Au Burkina Faso, des milliers de commerçants, de prestataires de services et de jeunes entrepreneurs s’efforcent chaque jour de faire prospérer leurs activités pour en faire de véritables sources de revenus. Du Projet ZACA au marché de Saaba, en passant par Kamssonghin, ces acteurs économiques évoluent dans une économie encore largement dominée par le secteur informel, où l’accès au financement reste limité et constitue l’un des principaux freins à la croissance. Dans un environnement caractérisé par la faiblesse des ressources et le manque de garanties, l’accès au crédit s’impose comme un outil déterminant pour favoriser l’inclusion financière et soutenir le développement des activités économiques.
C’est dans ce contexte qu’intervient Africred sur le marché de la microfinance, qui comptait 120 institutions actives à fin 2025 selon la Direction en charge de la surveillance des systèmes financiers décentralisés. L’institution met en avant le rôle du crédit ciblé comme outil stratégique de transformation économique. À travers des financements accessibles et adaptés, allant de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions de FCFA, elle permet à des acteurs économiques de financer leur fonds de roulement, d’acquérir du matériel, de structurer leurs activités ou encore d’élargir leur clientèle.
Notre rédaction est allée à la rencontre de certains de ces bénéficiaires. À travers leurs témoignages, ils reviennent sur leurs parcours et les opportunités saisies grâce à cet accompagnement financier qu’ils jugent flexible et déterminant. Selon eux, celui-ci contribue progressivement à faire évoluer des activités de subsistance vers des unités économiques plus structurées et durables.
Des financements à impact qui transforment la vie des bénéficiaires et de leurs familles
Lundi 13 avril 2026, en plein centre-ville de Ouagadougou, précisément au Projet ZACA. En cette matinée ensoleillée, à notre arrivée, une voix retentit : « Madame, je veux une sucrerie et un sachet d’eau ! ». Un client vient d’interpeller la commerçante.
Notre interlocutrice du jour, Bintou Tassembedo/Belem, vendeuse d’articles divers, de boissons et d’eau à Oscar Yaar, s’empresse de servir le client avant de lui rendre sa monnaie.
« Bonne arrivée », nous lance-t-elle chaleureusement.
Aujourd’hui, si son activité a atteint ce niveau, elle affirme le devoir en grande partie à l’accompagnement de la microfinance Africred.
« Nous avons bénéficié de trois prêts auprès d’Africred. Le premier était de 100 000 FCFA et nous l’avons remboursé en six mois. Le deuxième s’élevait à 200 000 FCFA, que nous avons pu solder en moins d’un an. Le troisième est de 400 000 FCFA et nous sommes toujours en train de le rembourser », explique-t-elle.
Bintou Tassembedo fait savoir que la collaboration avec la structure s’est toujours bien déroulée. « Nous n’avons jamais eu de problème avec eux. Ils nous accompagnent vraiment », souligne-t-elle.
Les financements obtenus lui ont permis d’agrandir son commerce grâce à l’achat de nouvelles marchandises. Les deux premiers crédits avaient été accordés sur la base de collectes « Coris d’Or » qu’elle effectuait régulièrement auprès de l’institution. En revanche, pour le troisième prêt, son engin a servi de garantie.
« Comme le montant de cette collecte était plafonné à 250 000 FCFA, il fallait une garantie pour le troisième prêt. C’est pourquoi nous avons utilisé notre moto », précise-t-elle.

Convaincue par son expérience, Bintou recommande Africred à d’autres commerçants. « Nous conseillons aux autres de venir à Africred parce que la structure n’est pas compliquée. En plus, le délai de traitement est rapide », conclut-elle.
L’époux de la commerçante, Piiga Tassembedo, abonde dans le même sens et se montre tout aussi satisfait de l’accompagnement dont bénéficie son épouse auprès d’Africred. Témoin de l’évolution progressive de son activité commerciale, il estime que les différents crédits obtenus ont joué un rôle déterminant dans l’extension du commerce de cette dernière, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie du ménage.
Pour lui, l’expérience vécue par son épouse illustre la pertinence du dispositif de financement mis en place par l’institution, notamment à travers l’initiative « Coris d’Or », qu’il considère comme un mécanisme innovant et adapté aux réalités des petits commerçants. Il salue une approche qu’il juge accessible et flexible.
