Le Nigeria veut relancer massivement les investissements dans son secteur pétrolier offshore. Le président Bola Tinubu a approuvé un nouveau cadre fiscal et réglementaire destiné à attirer jusqu’à 50 milliards de dollars d’investissements dans les projets pétroliers et gaziers en eaux profondes au cours des prochaines années.
Cette réforme vise à donner davantage de visibilité aux compagnies pétrolières internationales et à accélérer la mise en production de plusieurs découvertes offshore restées en attente de décision finale d’investissement.
Un changement de méthode pour attirer les majors
Le nouveau dispositif marque une rupture avec la pratique jusque-là suivie par Abuja, qui consistait à négocier séparément les incitations fiscales et commerciales pour chaque projet. Désormais, les développements offshore répondant à certains critères bénéficieront de règles prédéfinies.
L’approbation a été annoncée mardi par Bayo Onanuga, conseiller spécial du président pour l’information et la stratégie, après plusieurs mois de discussions entre le gouvernement nigérian et les grandes compagnies pétrolières.
Le nouveau régime entre en vigueur à travers l’Ordonnance sur les incitations fiscales aux projets pétroliers et gaziers en haute mer de 2026. Il prévoit notamment des crédits d’impôt liés à la production pour les projets éligibles et permet à la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC) de modifier certains contrats de partage de production afin d’appliquer les nouvelles conditions.
Pour Abuja, l’objectif est de réduire l’incertitude financière qui entoure les investissements offshore et permettre aux compagnies de connaître à l’avance les conditions fiscales applicables avant d’engager plusieurs milliards de dollars.
Bonga South West, premier grand test
Le projet Bonga South West de Shell, évalué à environ 10 milliards de dollars, devrait être l’un des premiers grands bénéficiaires de cette nouvelle politique.
Longtemps retardé, ce projet constitue un enjeu majeur pour le Nigeria. Sa décision finale d’investissement n’a toujours pas été prise, contrairement à Bonga North, autre projet de Shell, pour lequel une décision d’investissement avait été annoncée en décembre 2024.
Bonga South West pourrait ainsi devenir le premier véritable test de la nouvelle stratégie de Tinubu. Si les nouvelles incitations permettent à Shell et à ses partenaires de prendre une décision finale d’investissement, Abuja disposerait d’un signal fort pour convaincre d’autres compagnies internationales de débloquer leurs projets.
Le gouvernement cherche précisément à éviter de reproduire les longues négociations projet par projet qui ont contribué, ces dernières années, à ralentir les investissements dans les eaux profondes nigérianes.
22 projets offshore pour 30 à 50 milliards de dollars
L’enjeu dépasse largement le seul projet de Shell. Le régulateur nigérian du secteur pétrolier en amont prévoit 22 grands projets offshore entre 2026 et 2030, pour une enveloppe d’investissement estimée entre 30 et 50 milliards de dollars.
Depuis 2024, le régulateur affirme par ailleurs avoir approuvé des plans de développement de champs représentant plus de 57 milliards de dollars d’investissements potentiels. Une partie de ces projets a déjà progressé jusqu’à la décision finale d’investissement.
La cible de 50 milliards de dollars annoncée par le gouvernement ne signifie donc pas que cette somme est déjà sécurisée. Elle correspond plutôt au potentiel d’investissement que le Nigeria espère débloquer grâce à l’amélioration du cadre fiscal et réglementaire.
Pour Abuja, la réussite de cette stratégie permettrait d’augmenter la production pétrolière, de créer des emplois et de renforcer les recettes publiques ainsi que la sécurité énergétique du pays.
Tinubu veut restaurer l’attractivité du Nigeria
Cette nouvelle politique s’inscrit dans la stratégie de Bola Tinubu visant à redonner au Nigeria son attractivité auprès des investisseurs internationaux du secteur des hydrocarbures.
Pendant plusieurs années, le pays a été confronté à une baisse des investissements dans l’amont pétrolier, en raison notamment de l’incertitude réglementaire, des coûts élevés des projets, des problèmes de sécurité et des retards dans les décisions d’investissement.
L’adoption de la Petroleum Industry Act (PIA) en 2021 avait constitué une première tentative de modernisation du cadre juridique et fiscal du secteur. L’administration Tinubu cherche désormais à aller plus loin en réduisant les délais contractuels et en améliorant la rentabilité des nouveaux projets.
Le choix de privilégier les eaux profondes n’est pas anodin. La production offshore est notamment moins exposée à certains problèmes qui affectent les infrastructures pétrolières terrestres, comme le vol de brut et le sabotage des pipelines.
Abuja veut aussi développer une industrie autour du pétrole
Au-delà de la production de brut, le gouvernement nigérian veut que cette nouvelle vague d’investissements génère davantage de retombées économiques locales.
Les projets bénéficiant du nouveau régime devront ainsi maximiser, lorsque cela est techniquement et commercialement possible, leur exécution au Nigeria. Cela concerne notamment l’ingénierie, la fabrication, la logistique maritime, les services techniques et la gestion de projets. L’ambition d’Abuja est donc de transformer les investissements offshore en véritable levier d’industrialisation.
Par Drissa Ouattara


