UEMOA : 7 000 milliards de FCFA pour bâtir des chaînes de valeur locales dans le coton, les engrais et le riz

L’Union économique et monétaire ouest-africaine entend mobiliser 7 000 milliards de FCFA sur cinq ans pour renforcer ses capacités de production et de transformation dans trois secteurs stratégiques. À Ouagadougou, les ministres des huit États membres ont été appelés à transformer cette ambition en engagements politiques, budgétaires et financiers, avec pour objectif de réduire les dépendances extérieures et de retenir davantage de valeur ajoutée dans l’espace communautaire.

Produire du coton sans en tirer pleinement les bénéfices industriels, disposer de ressources phosphatières tout en important des engrais et couvrir près de la moitié des besoins en riz par des achats extérieurs : ces paradoxes illustrent les défis auxquels l’UEMOA veut s’attaquer. Pour y répondre, la Commission de l’Union mise sur une nouvelle dynamique d’industrialisation fondée sur la transformation locale des matières premières et l’intégration des économies des huit pays membres.

C’est dans cette perspective que les ministres sectoriels se sont retrouvés, le vendredi 23 octobre 2026, à Ouagadougou, autour de trois livres blancs consacrés aux filières coton-textile, phosphate-engrais et riz. Les travaux ont porte sur la concrétisation des stratégies régionales à travers des programmes d’investissement, des réformes nationales et des mécanismes de financement capables de soutenir durablement les chaînes de valeur.

La rencontre, présidée par le ministre burkinabè de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, représenté par le ministre délégué Dr Amadou Dicko, a réuni plusieurs responsables de la Commission de l’UEMOA. Mamadù Serifo Jaquité, commissaire chargé du département du Développement humain, y représentait le président de l’institution, Abdoulaye Diop.

L’enjeu financier donne la mesure de cette ambition. D’après Dr Amadou Dicko, les premiers programmes issus des livres blancs nécessiteront un investissement d’environ 7 000 milliards de FCFA sur les cinq prochaines années. Cette somme devra permettre de développer les infrastructures productives, d’accroître les capacités industrielles et de soutenir les activités de transformation dans les trois secteurs retenus.

La mobilisation de cette enveloppe repose sur la complémentarité entre les budgets des États, les investissements privés et les concours des partenaires au développement. Pour les gouvernements, il s’agit désormais de passer des orientations stratégiques aux réalisations concrètes. « Un livre blanc, aussi bien conçu soit-il, ne vaut que par le leadership politique qui l’accompagne », a rappelé Dr Amadou Dicko, invitant les États à faire des recommandations formulées de véritables priorités d’action publique.

Dans le secteur du coton, l’urgence est de corriger une faiblesse persistante : la faible transformation de la production régionale. Malgré le poids de l’UEMOA dans la production africaine et son huitième rang mondial, les capacités industrielles demeurent insuffisantes pour tirer pleinement profit de cette matière première. Les données présentées aux ministres révèlent que seulement 2 % de la fibre produite dans l’Union sont transformés localement. La valeur ajoutée captée dans l’espace communautaire ne représente, quant à elle, qu’environ 6 % de celle générée par le produit final.

Le développement d’unités de filature, de tissage et de confection apparaît ainsi comme un levier essentiel pour faire évoluer le modèle économique de la filière. En transformant davantage le coton sur place, les pays membres pourraient diversifier leurs exportations, créer des emplois industriels et accroître les revenus générés par cette ressource. Une telle orientation offrirait également de nouveaux débouchés aux producteurs et favoriserait l’émergence d’un tissu d’entreprises spécialisées dans le textile.

L’industrie des engrais constitue un autre axe majeur de cette stratégie. Dans une région où les ressources phosphatières représentent un potentiel économique important, la faiblesse de la consommation d’intrants agricoles traduit à la fois des difficultés d’approvisionnement et des marges de progression considérables en matière de productivité. Selon les chiffres présentés lors de la réunion, les agriculteurs de l’UEMOA utilisent en moyenne entre 20 et 25 kilogrammes d’engrais par hectare, contre environ 120 kilogrammes à l’échelle mondiale.

L’exploitation des ressources locales et le développement d’unités de production d’engrais pourraient contribuer à améliorer la disponibilité des intrants et à réduire les contraintes qui pèsent sur les exploitations agricoles. L’objectif est également de faciliter l’accès des producteurs aux fertilisants, afin d’accroître les rendements et de soutenir la sécurité alimentaire dans l’Union.

Le riz concentre, pour sa part, les enjeux de souveraineté alimentaire et de maîtrise de la facture des importations. Près de la moitié de la consommation régionale est encore satisfaite par des approvisionnements extérieurs, alors même que la production de riz paddy progresse dans plusieurs États membres. L’augmentation de la demande continue toutefois de dépasser les capacités de l’offre locale.

Cette situation rend les marchés de l’Union sensibles aux variations des cours internationaux et aux perturbations des circuits d’approvisionnement. Elle met aussi en évidence les difficultés rencontrées par les producteurs et les transformateurs locaux pour répondre aux attentes des consommateurs. Les programmes régionaux envisagés doivent donc agir sur l’ensemble de la chaîne, depuis la production jusqu’à la commercialisation, en passant par la transformation et l’amélioration de la compétitivité du riz local.

Ces trois filières ont été retenues dans le cadre d’une démarche concertée associant les États membres, les organisations interprofessionnelles, les acteurs privés et les partenaires au développement. Les livres blancs élaborés à cet effet proposent des diagnostics sectoriels, des orientations de long terme et des programmes d’intervention destinés à structurer les investissements régionaux.

Ils s’inscrivent dans le Plan stratégique 2025-2030 de la Commission, dénommé « IMPACT 2030 », qui ambitionne de favoriser l’émergence d’écosystèmes productifs compétitifs et intégrés. Cette démarche contribue également à la Vision 2040 de l’UEMOA, qui place le renforcement de l’intégration économique et monétaire ainsi que le positionnement de l’Union dans l’économie mondiale au cœur de ses priorités.

Pour Mamadù Serifo Jaquité, la faiblesse des performances des trois filières s’explique notamment par la fragmentation des chaînes de valeur, le déficit de financement et l’insuffisante articulation des capacités productives entre les pays membres. Une meilleure coopération régionale pourrait permettre aux États de valoriser leurs complémentarités, de mutualiser certaines ressources et de développer des marchés plus importants pour les entreprises.

La réunion de Ouagadougou doit ainsi permettre de consolider les orientations des livres blancs, d’obtenir des engagements gouvernementaux en faveur des réformes nécessaires et de constituer un portefeuille régional de projets susceptibles de bénéficier de financements. Les discussions portent également sur les mesures d’accompagnement du secteur privé, les ressources budgétaires à mobiliser et l’harmonisation des politiques nationales.

La Commission entend par ailleurs associer les investisseurs, les institutions financières et les partenaires au développement à la concrétisation de cette stratégie. Une session d’échanges avec ces acteurs doit permettre de présenter les projets envisagés et de recueillir leurs propositions de contribution. Paul Koffi Koffi, commissaire chargé du département du Développement de l’entreprise, des Mines, de l’Énergie et de l’Économie numérique, a souligné le potentiel de ces documents stratégiques pour renforcer la valorisation des ressources naturelles de l’Union.

Par Amhed Coulibaly

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