AAM2026 : Afreximbank veut faire du commerce intra-africain et de l’industrialisation les piliers de la souveraineté économique du continent

À quelques semaines des Assemblées annuelles 2026 de African Export-Import Bank (Afreximbank) , prévues du 21 au 24 juin à El Alamein, la banque panafricaine a donné le ton de ce qui s’annonce comme un rendez-vous stratégique pour l’avenir économique du continent. Face à la presse, le président de l’institution, Dr George Elombi, aux côtés du gouverneur de la Central Bank of Egypt, Hassan Abdalla, a défendu une vision centrée sur le commerce intra-africain, l’industrialisation et la souveraineté économique.

Pour Afreximbank, l’Afrique entre désormais dans une nouvelle étape de son intégration économique. Après plusieurs années consacrées à la mise en place d’instruments institutionnels comme la African Continental Free Trade Area, le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), le Fonds d’ajustement de la ZLECAf ou encore la Foire commerciale intra-africaine, l’enjeu consiste désormais à transformer ces plateformes en capacités industrielles concrètes, en chaînes de valeur régionales et en projets capables d’attirer des capitaux.

Dans ce contexte, Dr George Elombi estime que l’Afrique doit réduire sa dépendance aux marchés extérieurs en développant une production locale plus forte et des infrastructures commerciales capables de soutenir les échanges continentaux. Selon lui, le commerce intra-africain doit devenir le principal moteur de la croissance et de la résilience économique du continent dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.

La banque panafricaine met également en avant la solidité de ses indicateurs financiers. À la fin du premier trimestre 2026, le groupe affichait un total d’actifs et d’engagements de 49,4 milliards de dollars américains, pour des fonds propres de 8,6 milliards de dollars. Le ratio de solvabilité atteignait 23 %, tandis que le taux de prêts non performants restait limité à 2,40 %.

Afreximbank affirme par ailleurs avoir consolidé sa capacité de mobilisation de ressources sur les marchés internationaux. L’institution a notamment sécurisé une facilité syndiquée équivalente à 2 milliards de dollars américains, auprès de 31 prêteurs issus d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique. Elle a aussi procédé à des levées de fonds à travers des obligations Samurai et Panda.

Au-delà du financement classique du commerce, la banque veut désormais se positionner comme un bâtisseur de systèmes économiques africains. George Elombi a insisté sur le développement des infrastructures de paiement, des plateformes numériques de vérification, des corridors commerciaux et des capacités industrielles régionales. Pour lui, cette évolution constitue la base d’une souveraineté économique durable pour le continent.

Les Assemblées annuelles 2026 s’articuleront autour du thème : « Le commerce intra-africain comme catalyseur de l’industrialisation et de la souveraineté économique ». Trois grands axes structureront les échanges : le commerce intra-africain comme fondement de l’indépendance économique, la transformation locale des matières premières et la mobilisation des capitaux pour financer un développement durable.

Plus de 4 000 délégués sont attendus à El Alamein, parmi lesquels des chefs d’État, responsables publics, investisseurs, dirigeants d’institutions financières, représentants du secteur privé et partenaires internationaux. L’événement servira également de plateforme de mise en relation entre investisseurs et porteurs de projets à travers le Deal Room d’Afreximbank.

La banque entend notamment mettre en avant des projets liés aux infrastructures de transport et de logistique, à l’énergie, aux plateformes manufacturières et aux infrastructures numériques de commerce. Parmi les références citées figurent le soutien apporté à la Dangote Group pour sa raffinerie, la modernisation du poste frontalier de Beitbridge ainsi que le projet de Centre africain de commerce d’Afreximbank en Égypte, évalué à 250 millions de dollars américains.

Face aux turbulences géopolitiques mondiales, Afreximbank estime que l’Afrique doit renforcer rapidement ses chaînes d’approvisionnement régionales. L’institution a d’ailleurs lancé un Programme de réponse à la crise du Golfe doté de 10 milliards de dollars américains, destiné à soutenir les pays africains confrontés aux pressions sur la liquidité, les paiements et les importations critiques comme l’énergie, les engrais ou les produits alimentaires.

Sur les 12 à 24 prochains mois, les priorités de financement de la banque devraient porter sur le commerce, la sécurité énergétique, les infrastructures logistiques, l’industrie manufacturière, les services financiers numériques, les infrastructures sanitaires et la transformation des minerais stratégiques.

Afreximbank a également réaffirmé son soutien à la création d’une agence africaine de notation de crédit. L’institution estime qu’un tel outil permettrait une meilleure évaluation du risque africain en prenant davantage en compte les réalités économiques du continent, tout en contribuant à réduire les coûts liés aux perceptions jugées défavorables des marchés africains.

Enfin, la banque a souligné l’importance du partenariat développé avec l’Égypte, présenté comme un modèle de coopération entre banques centrales, gouvernements et institutions financières. Une approche qu’Afreximbank souhaite également renforcer dans la zone CEMAC, notamment à travers une collaboration accrue avec la BEAC afin de faciliter l’accès du secteur privé aux financements commerciaux et aux infrastructures de paiement régionales.

Par Drissa Ouattara

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