NAFAD : « L’Afrique doit inventer sa propre architecture financière », Maître Fatoumata Sidibé Diarra du Think Tank Manssah

Au cours d’une session stratégique de haut niveau inscrite dans la série de dialogues politiques du Groupe de la Banque africaine de développement, placée sous le thème « La société civile, les philanthropies et la diaspora comme accélérateurs stratégiques de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) », organisée ce lundi 4 mai 2026, l’avocate Fatoumata Sidibé Diarra a livré la conférence inaugurale en partageant sa vision des enjeux d’architecture financière et de transformation du continent.

Dans son intervention, l’avocate Fatoumata Sidibé Diarra a inscrit sa réflexion dans un contexte de profondes mutations des règles financières internationales et de transformation des économies africaines. Ce moment est, selon elle, décisif pour le continent, qui évolue dans un environnement où les modèles de financement sont en pleine recomposition et où les États sont appelés à repenser leurs trajectoires de développement.

Le constat qu’elle dresse est celui d’un continent à fort potentiel, mais encore confronté à une difficulté structurelle majeure : la transformation de ses ressources en prospérité réelle et partagée. L’Afrique dispose de richesses importantes, mais peine à les convertir en croissance inclusive et durable. Pour l’avocate, le problème central ne réside donc pas dans l’absence de moyens, mais dans leur organisation, leur orientation et leur efficacité.

À ce déséquilibre s’ajoute un système financier africain encore fragmenté. Il reste marqué par la coexistence de plusieurs zones monétaires, une faible mobilisation de l’épargne interne, des marchés financiers peu profonds et une dépendance persistante aux financements extérieurs. Les fragilités de gouvernance et les limites en matière d’inclusion financière accentuent encore ces contraintes, réduisant la capacité du système à répondre aux besoins des populations.

Face à ce diagnostic, Fatoumata Sidibé Diarra plaide pour une rupture. Elle estime nécessaire de construire une architecture financière africaine propre, pensée à partir des réalités du continent et non calquée sur des modèles extérieurs. L’Afrique, selon sa vision, n’a plus vocation à être simplement accompagnée dans son développement, mais à devenir pleinement actrice de sa transformation économique et sociale.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), présentée comme un cadre structurant destiné à réorganiser la mobilisation et l’allocation des ressources financières du continent. Elle est envisagée comme une feuille de route commune permettant de dépasser les approches dispersées et de renforcer la cohérence des politiques financières africaines.

Cette nouvelle architecture vise également à améliorer l’efficacité de l’investissement en orientant les capitaux vers les secteurs prioritaires de transformation économique. Elle ambitionne, en parallèle, de réduire le coût du capital pour les économies africaines, tout en intégrant des priorités sociales majeures telles que la création d’emplois, l’entrepreneuriat des jeunes et l’autonomisation des femmes.

Dans cette dynamique, l’avocate insiste sur la nécessité d’une mobilisation collective. La transformation du système financier africain ne peut réussir sans l’implication de l’ensemble des acteurs. La société civile, la diaspora et les acteurs philanthropiques occupent, à ce titre, une place majeure dans sa réflexion.

Ces acteurs participent déjà activement au financement des économies africaines, notamment à travers les transferts de la diaspora et diverses formes de solidarité. Toutefois, ces contributions restent encore peu structurées et insuffisamment intégrées dans les dispositifs institutionnels. Pour elle, l’enjeu consiste à mettre en place des mécanismes plus transparents et crédibles, capables d’orienter ces flux vers des investissements productifs.

Elle insiste également sur la nécessité de renforcer l’appropriation citoyenne de cette architecture financière. Une réforme de cette ampleur ne peut être efficace que si elle est comprise, portée et suivie par les populations elles-mêmes. Dans cette logique, la société civile doit jouer un rôle accru dans le débat public, la transparence et le contrôle de l’action publique.

La mobilisation des ressources internes occupe aussi une place importante dans son intervention. L’Afrique dispose de capacités financières importantes, mais celles-ci restent sous-exploitées en raison de limites institutionnelles et structurelles. L’amélioration de la gouvernance, la mise en place d’outils financiers adaptés et une meilleure évaluation de l’impact des investissements apparaissent comme des conditions essentielles pour libérer ce potentiel.

Elle appelle à des résultats concrets. La NAFAD doit permettre de produire des effets visibles dans des secteurs clés comme la santé, l’éducation, l’énergie ou encore l’emploi. Pour elle, il faut traduire les ressources disponibles en améliorations tangibles des conditions de vie des populations africaines.

Dans sa vision, la nouvelle architecture financière doit ainsi passer d’un cadre conceptuel à un espace de production de solutions. Elle doit déboucher sur des feuilles de route opérationnelles, déployées aux niveaux national et régional, avec des mécanismes de suivi clairs et mesurables.

Chaque acteur est appelé à assumer sa part de responsabilité dans ce processus, qu’il soit institutionnel, privé ou citoyen. La transformation ne peut être effective que si elle repose sur une dynamique collective structurée et cohérente.

En conclusion, la NAFAD est présentée comme une opportunité majeure de transformation pour le continent. À travers cette nouvelle approche, l’enjeu est de transformer un potentiel encore largement sous-exploité en dynamique économique tangible, au service des populations. Pour l’avocate, cette trajectoire ne pourra aboutir que si elle repose sur une mobilisation effective de tous les acteurs et sur une gouvernance capable de garantir confiance, inclusion et résultats concrets.

Par Leila Toé

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