonnaient à 37,37 %, en léger retrait par rapport aux 38,85 % de 2025.

Des ajustements ciblés, sans creusement du déficit

Sur cette base, le gouvernement propose des annulations et des ouvertures de crédits. Une annulation de 4,38 milliards FCFA vise à corriger un reclassement comptable. La taxe pour le développement de la télévision, inscrite par erreur en recettes non fiscales dans la LFI 2026, relève en réalité des recettes fiscales. En parallèle, des ouvertures de recettes supplémentaires de 301,376 milliards FCFA sont proposées, réparties entre 133,487 milliards FCFA de recettes fiscales et 167,889 milliards FCFA de recettes non fiscales.

Ces ajustements améliorent sensiblement l’épargne budgétaire, désormais établie à 908,027 milliards FCFA contre 669,677 milliards FCFA dans la LFI 2026, soit une progression de 35,59 % attribuée à la hausse des recettes ordinaires et à une meilleure maîtrise des dépenses de fonctionnement.

Le solde budgétaire global, lui, reste inchangé et déficitaire de 486,76 milliards FCFA, les nouvelles recettes ayant été intégralement redéployées vers de nouvelles dépenses. Rapporté au PIB nominal, ce déficit ressort à -2,6 %, en deçà de la norme communautaire de -3 % fixée au niveau de l’UEMOA. Le gouvernement entend couvrir le besoin de financement correspondant par des emprunts obligataires et d’autres sources disponibles.

Transferts de ressources liés aux fusions, exonérations fiscales : les précisions du ministre Nacanabo

Lors des échanges, plusieurs députés ont interpellé le ministre. Sur le transfert de ressources lié à la fusion du Conseil supérieur de la communication (CSC) et de la Commission de l’informatique et des libertés (CIL) ayant donné naissance à l’Autorité de régulation de la communication et des données à caractère personnel (ARCOD), il a expliqué que la loi, adoptée en août 2026, restait trop récente pour être déjà intégrée au budget. « Il y a des instruments d’opérationnalisation qui sont en train d’être élaborés (…) c’est prématuré de le faire », a-t-il indiqué, précisant que les deux institutions concernées continueraient à fonctionner concomitamment en attendant la loi de finances 2027.

Interrogé sur le poids des exonérations fiscales, le ministre Nacanabo a relativisé leur impact, rappelant qu’elles concernent essentiellement les matières premières entrant dans la fabrication d’aliments pour bétail, la vente de lait produit localement et la reconduction de mesures en faveur des PME.

En effet, a-t-il expliqué, les producteurs d’aliments pour bétail supportent des droits de douane et de la TVA sur leurs intrants importés sans pouvoir la répercuter, faute de facturer eux-mêmes de la TVA sur leurs produits finis. Ce qui, dit-il, ce qui alourdit leur coût de revient. « Ici, l’avantage, sur ce point précis, c’est de réduire le coût de production. Alors quand on réduit le coût de production, naturellement, si on maintient les marges, ça se répercute sur les prix de vente en moins », a fait savoir Aboubakar Nacanabo, rassurant que le gouvernement s’engage à veiller à ce que le gain ne se traduise pas par une hausse des marges plutôt que par une baisse des prix. « Je ne pense pas qu’on va aboutir à une perte de recettes », a-t-il assuré, chiffrant l’impact de l’ensemble des dépenses fiscales de cette LFR à moins de 0,1 % des recettes.

Les députés ont par ailleurs souhaité avoir des détails sur le niveau d’avancement de deux projets d’infrastructure. Sur le projet de réhabilitation du Parc urbain Bangr-Wéogo, dont le coût global est estimé à 75 milliards FCFA, M. Nacanabo a indiqué que seuls 5 milliards FCFA sont inscrits pour 2026, destinés à des travaux préliminaires notamment la reprise de la clôture, la réalisation de portiques et la construction d’une salle de conférence de 750 places. « Pour 2026, l’État a inscrit 5 milliards FCFA pour faire des travaux qui vont permettre déjà de mettre un cadre qui permet de catalyser les investissements à venir. Parce qu’en fait, ce n’est pas prévu que ce soit l’État seul qui réalise le projet », a-t-il détaillé, précisant que l’objectif est de faire appel à des investisseurs en partenariats public-privé ; le partenaire devant ainsi investir, exploiter et se faire rembourser sur la base des recettes.

Enfin, concernant le projet du Mémorial Thomas Sankara, le ministre a indiqué que l’État avait jusqu’ici financé les différentes infrastructures réalisées sur le site, notamment le mausolée, les autres petits investissements réalisés en interne ainsi qu’un auditorium en cours de réalisation. « Mais pour les autres phases, ils sont en train de finaliser les études de faisabilité, parce que là également, il y aura des partenariats public-privé. Mais il faut qu’on arrive à faire des études pour montrer comment les cash flows vont être générés afin de pouvoir attirer d’éventuels investisseurs qui souhaitent venir en partenariat public-privé pour investir », a conclu Dr Nacanabo.

Par Léon Yougbaré

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