Contrairement à certaines idées reçues sur les systèmes de crédit, Piiga Tassembedo affirme que ce dispositif ne constitue ni une charge supplémentaire ni une pression pour les bénéficiaires. Au contraire, il permet d’organiser les remboursements de manière progressive et maîtrisée, sans déséquilibrer les activités génératrices de revenus.
« Cela ne fatigue pas du tout le client. Grâce à cela, les règlements se font sans souci », souligne-t-il.

Il encourage ainsi Africred à poursuivre et à renforcer cette dynamique, estimant qu’elle contribue à structurer davantage le secteur informel tout en favorisant l’autonomisation économique des ménages.
À Saaba (commune rurale de la province du Kadiogo) , Abdoulaye Congo est connu comme le tout premier client d’Africred dans cette commune. Commerçant spécialisé dans la vente de matériel de quincaillerie, il revient avec satisfaction sur l’accompagnement financier dont il a bénéficié et qui lui a permis de donner une nouvelle dimension à ses activités.
Exerçant depuis plusieurs années dans le commerce, Abdoulaye Congo nourrissait l’ambition d’étendre son activité afin de répondre à une clientèle de plus en plus importante. Mais comme beaucoup de petits entrepreneurs, l’accès au financement représentait un véritable défi. C’est dans ce contexte qu’il s’est tourné vers Africred.
« J’ai bénéficié d’un prêt de 800 000 FCFA de la part d’Africred. Ce qui m’a marqué, c’est surtout la rapidité dans le traitement du dossier. En moins d’une semaine, tout était déjà finalisé », raconte-t-il.
Grâce à cette somme, le commerçant a pu concrétiser son projet d’expansion en ouvrant une seconde quincaillerie à Ziniaré, localité située à 35 km au nord-est de Ouagadougou. Un investissement qui lui permet aujourd’hui de diversifier sa clientèle et d’augmenter progressivement ses revenus.

Pour obtenir ce financement, Abdoulaye Congo a utilisé la carte grise de sa moto comme garantie, une procédure qu’il juge accessible et moins complexe que dans plusieurs structures de financement classiques. « Chaque mois, je rembourse un peu plus de 70 000 FCFA. Jusqu’à présent, tout se passe bien », explique-t-il avec assurance.
Abdoulaye Congo estime que les crédits peuvent constituer une véritable opportunité pour les commerçants et les jeunes entrepreneurs, à condition d’être bien préparés. Selon lui, il est essentiel d’avoir un projet clair et rentable avant de solliciter un financement.
« Je conseille aux autres de ne pas prendre un prêt sans réflexion. Il faut d’abord avoir un projet sérieux et savoir comment l’argent sera utilisé. Et surtout, il faut être honnête et rigoureux dans le remboursement », insiste-t-il.
Préfinancement pour l’exécution de marché : un instrument efficace de préservation de la trésorerie des entreprises
Kamssonghin, au secteur 2 de Ouagadougou, l’entreprise Service d’Ingénierie Électrique et d’Équipement s’est progressivement imposée dans plusieurs domaines techniques, notamment l’électricité, l’énergie solaire et les équipements agricoles. À la tête de cette structure se trouve Issiaka Tiendrebeogo, ingénieur électricien de formation. Il revient sur son parcours entrepreneurial et sur l’appui reçu de la part d’Africred dans le développement de ses activités.
« Nous intervenons dans plusieurs secteurs : l’électricité, le courant fort, le courant faible, la climatisation, les groupes électrogènes, mais aussi l’énergie solaire avec l’installation et la vente de panneaux solaires », explique-t-il.
L’entreprise commercialise également des équipements agroalimentaires et agricoles, notamment des moulins, des équipements de transformation, des motoculteurs, des batteuses et des tracteurs.
Depuis plusieurs années, l’entreprise collabore avec Africred. D’après les dires d’Issiaka Tiendrebeogo, cette relation a véritablement commencé en 2023, lorsqu’il a bénéficié d’un premier financement pour l’exécution d’un marché.
« Je fais partie des premiers clients qui ont reçu un crédit d’Africred pour exécuter un marché. Le premier contrat représentait environ 4,5 millions de FCFA et Africred m’a accompagné à hauteur de 3,5 millions de FCFA », raconte-t-il.
Grâce à ce soutien financier, l’entreprise a pu réaliser le marché dans les délais et rembourser le prêt sans difficulté. Une première expérience réussie qui a ouvert la voie à une collaboration durable.
