Aliko Dangote envisage de coter au moins 10 % de son complexe d’engrais à la Bourse d’Addis-Abeba

Le groupe de l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote pourrait ouvrir le capital de son futur complexe d’engrais en Éthiopie aux investisseurs locaux. Le jeudi 15 octobre dernier, à Addis-Abeba, il a annoncé son intention d’introduire au moins 10 % du capital de l’entreprise à l’Ethiopian Securities Exchange (ESE), la principale place boursière du pays. « Nous devons en céder au moins 10 % sur la Bourse éthiopienne », a-t-il déclaré lors d’une tournée de présentation aux investisseurs consacrée à l’introduction en Bourse de sa raffinerie de pétrole au Nigeria.

À ce stade, cette annonce reste une intention. Le projet devrait être discuté avec le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, selon plusieurs médias locaux. Le calendrier dépendra de la stabilisation de la production du futur complexe. Aucune date de cotation, aucune valorisation ni aucune modalité de souscription n’ont été dévoilées.

Le capital est actuellement réparti entre le groupe Dangote (60 %) et Ethiopian Investment Holdings, le fonds souverain éthiopien (40 %). Une cotation offrirait ainsi aux investisseurs une porte d’entrée dans un projet industriel considéré comme stratégique pour l’approvisionnement agricole du pays.

Un chantier dont le coût dépasse 4 milliards de dollars

Le complexe est en construction à Gode, dans le sud-est de l’Éthiopie. Il devrait produire jusqu’à 3 millions de tonnes d’engrais à base d’urée par an, ce qui représenterait un changement d’échelle pour un pays qui dépend des importations.

En effet, l’Éthiopie a importé environ 366 500 tonnes d’urée en 2025, pour une facture de 151 millions de dollars, soit 90,6 milliards FCFA, selon la base de données commerciales WITS de la Banque mondiale.

Lancé en octobre 2025 à l’initiative d’Aliko Dangote et d’Abiy Ahmed, le chantier a vu son coût passer de 2,5 milliards de dollars à plus de 4 milliards de dollars. Cette hausse s’explique notamment par l’élargissement du périmètre industriel, qui comprend désormais un gazoduc, une centrale électrique, une unité de conditionnement et une installation de mélange. La mise en service est prévue en 2029, soit environ 40 mois après le démarrage des travaux.

Ce projet s’inscrit dans un programme d’investissement continental évalué entre 40 et 50 milliards de dollars, dans lequel l’Éthiopie occupera une place centrale, selon le milliardaire. Ce plan couvre notamment les engrais, le ciment, le raffinage pétrolier, la pétrochimie et la production d’électricité.

Un accès très encadré par le régulateur éthiopien

Le Nigeria reste le cœur historique du dispositif industriel du groupe, mais l’Éthiopie pourrait devenir l’un de ses principaux marchés d’expansion à l’étranger. En associant des investisseurs locaux à son projet, Aliko Dangote cherche également à mobiliser des capitaux africains, à diversifier ses sources de financement et à renforcer l’ancrage local de ses activités.

Cette stratégie d’ouverture du capital est déjà à l’œuvre au Nigeria. En Éthiopie, toutefois, l’accès au marché reste encadré. Le 13 octobre dernier, l’autorité nationale des marchés financiers a précisé que la souscription était réservée à 100 investisseurs qualifiés, sauf dérogation du régulateur.

Cette catégorie regroupe les investisseurs institutionnels et les particuliers disposant d’un patrimoine net d’au moins 10 millions de birrs éthiopiens, soit environ 35,8 millions FCFA, hors résidence principale et véhicule.

Trois intermédiaires sont habilités à recueillir les souscriptions dans le pays : CBE Capital Investment Bank, United Capital Financial Services et Wegagen Capital. Les investisseurs éligibles peuvent participer au moyen de certificats de dépôt éthiopiens, au prix de 74,90 birrs, soit 268,14 FCFA par action.

Par David Yameogo

Taux de conversion : 1 birr = 3,58 FCFA.

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