Afrique : le FMI revoit à la baisse ses perspectives de croissance pour 2026

Réunis à Washington en marge des assemblées du FMI, les gouverneurs africains et la direction du Fonds ont dressé un tableau nuancé des perspectives économiques du continent, dans un contexte mondial alourdi par les tensions géopolitiques.

La dynamique de croissance de l’Afrique devrait marquer le pas en 2026. Selon les projections présentées le mardi 14 avril 2026 à l’issue de la réunion du groupe consultatif africain tenue à Washington, le PIB réel du continent progresserait de 4,2 % cette année, contre 4,5 % enregistrés en 2025. Ce recul, bien que modeste, contrarie les anticipations antérieures, qui étaient beaucoup plus optimistes.

Cette révision à la baisse touche les deux grandes zones du continent. D’abord, l’Afrique subsaharienne verrait sa croissance passer de 4,5 % à 4,3 %. L’Afrique du Nord connaîtrait, pour sa part, un ralentissement plus prononcé, passant de 4,5 % à 4,1 %. Ces chiffres ont été rendus publics à l’issue d’une rencontre entre Seedy Keita, ministre des Finances de la Gambie et président du groupe des gouverneurs africains, et Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international.

Le conflit au Moyen-Orient pèse sur l’ensemble des projections. Sous l’hypothèse d’un retour relativement rapide à la normale, la croissance mondiale se stabiliserait à 3,1 % en 2026 et 3,2 % en 2027. Mais si les hostilités devaient se prolonger, les répercussions seraient plus sévères, notamment via la résurgence de l’inflation, les pénuries alimentaires et les tensions sociales qui en découlent ; des chocs auxquels les économies africaines, importatrices nettes pour nombre d’entre elles, se montrent particulièrement vulnérables.

À ces incertitudes géopolitiques s’ajoutent des contraintes structurelles bien connues, notamment le poids élevé du service de la dette, l’accès limité à des financements à des conditions abordables et des besoins de développement croissants. Ces facteurs, selon les prévisions, réduisent la marge de manœuvre des États, en particulier dans les pays à faible revenu et ceux fragilisés par des conflits internes.

Face à ce diagnostic, le groupe consultatif africain a esquissé une feuille de route à double horizon. À court terme, il s’agit de préserver l’ancrage des anticipations d’inflation et de protéger les populations vulnérables par des aides ciblées et limitées dans le temps.

Sur le plan budgétaire, la posture recommandée diffère selon le profil des pays : les exportateurs de pétrole sont invités à épargner les recettes exceptionnelles pour reconstituer leurs marges de manœuvre, tandis que les importateurs doivent préserver leurs dépenses sociales prioritaires tout en mobilisant davantage de recettes intérieures.

À moyen terme, l’accent est mis sur les réformes structurelles, l’approfondissement de l’intégration régionale, le développement des marchés financiers domestiques et l’investissement dans les infrastructures énergétiques et numériques. Le FMI et les gouverneurs africains ont notamment insisté sur la nécessité d’exploiter le potentiel de l’intelligence artificielle de manière productive et sécurisée.

La réunion a également été l’occasion d’aborder la révision en cours du cadre de viabilité de la dette pour les pays à faible revenu. Les améliorations méthodologiques envisagées, notamment en matière de redéfinition de la mesure de la capacité d’endettement et de meilleure prise en compte des obligations liées aux entreprises publiques, visent à renforcer la transparence et la précision des évaluations. Un enjeu central alors que les pressions sur le service de la dette s’intensifient sous l’effet des chocs exogènes.

Par David Yaméogo

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