Le groupe suisse Holcim tourne une nouvelle page de son histoire en Afrique. Le leader mondial des matériaux de construction a annoncé la cession de près de 84 % de sa participation dans Lafarge Africa au groupe chinois Huaxin Cement, marquant ainsi son retrait du marché nigérian. L’opération, estimée à 1 milliard de dollars, s’inscrit dans la stratégie mondiale de Holcim visant à recentrer ses activités sur ses marchés prioritaires. Le groupe poursuit notamment son projet de séparation et d’introduction en Bourse de sa filiale nord-américaine, tout en se désengageant progressivement d’actifs jugés non stratégiques.
Le processus a franchi une étape importante avec l’approbation de la transaction par le Sénat nigérian. La chambre haute a validé l’opération après l’adoption du rapport de sa commission ad hoc, qui a examiné le dossier durant sept mois.
Les sénateurs ont notamment souligné que la vente ne remettrait pas en cause la participation de 16,19 % détenue par les investisseurs nigérians dans Lafarge Africa, répondant ainsi aux inquiétudes exprimées lors de l’annonce de la cession.
Cette approbation ouvre la voie à l’un des plus importants investissements chinois dans le secteur manufacturier nigérian.
Le marché nigérian du ciment est dominé par trois acteurs majeurs : Dangote Cement, BUA Cement et Lafarge Africa, qui concentrent l’essentiel des capacités de production du pays.
Si cette acquisition ne modifie pas immédiatement les activités opérationnelles de Lafarge Africa, elle marque toutefois un changement majeur d’actionnaire. Un investisseur européen cède sa place à un groupe chinois, susceptible d’apporter de nouveaux financements, des technologies industrielles et un accès renforcé aux chaînes d’approvisionnement asiatiques.
Cette évolution intervient dans un contexte où la demande de ciment au Nigeria demeure soutenue par une urbanisation rapide, un déficit important en logements et de vastes programmes d’infrastructures.
Au-delà du secteur cimentier, cette opération montre l’évolution de la stratégie chinoise sur le continent africain. Après avoir fortement investi dans les infrastructures, les chemins de fer, les mines et les zones industrielles, les entreprises chinoises multiplient désormais les acquisitions d’actifs industriels stratégiques.
L’entrée de Huaxin Cement au capital de Lafarge Africa pourrait permettre au groupe de s’appuyer sur les réseaux financiers, technologiques et logistiques chinois pour renforcer sa compétitivité au Nigeria mais également sur les marchés régionaux.
L’arrivée d’un actionnaire chinois pourrait rebattre les cartes sur un marché où Dangote Cement demeure le leader incontesté, tandis que BUA Cement poursuit une expansion rapide grâce à l’augmentation de ses capacités de production.
Avec le soutien financier et industriel de Huaxin Cement, Lafarge Africa pourrait disposer de nouveaux leviers pour accroître sa part de marché et répondre à la demande croissante en matériaux de construction.
L’entreprise pourrait également renforcer son positionnement dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), où les producteurs africains cherchent de plus en plus à développer leurs exportations au-delà de leurs marchés nationaux.
Par Amhed Coulibaly