« Depuis ce premier accompagnement, Africred m’a beaucoup soutenu dans l’exécution des différents marchés que j’ai obtenus. Aujourd’hui, je pense être à mon 14e ou 15e accompagnement », confie-t-il.
Pour le chef d’entreprise, ces financements ont eu un impact considérable sur la croissance de sa société. Ils ont notamment permis de renforcer les capacités d’approvisionnement de l’entreprise et d’améliorer son stock de matériel.
« Les bénéfices réalisés nous servent souvent à commander des équipements en Chine, notamment des panneaux solaires, des équipements agroalimentaires et d’autres matériels techniques », explique-t-il.

Au fil des années, le volume des financements obtenus a considérablement augmenté. « Depuis l’ouverture de mon compte jusqu’à aujourd’hui, je pense avoir bénéficié d’environ 35 millions de FCFA de crédits cumulés », précise-t-il.
Dans les premiers temps de la collaboration, aucun bien n’était exigé comme garantie pour certains montants.
« À l’époque, nous pouvions obtenir entre 2 et 5 millions de FCFA sans garantie. Pour mon premier crédit de 3,5 millions de FCFA, je n’avais donc présenté aucune garantie », se souvient-il.
Issiaka Tiendrebeogo estime que cet accompagnement a également eu des retombées positives sur sa vie familiale.
« Nous travaillons aussi pour améliorer les conditions de vie de nos familles. Quand l’entreprise évolue, cela a forcément un impact positif sur le quotidien », souligne-t-il.
Satisfait de cette expérience, l’entrepreneur affirme avoir recommandé Africred à plusieurs de ses connaissances.
« J’ai orienté d’autres entrepreneurs vers la structure. Certains sont venus ouvrir des comptes et ont eux aussi bénéficié d’accompagnements », affirme-t-il.
Africred, un acteur majeur de la finance inclusive au Burkina Faso
Filiale de Fidelis Finance, Africred a été officiellement lancée en juillet 2023 et s’impose progressivement comme un acteur de référence dans le financement de l’économie réelle. Africred dont les valeurs se résument à la Solidarité, l’Engagement, la Responsabilité, l’Intégrité et l’Equité (SEREINE), accompagne aussi bien les commerçants, les artisans, les transformateurs, les producteurs agricoles, les prestataires de services que les très petites et moyennes entreprises (TPME), avec l’ambition de rapprocher les services financiers des populations souvent exclues du système bancaire classique.
Présente aujourd’hui à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, Africred développe progressivement un réseau de proximité afin de mieux répondre aux besoins des acteurs économiques locaux. Selon son Directeur général, Samuel Kaboré, la structure fonde son action sur trois principaux piliers : faciliter l’accès au financement productif, sécuriser l’épargne des populations et accompagner les clients dans le développement de leurs activités.
Pour l’institution, soutenir l’économie réelle signifie financer des activités concrètes et directement productives. « Chaque crédit doit être adossé à un projet réel », explique le directeur général, qu’il s’agisse de financer un fonds de roulement, l’acquisition d’un équipement ou encore l’extension d’une activité.
Afin de répondre à ces différents besoins, Africred a structuré une gamme diversifiée de produits financiers. L’institution propose notamment des crédits individuels destinés aux commerçants, artisans, transporteurs et prestataires de services. Elle développe également des crédits de groupe à travers les « AfriTeltaaba », des regroupements de femmes exerçant des activités génératrices de revenus.

La structure mise aussi sur l’épargne avec plusieurs produits spécifiques, dont « Fam’Action », dédié aux femmes, et « JeuneLeader », destiné aux jeunes. Des financements adaptés aux secteurs agricoles et aux activités saisonnières complètent l’offre afin de tenir compte des réalités économiques des bénéficiaires.
Samuel Kaboré affirme qu’Africred se distingue par des solutions innovantes inspirées de l’expertise de Fidelis Finance. L’institution a notamment adapté le leasing sous forme de microleasing afin de permettre aux petits entrepreneurs d’acquérir des équipements productifs. Elle propose également des solutions d’affacturage pour faciliter l’encaissement anticipé des factures des petites structures.
