En 2026, le Sénégal entend intensifier sa présence sur les marchés financiers régionaux afin de répondre à des besoins de financement estimés à 6 075 milliards de FCFA. Cette ambition a été détaillée par le directeur de la Dette publique, Elhadji Alioune Diouf, en marge des Rencontres sur le Marché des Titres publics (REMTP), tenues du 26 au 28 janvier à Lomé, au Togo.
La stratégie annoncée repose sur un recours accru au marché intérieur, considéré comme un levier central de mobilisation des ressources. À ce titre, l’État prévoit de lever 4 122 milliards de FCFA en 2026, principalement à travers quatre appels publics à l’épargne et l’émission d’un sukuk. Cette orientation traduit une volonté de diversifier les instruments financiers tout en consolidant la participation des investisseurs locaux et régionaux.
Dans le détail, 90 milliards de FCFA seront mobilisés pour couvrir des besoins de trésorerie infra-annuels. En parallèle, le Sénégal prévoit de lever 1 200 milliards de FCFA par le biais de syndications, structurées autour de quatre emprunts obligataires, à raison d’une opération par trimestre. L’introduction d’un sukuk vise, quant à elle, à capter une catégorie spécifique d’investisseurs attachés aux principes de la finance islamique, élargissant ainsi la base de financement de l’État.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte marqué par les résultats jugés encourageants de l’année 2025. Selon Elhadji Alioune Diouf, les performances enregistrées ont permis de résorber un gap de financement estimé à 5 700 milliards de FCFA, renforçant la crédibilité du Sénégal sur les marchés et sa capacité à atteindre ses objectifs en 2026.
La question de la soutenabilité de la dette a également été abordée. Actuellement estimée à 119 % du PIB, la dette publique reste, selon le directeur de la Dette publique, viable. Il s’appuie notamment sur l’analyse du différentiel entre le taux de croissance économique et le taux d’intérêt de la dette, un indicateur clé en économie pour apprécier la capacité d’un pays à honorer ses engagements financiers.
Le diagnostic du portefeuille de la dette révèle un coût moyen d’environ 4 %. Toutefois, la structure de cette dette comporte des enjeux spécifiques. La dette intérieure affiche un taux relativement élevé, autour de 7 %, ce qui accentue le risque de refinancement. À l’inverse, la dette extérieure bénéficie de taux plus faibles, mais expose davantage le pays aux risques de change, près de 40 % du portefeuille étant libellé en devises étrangères.
Ces éléments ont guidé l’évolution de la stratégie d’endettement ces dernières années. Initialement orientée vers une répartition de 60 % de dette intérieure et 40 % de dette extérieure, la structure a évolué vers un équilibre de 50/50 en 2024 et 2025. Toutefois, dans un contexte marqué par la suspension du programme avec le FMI, les autorités ont été amenées à renforcer leur recours au marché intérieur. Cette réorientation, combinée à une diversification des sources de financement, a permis d’attirer des investisseurs étrangers sur le marché local et de mobiliser près de 4 000 milliards de FCFA.
Sur le plan budgétaire, Elhadji Alioune Diouf a mis en avant les efforts de consolidation engagés par l’État. À la suite de l’audit de la Cour des comptes, le déficit budgétaire avait été évalué à 13 %. Il a depuis été progressivement réduit, passant à 7,8 % en 2025, avec une projection de 5,3 % en 2026 et un objectif de 3 % à l’horizon 2027. Ces résultats sont attribués aux réformes inscrites dans le Plan de redressement économique et social, qui ont déjà permis de générer plus de 750 milliards de FCFA de ressources additionnelles.
Selon le directeur de la Dette publique, cette consolidation ne repose pas sur une logique d’ajustement budgétaire strict, mais sur une meilleure orientation des dépenses publiques, visant à préserver les investissements prioritaires tout en améliorant l’efficacité de l’action publique.
Enfin, les perspectives macroéconomiques ont été évoquées avec un certain optimisme. Le Sénégal devrait poursuivre la baisse de l’inflation tout en déployant plusieurs projets structurants, parmi lesquels le Grand transfert d’eau, le développement de l’exploitation aurifère à travers un comptoir commercial, ainsi que les Agropoles, destinés à soutenir la diversification économique. Le secteur des hydrocarbures est également appelé à jouer un rôle clé, notamment avec le projet gazier du Sénégal, qui pourrait contribuer à la réduction du coût de l’électricité et renforcer la compétitivité des entreprises.
Par Bernadette W. Gansonré


