À l’occasion de l’an 1 de la Révolution progressiste populaire (RPP), le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a dressé les grandes orientations économiques du Burkina Faso, articulées autour de l’assainissement des finances publiques, du renforcement des réserves en or, de la souveraineté énergétique et du développement industriel.
Sur le plan budgétaire, le président a mis en avant les efforts engagés pour résorber la dette intérieure, longtemps marquée par une accumulation d’arriérés. En 2022, la situation était jugée critique, avec des créances anciennes fragilisant de nombreuses entreprises. « Il y avait des dettes de plusieurs années… des entreprises qui étaient en train de couler », a rappelé le chef de l’État.
Face à cette pression, une stratégie progressive a été adoptée, combinant priorisation des dépenses et mobilisation accrue des ressources. L’objectif était de rompre avec l’accumulation d’arriérés d’une année sur l’autre. « Il fallait que, lorsqu’on finisse l’année 2023, qu’il n’y ait plus de dettes de 2022 », a-t-il expliqué.
Selon le président, cette dynamique a permis d’assainir significativement la situation. « On a quitté un volume de dettes de plusieurs centaines de milliards qui traînaient depuis des années et on a pu rattraper tout aujourd’hui », a-t-il affirmé. À fin 2025, il indique qu’aucune dette de l’année précédente n’était en suspens, avec une attention particulière accordée aux petites entreprises, dont les délais de paiement sont désormais contenus entre trois et six mois.
Parallèlement, le Burkina Faso mise sur l’or comme levier stratégique pour renforcer sa souveraineté économique. Dans un contexte international marqué par l’instabilité des devises, le président insiste sur la nécessité de constituer des réserves. « Tout le monde est en train de chercher l’or pour faire une réserve », a-t-il souligné.
La constitution de réserves aurifères s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à renforcer la capacité de négociation du pays. « On continue de faire nos réserves, c’est pour notre respect dans les échanges économiques de demain », a affirmé le chef de l’État.
Cette quête de souveraineté s’étend également au secteur énergétique, considéré comme un préalable à toute ambition industrielle. Le Burkina Faso a engagé un programme de décentralisation de la production électrique, avec l’objectif d’implanter des centrales dans chaque région. « Le programme, c’est de mettre en place une centrale dans chaque région. On veut rendre autonomes les régions », a indiqué le président.
Plusieurs projets sont en cours, même si leur mise en œuvre reste confrontée à des contraintes logistiques et à des retards dans l’acheminement des équipements. Le pays demeure en partie dépendant des importations d’électricité, notamment en provenance du Ghana et de la Côte d’Ivoire. « Certains groupes électrogènes ne sont arrivés que récemment », a reconnu Ibrahim Traoré.
En parallèle, d’importants investissements sont engagés dans la modernisation du réseau de transport d’électricité, un chantier estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA. L’enjeu est de garantir une énergie stable, condition indispensable à l’industrialisation.
Parlant justement de ce volet, le président reconnaît que le processus reste à un stade initial. « L’évaluation, je peux dire que c’est embryonnaire. On n’en est qu’au début », a-t-il admis. Il appelle toutefois à repenser l’approche industrielle en valorisant aussi les petites unités de production. « Les jeunes peuvent créer de petites unités industrielles, mais très importantes », a-t-il insisté.
La stratégie repose sur la transformation locale des matières premières afin de réduire les importations. Plusieurs filières sont ciblées, notamment le blé, le riz, le maïs ou encore le soja. « On exporte le maïs brut et on part payer le couscous ailleurs », a-t-il déploré.
Des initiatives sont également en cours dans l’agroalimentaire et le textile, avec l’ambition de développer des chaînes de production complètes. « On va faire une usine qui va partir du coton jusqu’au produit fini », a annoncé le président.
Entre assainissement des finances publiques, mobilisation des ressources nationales et relance industrielle, le Burkina Faso entend poser les bases d’un modèle plus autonome, moins dépendant des importations et mieux intégré dans les échanges économiques internationaux.
Par Bernadette W. Gansonré