Approche de financement, critères d’octroi et accompagnement des bénéficiaires
L’identification des bénéficiaires repose sur une approche de proximité. Alexia Ouédraogo, Responsable crédit d’Africred, explique que les équipes de l’institution mènent des actions de terrain.
Concernant les critères d’octroi de crédit, ils reposent sur plusieurs éléments essentiels, notamment la rentabilité de l’activité, la capacité de remboursement, l’expérience du promoteur, la stabilité des revenus ainsi que la moralité et la crédibilité du demandeur.
« L’analyse porte notamment sur la viabilité des activités, la régularité des flux financiers et la capacité de remboursement des promoteurs », indique-t-elle.
Les garanties disponibles et l’historique financier sont également pris en compte, en complément des évaluations réalisées sur le terrain.
La responsable crédit assure qu’AfriCred met un accent particulier sur l’accompagnement des bénéficiaires. « Celui-ci se traduit par des suivis réguliers, des visites de terrain, des conseils en gestion, des actions d’éducation financière et un appui à la structuration des activités financées », énumère-t-elle.

Cette approche vise à renforcer la viabilité des projets et à réduire les risques d’échec. L’institution encourage par ailleurs les entrepreneurs à faire preuve de discipline, de rigueur et de transparence dans la gestion de leurs activités, rappelant que le financement constitue un levier important, mais que la réussite repose avant tout sur une bonne gouvernance des projets.
Cependant, malgré le fort potentiel du secteur et la volonté de l’institution, le financement des petites et moyennes entreprises demeure confronté à plusieurs défis, notamment l’insuffisance de garanties formelles et les difficultés de gestion financière. « Pour y faire face, AfriCred adapte ses méthodes d’analyse et de suivi afin de concilier accessibilité au crédit et maîtrise des risques », souligne Alexia Ouédraogo.
Des résultats concrets sur le terrain
Les mécanismes mis en place par Africred ont déjà produit des effets visibles sur le terrain. Au-delà des exemples cités plus haut, la direction soutient que plusieurs bénéficiaires ont pu renforcer leurs activités, augmenter leurs stocks, moderniser leurs équipements ou encore formaliser progressivement leurs entreprises.
« Nous voyons des commerçants passer d’une simple table de marché à une boutique formelle, des artisans acquérir des machines plus performantes ou encore de petits entrepreneurs améliorer leur trésorerie grâce à l’affacturage », souligne le directeur général.
L’institution estime également contribuer à l’inclusion financière en ciblant des populations traditionnellement éloignées des circuits bancaires classiques, notamment les femmes entrepreneures, les jeunes et les petits commerçants du secteur informel. Les groupes AfriTeltaaba occupent d’ailleurs une place importante dans cette stratégie.
En parallèle, Africred travaille avec plusieurs partenaires institutionnels, dont l’Agence Nationale de Promotion de la Finance Inclusive (ANPFI), afin de renforcer les dispositifs de financement inclusif et d’étendre l’accès aux services financiers.
À entendre le directeur général, les institutions de microfinance jouent également un rôle essentiel dans la création d’emplois.
« Lorsqu’une microentreprise se développe grâce à un crédit, elle peut recruter, stabiliser des emplois ou créer de nouvelles opportunités d’auto-emploi », renchérit-il.
Du côté de la Responsable crédit, parmi les projets financés, celui d’un groupe de femmes évoluant dans le secteur du textile retient particulièrement son attention.
« Grâce à un financement destiné à l’achat de matières premières et d’équipements de tissage, ces entrepreneures ont pu accroître leur capacité de production, améliorer la qualité de leurs pagnes traditionnels et développer leur chiffre d’affaires », affirme-t-elle.
Leur activité s’est également structurée autour de la création d’emplois et de nouveaux débouchés commerciaux.
Forte de ses résultats, Africred anticipe, à moyen terme, une évolution du secteur marquée par une professionnalisation accrue, une digitalisation renforcée des services financiers et une orientation encore plus affirmée vers le financement de l’économie réelle. L’institution ambitionne ainsi de renforcer sa présence et son impact dans les principales zones économiques du pays.
Par Bernadette W. Gansonré
Le terme « Coris d’Or » est souvent utilisé pour désigner un système d’épargne simple. Il s’agit, en pratique, d’une collecte régulière d’un montant fixe que l’institution financière opère auprès du client. Les collectes peuvent être effectués quotidiennement, hebdomadairement ou mensuellement selon les capacités du client.
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