Dans un communiqué publié à Londres le 8 janvier dernier, Rio Tinto confirme avoir entamé des discussions préliminaires avec Glencore au sujet d’un éventuel rapprochement. « Les parties envisagent actuellement que toute opération de fusion soit réalisée par le biais de l’acquisition de Glencore par Rio Tinto, conformément à un accord homologué par le tribunal », précise le communiqué. Le groupe souligne toutefois qu’aucune garantie n’existe quant à la formulation d’une offre, ni quant à ses modalités.
Conformément à la règle 2.6(a) du Code britannique des offres publiques d’achat, Rio Tinto dispose jusqu’au 5 février 2026 à 17 h 00 (heure de Londres) pour annoncer son intention ferme de lancer une offre ou pour déclarer qu’il n’en formulera pas. Le délai pourra être prolongé avec l’accord du Panel, ajoute le communiqué.
Ainsi, ces discussions autour d’un rapprochement pouvant aller jusqu’à une fusion par échange d’actions suscitent une attention soutenue dans les pays africains abritant des actifs stratégiques des deux groupes. Si l’opération donnerait naissance au premier acteur minier mondial, valorisé autour de 215 milliards de dollars, elle ouvrirait une séquence d’incertitudes pour plusieurs juridictions productrices.
Au cœur des préoccupations figure la concentration sans précédent d’actifs critiques liés au cuivre, au fer, au cobalt, au charbon ou aux sables minéraux. Une telle consolidation pourrait entraîner une reconfiguration profonde des positions opérationnelles sur de grands projets africains, avec des impacts potentiels sur la fiscalité, les infrastructures associées et les cadres de négociation des États hôtes.
En République démocratique du Congo, la présence dominante de Glencore à travers Kamoto Copper Company et Mutanda Mining placerait le pays face à un opérateur fusionné contrôlant un volume significatif de la production mondiale de cuivre et de cobalt. Une telle concentration pourrait limiter la marge de manœuvre congolaise sur les redevances et les termes contractuels futurs.
En Afrique du Sud, la combinaison des actifs de Rio Tinto (Richards Bay Minerals, Palabora) et de ceux de Glencore (charbon, ferrochrome, vanadium) exposerait le marché national à des risques de position dominante. Les autorités antitrust pourraient exiger des cessions, notamment dans les segments charbonniers et des minéraux lourds.
En Guinée-Conakry, le projet Simandou de Rio Tinto, l’un des gisements de fer à haute teneur les plus stratégiques au monde, représente un levier fiscal important, avec 58 millions de dollars d’impôts versés en 2024. Une cession imposée par les autorités de concurrence réduirait la visibilité du pays sur ses recettes et sur le financement des infrastructures ferroviaires et portuaires structurantes.
À Madagascar, QIT Madagascar Minerals, appartenant à Rio Tinto, structure réputée pour son modèle d’investissement communautaire, pourrait être concernée par une rationalisation du portefeuille, en cas de reconfiguration globale des priorités du groupe fusionné.
Les actifs des deux géants miniers situés dans des pays périphériques comme la Zambie, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie ou la Namibie constitueraient des cibles probables de désinvestissements. Moins stratégiques à l’échelle du portefeuille mondial, ces projets seraient susceptibles d’apparaître comme des variables d’ajustement pour satisfaire les exigences des régulateurs internationaux.
La dimension géoéconomique s’ajoute aux enjeux sectoriels. La Chine, premier importateur mondial de matières premières, jouerait un rôle déterminant dans l’issue du processus. Les précédents, notamment l’obligation faite à Glencore en 2013 de céder Las Bambas pour obtenir l’aval de Pékin lors de la fusion avec Xstrata, montrent que les autorités chinoises n’hésitent pas à conditionner leur feu vert à des transferts d’actifs stratégiques.
Compte tenu de la place du cuivre dans la transition énergétique et de l’essor de l’intelligence artificielle, les actifs africains liés à ce métal – en particulier en RDC et en Zambie – pourraient faire l’objet d’exigences spécifiques, allant de garanties d’approvisionnement à des cessions forcées au bénéfice d’entités chinoises. La présence de Chinalco, actionnaire de référence de Rio Tinto à 11 %, renforce cette capacité d’influence, notamment sur des projets comme Simandou.
Par Léon Yougbaré


