À Abuja, le 2 octobre 2025, le directeur général de la Securities and Exchange Commission (SEC) du Nigeria et président de l’Association des régulateurs des valeurs mobilières d’Afrique de l’Ouest (WASRA), Dr Emomotimi Agama, a lancé un appel pressant aux pays de la région : accélérer l’intégration des marchés de capitaux pour répondre aux besoins massifs de financement du développement.
« Pour relever les défis qui se dressent devant nous, nous avons besoin de capitaux à grande échelle, et la vérité est simple : aucun marché national ne peut les fournir à lui seul », a-t-il déclaré, qualifiant ce moment de « décisif » dans l’histoire économique de l’Afrique de l’Ouest.
Les chiffres sont éloquents : le déficit de financement des infrastructures en Afrique dépasse 100 milliards de dollars par an, dont plusieurs dizaines de milliards rien que pour l’Afrique de l’Ouest. Routes, énergie, infrastructures numériques… les besoins s’accumulent, alors que la région compte plus de 400 millions d’habitants et affiche un PIB combiné d’environ 800 milliards de dollars.
Dr Agama a averti que chaque année de retard équivaut à des « occasions perdues » de financer des projets structurants. Selon lui, un marché régional intégré n’est plus un luxe, mais une nécessité.
S’appuyant sur les exemples de l’Union européenne et de l’ASEAN, il a souligné qu’une harmonisation des règles et des mécanismes financiers permettrait de stimuler la compétitivité, de renforcer la résilience et d’offrir de nouvelles opportunités aux entreprises. « Le potentiel n’est pas grand-chose sans une action décisive », a-t-il insisté.
Au-delà des infrastructures, l’intégration profiterait à des secteurs clés comme l’agriculture, l’agroalimentaire, la sécurité alimentaire ou encore l’économie numérique. Des capitaux régionaux mutualisés pourraient financer des pôles d’innovation, soutenir la fintech et étendre l’accès au haut débit, favorisant ainsi la participation de la région à la quatrième révolution industrielle. Cette dynamique, a-t-il ajouté, serait un puissant levier pour l’emploi des jeunes et la valorisation du dividende démographique.
La WASRA, créée pour harmoniser les cadres réglementaires et protéger les investisseurs, veut se poser en catalyseur de cette transformation. Mais tout dépendra, selon Dr Agama, de « la volonté politique des dirigeants de la CEDEAO », qu’il exhorte à passer de l’aspiration à l’action.
Un appel partagé par le ministre nigérian des Finances, Wale Edun, représenté à Abuja par Hassan Adamu Jibrin, qui a salué la validation de la charte de la WASRA comme une étape cruciale vers un cadre réglementaire commun, favorisant les investissements transfrontaliers et la stabilité financière. Même tonalité du côté de la Commission de la CEDEAO : son directeur par intérim du secteur privé, Peter Oluonye, a souligné que l’intégration des marchés contribuerait à réduire la dépendance vis-à-vis des capitaux extérieurs et a plaidé pour des normes communes en matière de gouvernance et de règlement.
La réunion d’Abuja marque ainsi une étape décisive dans la quête d’un marché de capitaux ouest-africain intégré, capable de financer des projets structurants, de renforcer la confiance des investisseurs et de stimuler la croissance inclusive.
Par Drissa Ouattara


