Le Groupe de la Banque africaine de développement a organisé, le lundi 4 mai 2026, une session stratégique de haut niveau dans le cadre de sa série de dialogues politiques. Placée sous le thème « La société civile, les philanthropies et la diaspora comme accélérateurs stratégiques de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) », cette rencontre s’inscrit dans la dynamique de transformation du financement du développement sur le continent. Elle a réuni des représentants de la haute direction de la Banque, des leaders de la société civile, des acteurs de la diaspora, des organisations philanthropiques ainsi que des partenaires internationaux.
Organisée par la Division de la société civile et de l’engagement communautaire du Groupe de la Banque, cette session visait à approfondir les modalités d’opérationnalisation de la NAFAD. Ce cadre stratégique ambitionne de réorganiser la mobilisation, la coordination et l’allocation des ressources financières en Afrique afin de mieux répondre aux besoins de développement du continent.
La rencontre intervient dans un contexte marqué par un fort contraste. D’un côté, l’Afrique dispose d’environ 4 000 milliards de dollars d’épargne domestique. De l’autre, le continent fait face à un déficit annuel de financement de son développement estimé à plus de 400 milliards de dollars. Ce déséquilibre met en évidence les limites des mécanismes actuels de financement et la nécessité de repenser en profondeur l’architecture financière existante.
Pour la Banque africaine de développement, cette situation ne peut être résolue uniquement par des réformes techniques ou institutionnelles. Elle nécessite également une implication plus forte des acteurs non traditionnels du financement du développement, notamment la société civile, la diaspora et les organisations philanthropiques, dont les ressources et l’expertise restent encore insuffisamment mobilisées.
La NAFAD se présente ainsi comme une réponse systémique visant à mieux structurer les flux de capitaux sur le continent. L’objectif est de créer un cadre plus cohérent, capable de relier les niveaux national, régional et continental afin de renforcer l’efficacité des investissements et leur impact sur les populations.

Pour Zéneb Touré, Responsable de division de la société civile et de l’engagement communautaire de la Banque africaine de développement, cette nouvelle approche repose sur une transformation en profondeur de la mobilisation des ressources, mais aussi sur une meilleure coordination des flux de capitaux, avec un accent particulier sur l’inclusion, la redevabilité et l’innovation.
Dans la même dynamique, Didier Acouetey, président de séance et fondateur du cabinet AfricSearch Group, a affirmé que le principal défi ne réside pas dans l’absence de ressources, mais dans leur fragmentation et leur faible coordination.
Le continent dispose en effet de multiples sources de financement telles que l’épargne domestique, les flux de la diaspora, les financements institutionnels et philanthropiques, qui restent encore dispersés et insuffisamment alignés sur les priorités de développement. Cette situation réduit leur efficacité et limite leur impact.

La NAFAD ambitionne ainsi de passer d’une logique de flux financiers isolés à celle d’écosystèmes intégrés de financement. Cette évolution suppose une meilleure articulation des sources de capitaux et une redéfinition du rôle des acteurs, appelés à devenir des co-investisseurs du développement plutôt que de simples contributeurs.
Trois principes structurent cette transformation : la confiance, l’inclusion et l’impact. « Sans confiance, les investissements peinent à se consolider. Sans inclusion, les dispositifs manquent de légitimité. Et sans impact mesurable, les efforts perdent leur pertinence », a-t-il fait savoir.
De son côté, la présidente de ONE Campaign, Didi Okonkwo Mwenemi, a souligné que les ambitions africaines se heurtent encore à des systèmes de financement insuffisamment adaptés. Le défi ne tient pas à l’absence de capital, mais à sa structuration et à sa mobilisation. Elle a également insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre institutions africaines et d’améliorer la perception du risque associé à l’Afrique.
La directrice du département Genre, Femmes et Société civile de la Banque africaine de développement, Jemimah Njuki, a, pour sa part, exhorté à passer d’une logique de bénéficiaires à une logique de co-investisseurs du développement. Dans cette vision, la société civile, la diaspora et les acteurs philanthropiques deviennent des acteurs centraux de la transformation.
La NAFAD apparaît ainsi comme une réponse structurée à un paradoxe persistant : « un continent riche en ressources, mais encore confronté à des contraintes importantes de financement et de transformation économique ». Cette session stratégique ouvre donc la voie à une approche plus intégrée et plus opérationnelle du développement en Afrique.
Par Bernadette W. Gansonré


