La 32e assemblée annuelle de Afreximbank s’est ouverte ce mercredi 25 juin 2025 à Abuja, au Nigeria, sous la présidence de Kashim Shettima, vice-président de la République fédérale du Nigeria, représenté à la cérémonie par son conseiller spécial aux affaires économiques. Placée sous le thème : « Construire l’avenir sur des décennies de résilience », ces assises réunissent de nombreuses personnalités venues de différents pays du continent et bien au-delà.
Cette importante cérémonie a été une tribune privilégiée pour exposer les actions concrètes mises en œuvre en faveur de la transformation économique du continent à travers le développement du commerce intra-africain et des infrastructures.
Trente-deux ans après sa création, Afreximbank a réalisé de nombreux progrès, passant d’un capital de départ de 750 millions de dollars en 1993 à 40 milliards de dollars à fin 2024, avec à son actif des investissements structurants dans plusieurs secteurs, notamment le commerce et les infrastructures. Ce progrès significatif, qui témoigne de l’importance de l’institution dans l’architecture financière africaine, a fait l’unanimité parmi les intervenants.
Denys Denya, vice-président senior d’Afreximbank, dans son discours de bienvenue aux participants, a appelé à changer l’avenir à travers un partenariat nouveau et puissant. Selon lui, Afreximbank a été créée par les Africains, pour les Africains. À ce titre, les États membres doivent continuer à soutenir l’institution dans sa mission, car elle travaille à accompagner les pays africains dans la réalisation de leurs aspirations.
Depuis plus de trois décennies, la résilience d’Afreximbank repose, selon Denya, sur le courage, la détermination, une vision claire et une foi inébranlable dans sa mission. C’est dans ce contexte que le thème des assemblées annuelles 2025 « Construire l’avenir sur des décennies de résilience » prend tout son sens. Ce thème évocateur, selon lui, est en parfaite concordance avec les circonstances actuelles : « Trente ans après sa création, les forces qui s’étaient opposées à la naissance de la Banque ont pris de nouvelles formes, mais poursuivent le même objectif : affaiblir cette grande institution. Ce thème est aussi inspiré par les développements mondiaux actuels : le monde est secoué par des vagues de chocs aux répercussions importantes, notamment pour les pays en développement et vulnérables », a-t-il souligné.
Pour le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Dr Olayemi Cardoso, le travail accompli par Afreximbank durant ces 32 années a permis d’améliorer l’image des institutions financières africaines à l’échelle internationale. La banque a su répondre aux appels des États africains lors de moments critiques, notamment durant la pandémie de COVID-19, avec des facilités contre-cycliques accordées aux pays. Selon lui, Afreximbank, en tant que véritable institution africaine, a injecté près de 50 milliards de dollars au Nigeria au cours de la dernière décennie.

Dans un contexte mondial marqué par le protectionnisme et un marché africain toujours fragmenté, le banquier central a insisté sur le rôle crucial d’Afreximbank. Il a également appelé à renforcer la cohérence entre les institutions financières, la ZLECAf et la contribution de la diaspora au développement du continent. Le Nigeria a d’ailleurs été cité en exemple pour sa coordination dans la réception des fonds de la diaspora nigériane, notamment par la création de comptes ordinaires non-résidents et de comptes d’investissement non-résidents. Ces dispositifs ont permis de renforcer la base de revenus des Nigérians et les réserves du pays.
Dr Cassiel Ato Baah Forson, ministre des Finances du Ghana et président de l’assemblée générale des actionnaires, représenté à l’occasion, a souligné la capacité de l’Afrique, à travers Afreximbank, à mobiliser des ressources internes et à développer une industrie robuste. Il a également salué la mise en place de la plateforme de paiement PAPSS, qui permet aux Africains de commercer entre eux en utilisant leurs monnaies locales. Pour approfondir ces efforts, Dr Forson estime que la ZLECAf constitue une opportunité majeure pour les pays africains dans un monde en évolution rapide. L’Afrique, selon lui, doit tracer sa propre voie.
M. Samaila Zubairu, président-directeur général d’Africa Finance Corporation et président de l’Alliance des institutions financières africaines (AIFA), a axé son intervention sur l’importance de la notation de crédit. Pour lui, Afreximbank a besoin du soutien des gouvernements africains, car elle est la banque de l’Afrique, pour les Africains. Au-delà d’Afreximbank, il a lancé un appel en faveur de toutes les institutions financières africaines, qu’il considère comme des outils politiques puissants.

Dans une dynamique d’ouverture, Afreximbank a élargi ses horizons en intégrant les Caraïbes, qui occupent désormais une place de choix dans ses interventions. À l’occasion de cette assemblée générale, Dr Terrance Drew, Premier ministre de la Fédération de Saint-Kitts-et-Nevis, a exprimé sa reconnaissance envers la banque, qui a accueilli les pays caribéens et les accompagne dans leurs actions de développement. À travers ces initiatives, Afreximbank se positionne comme un maillon fort de l’union entre l’Afrique et les Caraïbes, considérées comme la sixième région du continent.
Kashim Shettima, vice-président de la République fédérale du Nigeria, représenté par son conseiller spécial aux affaires économiques, a, dans son discours d’ouverture, présenté les projets structurants d’Afreximbank au Nigeria. Il a notamment cité le Centre africain de commerce, le Centre médical d’excellence africain, ainsi que plusieurs investissements dans différents États du pays. Il a aussi évoqué les facilités accordées par la banque, qui ont permis de renforcer la liquidité et les réserves du Nigeria. Pour toutes ces actions, Afreximbank mérite, selon lui, d’être protégée et de voir son capital renforcé par de nouvelles injections.
La cérémonie d’ouverture a également été le cadre de présentation du rapport 2025 d’Afreximbank sur le commerce africain (ATR), intitulé « Le commerce africain dans une architecture financière mondiale en mutation », ainsi que des « Perspectives du commerce et de l’économie africains » (ATEO) 2025. La quintessence du rapport a été présentée par Dr Yemi Kale, économiste en chef du groupe Afreximbank. D’entrée de jeu, il a précisé que ces publications ne sont pas de simples compilations statistiques.

Selon le rapport 2025 sur le commerce africain, le PIB du continent a progressé de 3,3 % en 2024, un taux inférieur à la moyenne d’avant la COVID (5 %), mais meilleur que prévu.
Le commerce de marchandises a rebondi de 13,9 %, atteignant 1 500 milliards de dollars US : dont les exportations se chiffrent à 758 milliards de dollars US en croissance de +21 % et les importations à 769 milliards FCFA en augmentation de 7,6%.

Le commerce intra-africain a augmenté de 12,4 %, atteignant 220,3 milliards de dollars US, inversant ainsi la baisse de 5,9 % enregistrée en 2023. Toutefois, seuls 14,4 % du commerce formel sont intra-africains, ce qui souligne l’urgence d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui constitue une opportunité unique de transformation structurelle par le développement d’une base industrielle solide.
Drissa Ouattara, Abuja (Nigeria)


