La collecte de fonds consacrée au crédit privé dans les marchés émergents et en développement a plus que doublé au premier semestre 2026, signe d’un intérêt croissant des investisseurs institutionnels pour cette classe d’actifs malgré les incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale.
Selon les données de la Global Private Capital Association (GPCA), les fonds de crédit privé ciblant les marchés émergents ont levé 8,7 milliards de dollars entre janvier et juin 2026, contre 3,6 milliards de dollars sur la même période en 2025. En six mois, la collecte représente ainsi près de 80 % des 11 milliards de dollars mobilisés sur l’ensemble de l’année 2025.
Cette progression montre notamment l’appétit des investisseurs institutionnels pour des stratégies de financement direct des entreprises et des projets dans les économies à forte croissance. Les fonds de pension, compagnies d’assurance, institutions de financement du développement, fonds souverains et sociétés d’investissement privées figurent désormais parmi les principaux apporteurs de capitaux.
Pour Jeff Schlapinski, directeur général de la recherche à la GPCA, la demande pourrait rester soutenue, notamment pour les stratégies concentrées sur les marchés asiatiques à forte croissance. Cette dynamique intervient alors que les investisseurs cherchent à diversifier leurs portefeuilles au-delà des marchés développés et à identifier de nouvelles sources de rendement.
La hausse des capitaux levés ne s’est toutefois pas encore traduite par une progression équivalente des opérations de financement. Au premier semestre 2026, la GPCA a recensé 215 transactions de crédit privé pour un montant total de 6,7 milliards de dollars, contre 373 transactions représentant un montant record de 22,5 milliards de dollars sur l’ensemble de 2025. Le montant est également inférieur aux 11,8 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2025.
Ce décalage entre la collecte et les investissements traduit la prudence des gestionnaires de fonds face à un environnement international plus incertain. Les risques persistants d’inflation, les tensions commerciales et les conflits géopolitiques conduisent les investisseurs et les prêteurs à renforcer leurs critères de sélection des projets et des emprunteurs.
Le crédit privé s’est développé rapidement au cours des dernières années en permettant aux fonds d’investissement de financer directement des entreprises, des infrastructures et d’autres projets qui peuvent rencontrer davantage de difficultés à accéder au crédit bancaire traditionnel. Le marché mondial du crédit privé pèserait désormais environ 3 500 milliards de dollars, selon l’Alternative Investment Management Association, mais moins de 10 % de ces capitaux sont actuellement déployés dans les marchés émergents.
Cette faible proportion laisse entrevoir un potentiel important de croissance. Les économies émergentes présentent en effet des besoins considérables en matière de financement des infrastructures, de l’énergie, des télécommunications et de l’immobilier, alors que les capacités des banques traditionnelles restent parfois limitées.
L’activité de Ninety One illustre cette montée en puissance. La société d’investissement a indiqué que la valeur des transactions qu’elle a facilitées avait atteint 2,1 milliards de dollars sur les 18 mois achevés en juin 2026, soit une progression de 40 % par rapport à la période précédente. Plus d’un tiers de ses plus de 90 opérations ont concerné les infrastructures et l’immobilier, notamment les énergies renouvelables, les infrastructures numériques et les télécommunications.
L’Asie et l’Amérique latine concentrent une part importante de cette activité, avec notamment l’Inde, le Brésil et le Mexique parmi les marchés ciblés. Pour les investisseurs, ces économies offrent à la fois des besoins importants de financement et des perspectives de croissance susceptibles de soutenir le développement du crédit privé.
L’essor du financement des infrastructures entraîne également la création de nouveaux véhicules spécialisés. Ninety One prévoit ainsi de lancer d’ici la fin de 2026 un fonds de dette consacré aux infrastructures des marchés émergents, avec un objectif de collecte compris entre 500 millions et 1 milliard de dollars. Le véhicule bénéficie déjà d’engagements de la Société financière internationale, de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures et de Swedfund.
Cette implication des institutions de financement du développement pourrait jouer un rôle déterminant dans la mobilisation de capitaux privés. En participant aux premiers financements ou en apportant des garanties, ces institutions peuvent contribuer à réduire la perception du risque et à attirer davantage d’investisseurs institutionnels vers les marchés émergents.
Par Drissa Ouattara


