lundi 15 décembre 2025

Perception de risque élevée, manque d’organisation, absence d’éducation financière : ces obstacles qui freinent l’accès des petits producteurs au financement

À l’occasion de la 5ᵉ journée de l’inclusion financière, tenue ce mardi 04 novembre 2025, un panel a mis en lumière les défis du financement du secteur agricole. À travers le thème « État des lieux des instruments de financement existants », ce rendez-vous d’échanges a permis aux panélistes de présenter des impacts mitigés de ces mécanismes. Modéré par Moussa Tassembedo, consultant et spécialiste en éducation financière, le panel a regroupé deux experts de taille : Lassina Sanou, banquier et représentant-pays de l’ONG CORDAID au Burkina et le consultant Bamiki Soulama.

Dans sa communication, Bamiki Soulama a d’abord défini le terme “mécanisme financier’’ comme étant « l’ensemble des mesures, de politiques ou d’institutions disponibles en vue de faciliter l’accès des populations. Cependant, dit-il, plusieurs obstacles freinent cet accès au financement provenant aussi bien de la demande que de l’offre. Il s’agit entre autres du manque d’organisation et de structuration du secteur agricole, les taux d’intérêts élevés, l’absence de garantie, manque d’éducation financière. « (…) Lorsque nous avons échangé avec les acteurs de la demande, ces derniers avouent ne pas savoir gérer les ressources qui leur sont allouées » a ajouté M. Soulama.

Du côté des institutions financières, la perception de risque élevée sur le secteur agricole, le manque de produits financiers adaptés, la méconnaissance du secteur constituent l’essentiel des obstacles au financement accordé au secteur qui occupe, tout de même, une part importante de la population burkinabè. « Au niveau de l’offre, l’un des éléments importants concerne l’absence d’expertise et le suivi. (…) Il y a des acteurs de crédits qui financent des activités qu’ils ne maitrisent pas. Ils ne sont pas le plus souvent outillés sur les spéculations financées » a-t-il précisé, soulignant l’importance du suivi post-financement.

Toutefois, a relevé le communicant, des mécanismes existent, bien qu’insuffisants, au profit du secteur agricole au Burkina Faso. Au niveau de l’Etat, les différents fonds nationaux (FONAFI, Fonds Kuna Wili, etc.) ainsi que plusieurs institutions facilitent l’accès des populations au financement. L’Etat est également accompagné par les Organisations non gouvernementales (ONG) à travers des mécanismes de fonds de garantie, des lignes de crédits, les mécanismes alternatifs de financement comme les associations villageoises d’épargne, qui permettent aux populations, même dans les zones les plus reculées d’accéder à des crédits. Enfin, le communicant a mis en lumière la contribution des institutions financières dans cet élan d’accompagnement du secteur agricole à travers des produits financiers et assurantiels élaborés à cet effet. Ces mécanismes, bien qu’ils suscitent de l’espoir dans sa conception théorique, n’ont pas produit les effets escomptés. Des fonds de garantie aux lignes de crédits ainsi qu’aux mécanismes alternatifs, les résultats restent mitigés.

Dans cette lancée, le représentant pays de l’ONG CORDAID a présenté des résultats mitigés de la mise en œuvre des mécanismes de financement au profit des organisations paysannes. « La majorité du top cible, notamment les petits producteurs, n’ont pas accès au financement » a-t-il déclaré d’entrée de jeu, rappelant que la majorité de cette catégorie vie en zones rurales.

Bien que le secteur agricole soit risqué, M. Sanou a fait savoir qu’il n’y a pas eu une réelle volonté de la part des institutions financières de travailler à dresser les vraies problématiques. « Les établissements de crédits considèrent que le secteur agricole est risqué parce qu’il n’y a pas de garantie » a fustigé Lassina Sanou, rappelant aussi l’inadaptation des produits financiers avec le secteur agricole.

C’est pourquoi l’ONG a travaillé à mettre en place des produits financiers spécifiques adaptés aux besoins des producteurs. « En faisant cela, on réduit énormément le risque parce que le conseiller qui analyse le produit comprend déjà l’activité » a-t-il expliqué, notant que ce travail a abouti à la mise en place d’outils de suivi des producteurs. Cela, à ses dires, permet de connaitre les spéculations financées avec à la clé un document sur le niveau de production à l’hectare ou plus. « Vous pouvez savoir exactement si les choses se passent bien et ce que le producteur gagne en termes de revenus, et s’il y a un crédit qui lui est accordé, est-ce qu’il serait en mesure de rembourser » a-t-il témoigné.

Par Léon Yougbaré

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