Nigeria : Fitch Ratings relève à positive la perspective de crédit, mais maintient la note souveraine à « B »

Fitch Ratings a relevé de « stable » à « positive » la perspective de crédit souverain du Nigeria, tout en confirmant sa note de défaut à long terme à « B ». Cette décision, annoncée le 9 octobre 2026, s’appuie notamment sur le renforcement des réserves de change, une plus grande flexibilité du marché des devises et la poursuite des réformes économiques. Les pressions budgétaires et le poids du service de la dette continuent toutefois de limiter les perspectives financières du pays.

Le Nigeria enregistre une amélioration de plusieurs indicateurs macroéconomiques, susceptible de favoriser un relèvement futur de sa note souveraine. Dans sa dernière évaluation publiée le 9 octobre 2026, l’agence de notation financière Fitch Ratings a ainsi fait passer de « stable » à « positive » la perspective associée à la note de défaut à long terme du pays, maintenue à « B ».

Cette révision montre une appréciation plus favorable de la trajectoire économique et financière du Nigeria. Elle ne constitue cependant pas une hausse immédiate de sa note de crédit. Pour obtenir un relèvement, le pays devra consolider les progrès enregistrés, notamment en matière de stabilité macroéconomique, de réserves extérieures et de mobilisation des recettes publiques.

Le principal signal positif concerne le renforcement des réserves de change. Selon Fitch, les réserves brutes du Nigeria ont atteint 54,9 milliards de dollars au 25 septembre 2026, contre 32 milliards de dollars à la mi-avril 2024. Cette progression s’explique notamment par l’augmentation des entrées de capitaux de portefeuille, des recettes d’exportation et des transferts de fonds de la diaspora, ainsi que par une formalisation accrue des transactions sur le marché des changes.

L’agence anticipe un excédent du compte courant équivalant à 6,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026. Les réserves de change devraient également couvrir 6,3 mois de paiements extérieurs courants à la fin de l’année, renforçant ainsi la capacité du pays à faire face à ses engagements internationaux.

Les réserves nettes de change se sont elles aussi améliorées, passant d’environ 4 milliards de dollars à la fin de 2023 à 34,8 milliards de dollars à la fin de 2025, selon les données rapportées par Fitch. De son côté, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria (CBN), Olayemi Cardoso, a indiqué que les réserves brutes s’élevaient à environ 55 milliards de dollars, tandis que les réserves nettes atteignaient 46 milliards de dollars. Ces chiffres reposent sur des mesures distinctes, les réserves nettes tenant compte des engagements en devises à court terme, notamment les swaps et les contrats à terme.

L’amélioration de la position extérieure du pays bénéficie également de l’évolution du secteur pétrolier. La production de pétrole brut, hors condensats, a atteint en moyenne 1,52 million de barils par jour au deuxième trimestre 2026. Parallèlement, l’expansion de la raffinerie Dangote et la réhabilitation d’autres installations nationales contribuent à réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés, limitant ainsi une partie de la demande de devises étrangères.

Sur le plan de l’activité économique, Fitch prévoit une croissance du PIB de 4,3 % en 2026, contre 4 % en 2025. L’agence anticipe également une progression annuelle supérieure à 4 % en 2027 et en 2028. L’inflation moyenne devrait, quant à elle, ralentir à 15,4 % en 2026, soit moins de la moitié de son niveau de 2024. Malgré cette décrue attendue, elle resterait nettement supérieure à la médiane de 5,6 % observée pour les pays bénéficiant de la même note souveraine « B ».

La politique monétaire demeure un autre facteur déterminant. Fitch a qualifié l’ajustement opéré par la Banque centrale du Nigeria en septembre d’assouplissement calibré. L’agence souligne toutefois que le maintien du coefficient de réserves obligatoires à 45 % continue d’absorber une part importante de la liquidité en nairas et de limiter l’expansion du crédit. La hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants, d’éventuelles augmentations supplémentaires du prix de l’essence ainsi que les défis sécuritaires constituent également des risques pour le pouvoir d’achat des ménages et la croissance.

Malgré l’amélioration des indicateurs extérieurs, la situation des finances publiques reste préoccupante. Fitch prévoit un creusement du déficit budgétaire à 3,6 % du PIB en 2026, contre 3,1 % en 2025, notamment sous l’effet de la hausse des dépenses publiques. Les réformes fiscales engagées par les autorités devraient permettre de porter les recettes non pétrolières à 7,5 % du PIB, soit environ 66 % des recettes publiques. Toutefois, leur mise en œuvre pourrait limiter les gains attendus.

Le coût du service de la dette demeure l’une des principales faiblesses du profil de crédit nigérian. Fitch estime que le ratio des charges d’intérêts aux recettes des administrations publiques devrait atteindre en moyenne 27 % entre 2026 et 2028, contre une médiane de 14 % pour les pays notés « B ». Pour le seul gouvernement fédéral, ce ratio devrait rester supérieur à 50 %, réduisant les marges de manœuvre budgétaires et les ressources disponibles pour financer les investissements publics.

L’agence a par ailleurs exprimé des préoccupations concernant la transparence, la liquidité et les risques de recouvrement pour les créanciers associés à certains mécanismes de financement, notamment les swaps de rendement total et les accords de rachat. Ces inquiétudes portent également sur un projet de facilité de swap de rendement total de 5 milliards de dollars avec First Abu Dhabi Bank.

Par Amhed Coulibaly

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