Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu un accord au niveau des services sur un nouveau programme de financement triennal d’un montant de 2,2 milliards de dollars. L’accord constitue une avancée majeure dans les discussions engagées entre Dakar et l’institution de Bretton Woods, mais reste soumis à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du FMI.
Le nouveau programme intervient après plusieurs mois de négociations, dans un contexte marqué par la découverte d’importants montants de dette qui n’avaient pas été correctement déclarés sous la précédente administration sénégalaise. Cette situation avait conduit le FMI à suspendre son précédent programme de financement de 1,8 milliard de dollars et à engager des discussions avec les nouvelles autorités pour définir un nouveau cadre de soutien.
L’accord conclu au niveau des services du Fonds prévoit une contrepartie majeure pour Dakar : le Sénégal devra engager un processus de traitement de sa dette afin de rétablir sa viabilité financière. Le ministère sénégalais de l’Économie et des Finances a confirmé que le gouvernement avait accepté de restructurer sa dette dans le cadre d’un « cadre commun renforcé », présenté comme une réponse tenant compte de la composition particulière de la dette du pays.
La question de l’endettement est devenue centrale dans les relations entre Dakar et le FMI depuis la révélation d’importantes obligations financières jusque-là mal comptabilisées. Selon les données du Fonds, la dette publique sénégalaise représentait 132 % du produit intérieur brut (PIB) à fin 2024. Le FMI estime par ailleurs à plus de 11 milliards de dollars le montant des engagements qui avaient été mal déclarés sur la base des données disponibles à fin 2023. Certaines estimations avancent un montant pouvant atteindre près de 13 milliards de dollars.
Cette révision a profondément modifié la situation budgétaire du Sénégal et compliqué l’accès du pays aux financements internationaux. Elle a également contraint les autorités à revoir leur stratégie de gestion de la dette et à rechercher un nouvel équilibre entre financement extérieur, ajustement budgétaire et restructuration des engagements existants.
Dans le cadre du nouvel accord, le gouvernement sénégalais a annoncé son intention de rechercher un traitement de sa dette. Pour le FMI, cette démarche doit contribuer à restaurer la soutenabilité de l’endettement et à réduire les vulnérabilités qui pèsent sur les finances publiques.
Le Fonds demande également aux autorités sénégalaises de prendre des « mesures correctives décisives » afin de répondre aux conséquences de la mauvaise déclaration antérieure de certaines données sur la dette. L’objectif est notamment de renforcer la transparence budgétaire, la fiabilité des statistiques publiques et la crédibilité de la politique financière du pays.
Avec ce nouveau programme, le FMI ne se limite donc pas à apporter des ressources financières supplémentaires au Sénégal. Le dispositif proposé associe le soutien financier à un important effort d’assainissement des finances publiques et à des mesures destinées à restaurer la viabilité de la dette. Le traitement de la dette devient ainsi l’un des principaux piliers du nouveau cadre de coopération entre Dakar et le Fonds.
Pour les investisseurs et les créanciers du Sénégal, l’accord pourrait contribuer à améliorer la visibilité sur la trajectoire financière du pays et sur les modalités envisagées pour faire face à son endettement. Toutefois, plusieurs étapes restent à franchir avant la mise en œuvre effective du programme, notamment l’approbation formelle par la direction et le conseil d’administration du FMI ainsi que la poursuite des discussions relatives au traitement de la dette.
Par Drissa Ouattara


