Selon le rapport « Perspectives économiques en Afrique 2026 » de la Banque africaine de développement, présenté en marge des Assemblées annuelles de Brazzaville, le continent navigue dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté, où les chocs s’accumulent et les marges de manœuvre se réduisent.
Selon le rapport de l’institution panafricaine, les économies africaines ont démontré une capacité de résistance notable face aux secousses répétées de l’économie mondiale. Mais cette résilience est aujourd’hui soumise à rude épreuve en raison, notamment, de la résurgence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, conjuguée à l’instabilité des politiques commerciales mondiales.
Le rapport révèle que l’un des chocs les plus immédiats provient des perturbations dans le détroit d’Ormuz, où transitent environ 13 % des importations totales de l’Afrique, principalement du pétrole et des engrais. Conséquence : le contournement de cette voie stratégique allonge les délais de transit entre l’Asie et l’Afrique de 10 à 15 jours et renchérit les coûts de fret de 20 à 40 %.
Une flambée des prix qui érode les budgets
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement, indique le rapport, ont déclenché une envolée des cours mondiaux des matières premières. Depuis le début de la crise actuelle, le prix du pétrole brut a progressé de plus de 50 % et celui de l’urée de 35 %. Pour les pays africains importateurs de pétrole, l’équation est particulièrement sévère : hausse des factures d’importation, dépréciation monétaire, inflation à la pompe et dans les transports. Au total, les monnaies d’au moins 29 pays africains se sont dépréciées sous l’effet conjugué de ces pressions.
En outre, les marchés des capitaux n’ont pas été épargnés. En effet, sur douze bourses africaines suivies par la BAD, au moins sept ont enregistré une contraction de leurs échanges. Dans le détail, l’indice Casablanca All Share a cédé 11 %, l’indice CASE 30 du Caire 8,8 %, et la Bourse de Johannesburg 6,6 % entre le 23 février et le 9 mars 2026.
Au-delà des flux commerciaux, c’est également la dynamique des investissements directs étrangers (IDE) qui est menacée. D’après le rapport, l’Afrique a reçu, en 2024, plus de 100 milliards de dollars, en grande partie en provenance des pays du Golfe.
Pour l’année 2025, le Qatar s’est engagé à investir 103 milliards de dollars sur le continent, les Émirats arabes unis ont mobilisé 4,5 milliards de dollars pour leur Initiative d’investissement vert en Afrique, et l’Arabie saoudite a intensifié son action à travers son Fonds d’investissement public. Ces flux sont essentiellement orientés vers les infrastructures, la logistique, l’énergie et l’agriculture.
Par ailleurs, le rapport de la BAD souligne que l’incertitude n’est plus un état transitoire, mais une condition structurelle. L’indice mondial d’incertitude (WUI) a atteint son pic en septembre 2025, porté par les tensions commerciales entre les grandes puissances.
L’indice d’incertitude des politiques économiques en Afrique reste élevé depuis 2022, bien en dessous de son pic de 2020 lors de la pandémie de Covid-19, mais très au-dessus de ses niveaux d’avant-crise. La BAD prévient que, sans réserves suffisantes pour amortir les chocs, la résilience africaine pourrait s’éroder progressivement, compromettant l’objectif d’une croissance soutenue de l’ordre de 7 à 10 % que le continent doit atteindre pour répondre aux besoins de sa population.
Par David Yaméogo


